OBSERVATIONS
1° Observations de maléficiés aliénés ou auto-suggestionnés.
Observation VIII (Personnelle et inédite i).
Sommaire : Dégénéré. — Faiblesse de volonté, impuissance sexuelle, hallucinations attribuées à l’action d’un sort . — Délire de persécution guéri par douches et par voyages.
Paul Z..., trente ans, se présente à la consultation de M. le docteur Régis, le 10 décembre 1895 : il se plaint de troubles névropathiques divers qu'il attribue à un sort.
Le malade n’a pas d'antécédents héréditaires notables.
Jusqu'à quatorze ans, Paul Z... n’a rien présenté qui mérite d’être signalé. C’est à cet âge qu’il a commencé à se trouver différent des autres enfants : il manquait de volonté et d’énergie, il était timide.
Plus tard, lorsqu'il est devenu complètement homme, il a pu constater qu’il restait très froid en présence du beau sexe.
Il a fait son service militaire et est ensuite rentré dans sa famille, sans avoir jamais cueilli de palmes vénériennes.
Il continuait toujours à s'alarmer sur son état : il avait si peu de volonté qu’un enfant lui aurait fait faire ce qu'il aurait voulu.
Inquiet de cette a faiblesse », le malade vint à Bordeaux, il y a cinq
(i) Recueillie aux consultations de maladies mentales de M. le docteur Régis.
ans. consulter une somnambule, qui lui dit que « son état s’amenderait dans quelques années ». Cette somnambule prescrivit des tisanes, qui n’améliorèrent pas le malade.
11 y a cinq mois, après quelques excès vénériens, le malade constata qu'il était absolument impuissant. L’érection et même le désir avaient disparu. Cet accident attrista le malade.
Celui-ci se demanda alors d’où pouvait venir cette faiblesse, qui l’affligeait, tant au physique qu’au moral : il pensa que c’était l’effet d’un sort qu'on lui avait jeté dès son enfance.
Il chercha autour de lui quels pouvaient bien être les auteurs de ce sortilège : il ne put fixer ses soupçons sur personne.
Vers la même époque, il remarqua deux nouveaux faits, qui augmentèrent son inquiétude.
Il se réveillait fréquemment la nuit, et restait assez longtemps sans pouvoir se rendormir. Pendant ces heures d’insomnie, il était quelquefois pris de terreurs intenses : il avait peur de fantômes, dont certains fragments lui apparaissaient séparément : il voyait, par exemple, des jambes qui se promenaient et ne supportaient pas de corps. Les hallucinations ont persisté pendant deux mois.
Le jour, le malade a d’autres ennuis : toutes les personnes qu’il rencontre devinent ses pensées et y répondent par leurs gestes.
Le malade a l’air triste et abattu ; il est très défiant et ne nous fait ses confidences qu’avec une très grande réserve : il semble nous soupçonner de méchantes intentions à son égard.
Etat actuel (10 décembre 1895). — Depuis deux mois environ, les hallucinations ont disparu; la nuit, le malade continue cependant à se réveiller assez fréquemment, sous l’influence d’une pollakiurie, avec polyurie, qui semble s’accentuer tous les jours. Les urines sont claires et ne présentent ni albumine, ni glycose.
[je malade continue à croire qu’on devine sa pensée.
Un examen attentif ne nous révèle aucun stigmate physique de dégénérescence.
Nous ne vîmes ce malade qu’une fois et il nous fut impossible de tenter le traitement suggestif. Sur les conseils de M. le docteur Régis le malade prit des douches froides et fit un voyage, puis résida quelque temps à Arcachon.
M. le docteur Régis a bien voulu nous tenir au courant de Tétât de Paul Z... ; nous savons ainsi que depuis le mois de septembre on peut considérer le malade comme complètement guéri de son délire.
Observation IX
(Résumé d’une observation publiée par M.le docteur Aug. Voisin b)
Sommaire : Antécédents : troubles névropathiques divers guéris par suggestion. — Délire amoureux produit sous l’influence d’une sorte de jettatura. — Guérison par suggestion hypnotique.
