LA GALE
Un mal qui répand la terreur, Mal que le ciel en sa fureur Inventa pour punir
la malpropreté chez certaines gens, la gale (puisqu'il faut l'appeler par son nom), a fait pendant longtemps une guerre acharnée aux classes inférieures de la société. Elle devient de plus en plus rare, gnke à l'habitude des soins qui s'introduit progressivement dans les petits ménages.
Dans nos campagnes, la personne qui croit devoir, pour s'en débarrasser, user du secret que j'ai à faire connaître, s'estime heureuse si elle ne gagne pas cette maladie longtemps avant le 24 juin; ce n'est que le jour de la fête de Saint-Jean-Baptiste qu'elle peut tirer parti de ce secret.
Elle s'en va, avant le lever du soleil, dans un champ d'avoine, se déshabille entièrement et commence aussitôt, à travers la pièce et dans divers sens, une promenade pendant la durée de laquelle il lui faut dire et répéter sans interruption les paroles suivantes :
■ Neteye-m hort, frescarrous;
« Trohe quin you soy galous ;
« Bed quin èy empipautat
« Tout lou cors deus pèes au cap.
« Deus brûlions, de la prudère,
« Ta7U turmentable misère,
« Boulhe-m plaa desbarrassa
« Hens aqueste sibada ;
€ Car si-m h es bien lèu goari.
« Noeyt et die e-t bouy béni. »
(Nettoie-moi bien, fraîclie rosée, — Sens comme je suis galeux ; — "Vois combien se trouve entaché — Tout mon corps des pieds à la tète. — Dos pustules, des démangeaisons, — Si tourmentante misère. — Veuille bien me débarrasser — Dans celte avoine ; — Car si tu fais que bientôt je guérisse, — Nuit et jour je veux te bénir.)
Le malade évite de rencontrer les traces de tout autre galeux que le même motif aurait amené, car, au lieu de guérir, s'il mettait les pieds là où aurait passé son pareil, il serait exposé à garder l'infirmité pendant neuf ans!
Cette promenade dure fort longtemps, surtout si la fraîcheur de la température, à cette heure matinale, ne se fait pas trop sentir.
QjLielle chance, si le galeux rentre à la maison
sans avoir attrapé une fluxion de poitrine !
Et le champ d'avoine ? Comme la moisson, dès ce jour, s'y présente bien !
LE BRAGUEN.
Cest ainsi qu'on appelle, en béarnais, une petite plaie de caractère dartreux.
La personne atteinte de ce mal se rend, à jeun, auprès d'un individu connaissant la recette magique pour le faire disparaître et se trouvant également à jeun. Rencontrer cet individu est f^icile, car ces sortes de guérisseurs ne sont pas encore bien rares; mais le voir avant qu'il n'ait mangé un premier morceau ou bu un premier coup, voilà le difficile, la faim et la soif venant de bonne heure, à la campagne. Aussi, a-t-on presque toujours la précaution de l'avertir la veille.
Pour que la cure réussisse, il faut que l'on soit, de part et d'autre, « avant manger et boire » .
L'opérateur place du sel dans le creux de la main gauche et le fait fondre, dans de la salive, avec l'index de la main droite. Après avoir mis en pratique la formule : « bien agiter avant de s'en servir », il prend délicatement ce mélange et en frotte le hragucu, toujours avec l'index de la main droite, en y figurant des croix.
Pendant ce temps, il tait dire trois fois au malade :
« HdstiaiC hraguni (jui es tant r.iali. « Sies yoaril dournaa natii.
f N'aymi pas goayre lou besii, 0 Que soy deyuu de paa et bit. «
(Hé^ouluni brayuen qui es si malin, — Sois guéri demain malin. — Je n'aime guère le voisin, — Jo suis à jeun de pain et vin.)
Il n'y a plus rien à taire alors qu'à attendre patiemment la guérison.
Ah! pardon, n'oublions pas qu'on est à jeun; le guérisseur et le malade vont de suite à l'auberge commander
un repas dont ils profitent copieusement ensemble
et que le malade paie seul.
Un voisin, à ce qu'il paraît, est accusé d'avoir donné le mal. On se garde donc bien de l'inviter à ce petit gala, mais on lui fait l'honneur de s'occuper de lui entre le plat et la bouteille : ce n'est pas, hélas ! pour en dire du bien.