LA FIÈVRE
Règle générale, quand on est affligé de fièvres tierces, quartes ou autres, on s'empresse de consulter un bon docteur pour suivre scrupuleusement ses prescriptions ; les malades qui agissent ainsi doivent s'en bien trouver. Cependant, à la campagne, il est des personnes que le médecin effraie Elles ont confiance en lui, sans doute;
mais pourquoi demande-t-il des honoraires et fait-il intervenir le pharmacien et ses notes?
Le fiévreux, s'il a dans la tète les idées de superstition voulues, cherche ;i se guérir sans le secours de qui que ce soit, et par conséquent sans bourse délier.
Ne songeant nullement au danger d'une course au grand air, il s'en va, un beau matin, faire de l'herborisation, pour découvrir le long des champs une plante appelée en béarnais vundras (menîha)y qui, d'après lui, possède une vertu magique.
Il lui faut (^ trouver sept pieds, dépourvus tous de rejetons.
Il s'arrête devant chacun de ces pieds, se met à genoux, fait le signe de la croix, jette sur la plante cinq, sept ou neuf miettes de pain et cinq, sept ou neuf grains de sel (jîumero Deiis impare gaudct) et prononce ces paroles :
« Adiu, que-t salvdi, mendras, « Qu'ey la frèbe, tu nou l'has jjas; « Aci que-t porti paa et sau, a Ta que-m (joarexques lou me mau. »
(Adieu, je te salue, w?^w^/;'rt5, — j'ai la firvre, tu no l'as pas; — Ici, je te porte du pain et du sel, — Pour que tu i;'uérisscs Fnon mal.)
Après avoir procédé ainsi sept fois à cette cérémonie, il se hâte de rentrer, car il ne fait pas bon dehors, et regagne son lit où, tout de suite, il se sent mieux!
La cure est renouvelée le lendemain et le surlendemain, à pareille heure.
Et puis le malade attend et espère
Enfm, sentant son mal s'aggraver, il se figure qu'il a manqué à quelque devoir envers le viendTas, et prend le parti de se faire soigner d'une manière autrement efficace, par les hommes de l'art.