Mlle D. . . , dix-sept ans, consulte M. le docteur Voisin le 11 mars 1891. Cette jeune fille n'a pas d'hérédité névropathique, elle n’a pas eu de convulsions dans l'enfance. /
Elle présente une névralgie trifaciale depuis deux mois ; elle a des attaques convulsives, des hallucinations de la vue et de l’ouïe (araignées, bruit divers). La menstruation est suspendue depuis deux mois. Elle a subi différents traitements (valériane, oxyde de zinc, assa-fœtida, etc.). Il y a complication de troubles moraux et mentaux (aversion pour sa mère).
La guérison a été obtenue en trois séances d’hypnose avec suggestion : l'apparition des règles a eu lieu au jour fixé par la suggestion.
En mai 1893 « cette jeune fille m’est ramenée, dit le docteur Voisin, sans avoir eu d'attaques, mais pour un délire amoureux. Elle prétend qu’un employé d’un bureau du Crédit Lyonnais, qui ne Ta jamais approchée, dont elle ne sait pas le nom et qu’elle voit en passant de son bureau, l'aime et veut l'épouser.
» Elle parle avec unegrande volubilité, se montre très raisonneuse avec sa mère, lui dit qu’elle se mêle de choses (qu'elle ne sait pas, et menace de se suicider, si on ne lui laisse pas épouser cet employé,
» l’as d’hallucinations; l’influence de cejeune homme s'est faite comme par jeltaturci.
C) Revue de l'hypnotisme, août 1893.
Régnault
» J'échouai une première fois dans ma tentative de l'hypnotiser. Mais cinq jours après je réussis. Mes suggestions portèrent sur ce délire amoureux et sur la non-venue des attaques.
» Six séances faites avec six jours d’intervalle firent disparaître toute idée délirante. . . 20 juin 1893 : j’ai revu cette jeune fille, sa santé est restée parfaite. »
Le docteur Voisin ajoute: «L’action évidente et heureuse de la suggestion hypnotique dans ce cas de délire amoureux mystique, produit par influence sympathique, sans hallucination, d’un homme sur une femme, me rappelle le cas identique d'une de mes malades, actuellement encore internée à la Salpêtrière, dans un état de manie chronique incurable, que j’aurais peut-être guérie, si j'avais connu la thérapeutique liypnotico-suggestive . »
2° Observations de troubles pathologiques provoqués par la suggestion de sorciers.
Observation X (Personnelle et inédite).
Troubles hystériques se manifestant sous l’infucnce des menaces
d’un sorcier.
Sommaire : Menaces d’un sorcier. — Peur. — Troubles hystériques. — Guérison obtenue par des pratiques de sorcellerie. — Nouveaux troubles hystériques sous l’influence d’une autre suggestion et d’une ancienne suggestion ravivée. — Internement. — Guérison de la malade.
Maria C..., vingt-deux ans, domestique, a été une «victime delà sorcellerie ». Nous l’interrogeons sur sa famille et sur ses antécédents et voici ce que nous apprenons :
Antécédents héréditaires. — Le père et la mère de Marie étaient des cultivateurs peu instruits et fort superstitieux. Le père bégayait, il est mort d’une maladie de cœur; la mère est encore vivante et bien portante, elle n’est pas nerveuse.
La malade a eu du côté paternel une demi-sœur, qui était rachitique et est morte « d'une maladie de poitrine »; elle a eu un frère et une sœur, le frère est mort d'accident ; la sœur est bien portante, elle n’est pas sujette à des crises de nerfs.
Antécédents personnels. — Maria C. . . a eu la rougeole pendant son enfance, c'est la seule maladie dont elle se souvient. Elle n'avait jamais eu de crises de nerfs, avant qu'elle eût été enhérciudée (ensorcelée) ; mais elle avait facilement des crises de larmes.
Histoire de V envoûtement et du désenvoùlement. — Maria était domestique chez un cultivateur de S..., près de Coutances. Elle était courtisée par un jeune paysan, nommé B..., qui passait pour sorcier ; mais elle ne répondait aux avances de cet homme que par des railleries.
