‹ La sorcellerieChapitre 16 sur 35 · SORTILÈGES DIVERS · texte numérisé non relu

SORTILÈGES DIVERS

• En dehors de tous ces grands maléfices grâce auxquels il croit se faire aimer des belles et faire mourir ses ennemis, le sorcier trouve encore, dans ses grimoires, de nombreux « secrets », qu'il pourra employer en temps et lieu.

Craint-il qu’une personne qu’il a menacée de ses sortilèges cherche à se venger, il portera sur lui «un morceau de peau de bouc ou de chèvre, sur lequel il aura écrit, quand le soleil entre dans le signe du Bélier : « Arquebuse, pistolet, canon, ou autre arme à feu, je te commande que tune puisses tirer, de par l’homme qui souffrit mort et passion à l’arbre delà croix, pour nous pauvres pécheurs », et- il aura la consolation de penser qu'il est « garanti de l’atteinte des armes à feu. »

Par contre, s’il veut se servir d’un fusil contre l’un de ses ennemis, il pourra rendre son arme meurtrière; il lui suffira de dire, en chargeant : « Dieu y ait part et le diable là sortie». Mais, lorsqu’il mettra en joue, il devra « croiser la jambe droite sur la gauche », en disant : « Non tradas Dominum nostrum Jesum-Christum, Mathon. Amen. »

. Veut-il se rendre invincible à la course ou à la lutte, il n’a qu’à suivre le conseil donné par certaines sorcières du Finistère aux jeunes « gars » bretons : « Placez sur l’autel quatre pièces de six liards, pulvérisez-les après la messe, avalez la poussière dans un verre de vin, de cidre ou d’eau-de-vie. »

Ennuyés des mauvaises plaisanteries qu’il a pu leur faire, des voisins montent en voiture pour aller chercher la gen-

darmerie du canton ; il pourra arrêter la voiture, il lui suffira de jeter, au milieu du chemin, un bâton sur lequel il aura écrit : « Jérusalem, omnipotents Deus , convertis- toi, arrêtetoi là » et de « traverser le chemin par où il verra arriver les chevaux. »

Si le cocher connaissait les conseils que donne saint Jérôme à ce sujet, il aurait soin de « détourner la voiture et prendre une autre route, pour éviter le maléfice. »

Et si, malgré tout, les gendarmes venaient pour s’emparer du sorcier, il espérerait se rendre invisible soit en portant sur lui l’une de ces pierres qui, d'après le Petit Albert , se trouvent dans le nid de la huppe, soit en pratiquant un maléfice spécial, au moyen d'une tête de mort et de neuf fèves, qu’il mettrait en terre pendant quelques jours (1). Il pourrait aussi employer, s’il en avait jamais trouvé «des graines de fougère devenues visibles et cueillies pendant la saint Jean d'été. »

Et si ces sorts échouaient, le pauvre sorcier pourrait encore se consoler, pendant sa première nuit de détention, en pensant que le lendemain matin il lui suffira d’ « avaler à jeun une croûte de pain sur laquelle il aura écrit : Senozarn , gogoza, gober, dont, e t de dormir ensuite sur le côté droit, pour être sûr de recouvrer la liberté avant trois jours. »

(i) Migne, Loc. cit.

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