Un jour le sorcier avait éprouvé l’envie d’aller cueillir quelques pommes dans le jardin d'une voisine ; pour franchir le petit mur qui entourait le jardin de toutes parts, il avait dû quitter ses sabots et les laisser au pied du mur. Maria C.r. passait dans le petit chemin qui longeait l'enclos ; elle se fit un malin plaisir de prendre les sabots de son adorateur et d’aller les cacher. Quand le sorcier, après s’être rempli l'estomac et les poches d'excellentes pommes, voulut rentrer chez lui, il fut obligé de marcher, pieds-nus, sur un parcours de plusieurs centaines de mètres, dans un chemin rocailleux. Il ne goûta que médiocrement la plaisanterie de la petite domestique ; il attendit cette jeune fille, le soir même, vers neuf heures, sur le parcours qu’elle devait suivre, en venant de traire ses vaches ; il recommença à lui faire la cour et, comme il n'était pas mieux reçu qu’autrefois, il se fâcha, reprocha à Maria le « mauvais tour » qu’elle lui avait joué, puis il la quitta brusquement, après lui avoir dit qu'il se vengerait en lui jetant un sort.
La jeune fille fut effrayée de ces menaces, à cause de la grande réputation de sorcier qu’on s’accordait à faire à B... Elle fut terrifiée lorsque, quelques minutes après que B... l’eut quittée, elle vit un gros chien noir traverser rapidement le chemin en passant près d'elle. La malheureuse pensa aussitôt que ce chien était un sorcier métamorphosé ; laissant là sa cruche de lait, elle s’enfuit jusqu’à la ferme. Dès qu’elle y fut arrivée, elle fut atteinte d’une crise nerveuse, dans laquelle elle eut de grands mouvements convulsifs. Ensuite elle fit des efforts pour « grimper le long des murs et se grappiner aux poutres, comme un chat », nous dit un témoin.
Enfin elle eut de nouveau de grands mouvements clowniques, puis elle resta « sans mouvement, comme morte ».
Tout le monde, dans le village, crut que le sorcier avait jeté un sort à la malade.
Cette opinion se répandit de plus en plus, lorsqu’on vit ces crises se répéter tous les jours et même plusieurs fois par jour, surtout lorsqu’on apprit que le sorcier apparaissait toutes les nuits à la domestique pour
la violer.
Les parents de Maria, alarmés, se décidèrent à consulter un sorcier d’une commune voisine. Celui-ci promit la guérison : il rejetterait le sort sur celui qui l’avait lancé, mais ce serait difficile, et il exposait sa vie. Il demanda qu’on lui apporte : 1° « une livre de charbon neuf » ; 2° « un pot de terre neuf » ; 3° « un cœur de mouton » ; 4° « des caboches ». Lorsqu’il posséda les divers éléments de son charme, il alluma le charbon, plaça un trépied au-dessus, avec de la sauge et de la verveine. Il plaça ensuite le pot de terre, plein d’eau, sur le feu ; lorsque l’eau commença à entrer en ébullition, il enfonça sept caboches dans le cœur de mouton et il fit bouillir ce cœur.
Grâce à ce charme Maria, devait être guérie et le méchant sorcier devait « sécher sur pied ».
Cette cérémonie frappa l’imagination de la malade, qui se trouva soulagée pendant plusieurs mois. La suggestion avait été si forte, que Maria prétendit avoir vu son envoùteur considérablement amaigri, au bout de peu de temps ; elle s’attendait même à le voir mourir lentement. Elle quitta alors, la ferme où elle était et alla habiter une commune voisine.
Au bout de plusieurs mois, elle revit sou envoùteur ; il avait l’air bien portant; c’était donc que le contre-charme n’avait pas suffisamment agi, mais alors elle-même ne devait pas être complètement délivrée du sort qui l’avait atteinte. La malade est obsédée de cette idée pendant quelques jours, puis elle est reprise de crises nerveuses et d’un délire tel qu’un internement momentané à l’asile de Saint-Lô dut s’imposer. La malade fut traitée, avec raison, comme hystérique pendant de longs mois. Il nous semble qu’en pareil cas, la suggestion aurait pu amener une guérison rapide.
Quoi qu’il en soit, au bout d’un temps assez long, la malade put sortir
do l'asile ; elle avait encore des crises nerveuses au moment de ses règles ; ces crises ont disparu à la suite d’une grossesse et ne sont plus
revenues.
Observation XI
(Résumé d’une observation publiée par le docteur Encausse, chef du laboratoire
hypnothérapique de la Charité.)
Sommaire : Contracture du bras guérie par la suggestion et les transferts. — Apparilion d’un mutisme rebelle à la suggestion. — Etiologie de ces accidents découverte : malédiction d’un sorcier. — Guérison de la malade, grâce à un subterfuge expérimental.
Elisa C..., dix-huit ans, vient, le 11 décembre 1890, consulter le docteur Encausse pour « une contracture persistante du bras droit, d’origine purement hystérique », qui a résisté à divers traitements. C’est là le premier accident névropathique qu’ait éprouvé la malade.
« Mise devant le miroir rotatif, elle ne tarde pas à être fascinée et, dès lors, on put combiner le traitement par les transferts avec le traitement par la suggestion. Sous cette double influence, la contraction du bras disparaît au bout du quatrième jour de traitement.
Mais dans la nuit du quatrième au cinquième jour, la malade devient subitement muette. Nous pensions venir facilement à bout de ce mutisme par l’emploi de la suggestion ; mais ce fut en vain que nous essayâmes, deux jours de suite, divers procédés de suggestion : tout échoua.
» C’est alors que l’idée nous vint que la malade était dominéepar une suggestion antérieure, inconnue de nous, et qui détruisait notre action, au fur et à mesure des résultats obtenus. Le mutisme persistant empêchait d’interroger la malade ; nous eûmes recours à un subterfuge expérimental.
» Nous étant assuré que toutes les suggestions étaient exécutées parla malade, sauf celles (pii avaient trait à sa maladie, nous suggérâmes (le sujet étant en état de somnambulisme lucide) que la personne qui avait fait le mal était là devant elle, et nous montrions en même temps un des élèves du laboratoire.
» La figure do la malade prit de suite une expression de fureur très accentuée, et c’est arec grande peine, que l’auteur supposé de l’état actuel du sujet put s’approcher et ordonner, d'une voix forte, à la jeune fille, d’être guérie de suite, ce qui fut fait sur l’heure.
» Du dialogue qui s'engagea entre les deux interlocuteurs, nous pûmes déduire les faits suivants : la jeune malade était fille d’un homme considéré, dans le village, comme quelque peu sorcier. Le jour ou elle vint à Paris, emmenée par ses maîtres, son père la maudit, en disant : « A partir d’aujourd'hui, tu seras toujours malade, et nul que moi ne pourra te guérir. »
» Jusque là, jamais elle n’avait été malade, jamais elle n'avait eu de crises hystériques, ni d’accidents névropathiques quelconques.
» Cette scène, comme on pense, la frappa vivement. Elle partit cependant, et quelques jours après la contraction du bras se déclarait.
» On comprend facilement pourquoi, dès que cette contraction fut guérie, une autre affection se déclarait. Les paroles du père avaient agi comme une véritable suggestion.
» Connaissant cette histoire, il nous fut facile de tout faire cesser : le père supposé, créé par notre action suggestive, déclara cesser la malédiction et pardonner à sa fille. Il répéta ce pardon, quand le sujet fut éveillé. Dès ce moment tous les accidents cessèrent. »
Observation XII (publiée par M. le Dr Encausse).
Sommaire : Troubles névropathiques survenus subitement, guéris par transferts. — Récidive de ces accidents nerveux. — Etiologie découverte : suggestion d’une sorcière. — Guérison complète de la malade par une suggestion appropriée à son cas.
Adolphine F , vingt-sept ans. mariée depuis l’âge de dix-huit ans,
nous fut amenée le 7 septembre 1890.
Elle aurait été subitement atteinte, chez elle, d’accidents névropathiques intenses (crises d’étouffements, douleurs subites, attaques d’hystérie, etc.).
Elle avait été traitée au moyeu du bromure, même à hautes doses, de la valériane, du cliloral. etc., rien n’avait réussi.
Le traitement par les transferts seul a raison très facilement de tous ces accidents et. moins de quinze jours après le début de ce traitement, la malade retournait chez elle guérie.
Malgré toutes nos demandes, il nous avait été impossible de trouver la cause de la maladie ; nous avions bien affaire à une nerveuse, quelque peu émotive, mais cela ne suffit pas pour établir l'étiologie d’accidents aussi subits.
Le 11 décembre 1800. la malade revint nous voir, atteinte encore une fois des mêmes symptômes. Un interrogatoire minutieux l’amena à avouer qu’elle se faisait quelquefois traiter dans son pays par une femme qui passait pour sorcière. Cette femme lui avait dit un jour, dans un moment de colère, quY elle serait toujours malade dès ce moment et qu’aucun médecin ne pourrait la guérir ». La colère de la sorcière était causée par le refus d’une petite somme d’argent de la part de la malade. On a vu quels avaient été les résultats de cette véritable suggestion.
Cn nouveau traitement suggestif, approprié à cette singulière étiologie, eut raison de la maladie, qui est aujourd'hui complètement guérie, au grand scandale de la sorcière, paraît-il.
Observation XIII (Personnelle1).
Sommaire : Antécédents héréditaires névropathiques. — Folie, hystérique à la suite de pratiqués de spiritisme. — Hallucinations provoquées parles menaces d’une somnambule, disparues sous l’influence d’une suggestion appropriée.
Mme veuve H..., trente-huit ans, vient, au mois de mai 1896, consulter M. le docteur Régis, par lequel elle a déjà été traitée précédemment, pour des troubles névropathiques divers. Elle se plaint de violentes céphalées; elle raconte ensuite qu’elle a des hallucinations nocturnes effrayantes et quelle est possédée par des esprits qui la forcent à crier.
Antécédents. — Père mort à soixante-douze ans d’une maladie de cœur. Mère très nerveuse, « exaltée ». Frère aliéné (paralytique général).
(i ; Recueillie aux consultations des maladies mentales de M. le docteur Régis.
La malade a eu de la rougeole dans son enfance ; elle n'a pas eu d’attaques de nerfs. Mariée à dix-neuf ans, elle eut une fausse couche, puis une grossesse qui se termina par la naissance d’un garçon vivant et bien portant. Ce fils a aujourd’hui dix-huit ans. Depuis onze ans la malade est veuve.
Convertie au spiritisme par une somnambule, elle est devenue « médium écrivain », puis « médium guérisseur ». Elle eut des hallucinations auditives, elle délira et fut enfermée à Eicon avec le diagnostic : « folie hystérique. »
La malade voyait, dans un demi-sommeil, des fourmis et des vipères, Elle éprouvait la nuit toutes les sensations du viol, et elle, qui n’avait jamais ressenti l'orgasme voluptueux avec son mari, accusait dans ses rapports hallucinés, qui avaient lieu avec des ecclésiastiques, des médecins, etc., des sensations extrêmement vives.
Histoire du maléfice. — Sortie de l’asile de Eicon, Mme H. . . voulut éviter de se rencontrer avec les spirites qu’elle avait connus. Une somnambule spirite vint la voir et voulut même user de l'influence qu’elle avait sur elle pour se faire héberger â ses dépens. Mme H . . . dut chasser la somnambule à coups de manche à balai ; mais celle-ci ne s’en alla pas sans proférer des menaces: .« Tu verras l’esprit de ma mère qui viendra te tourmenter la nuit. »
Dès la nuit suivante la malade entend des bruits suspects dans sa chambre, et elle voit apparaître la mère de la somnambule (morte depuis de nombreuses années), qui lui jette des boulettes de papier.
Depuis ce jour, l’esprit de cette vieille vient toutes les nuits exécuter la menace de la sorcière. « Cela n’est pas étonnant d’ailleurs, nous dit M,ne H . . .,1a spirite m'a magnétisée autrefois ; mais elle m’a mal magnétisée elle est maîtresse d’une partie de mon fluide. »
Nous n’avons qu’à fixer la malade et à étendre la main vers elle pour a faire tomber en hypnose. Nous lui suggérons la disparition de sa céphalée : cette suggestion est acceptée et la céphalée disparaît aussitôt.
Mais lorsque nous lui affirmons qu’elle n’aura plus d’hallucinations, elle repousse la suggestion : « pour s’opposer aux manifestations fiuidiques qui la poursuivent, il faudrait pouvoir user d’une grande quantité de fluide. »
Nous sommes obligé d’cntror dans les idées de la malade : nous lui faisons admettre que le üuide d'un homme est plus abondant que celui d’une femme, qu’ensuite notre fluide, ajouté à ce qui lui reste du sien, est supérieur au fluide de la spirite.
La malade refuse cependant notre suggestion :« la somnambule ne dispose pas seulement de son propre fluide, elle a aussi à sa disposition le fluide d'un grand nombre d'autres spirites; il faudrait qu’on pût anéantir ces fluides». Sachant que Mine H... connaît un certain nombre de pratiques de magie et y attache une grande importance, nous lui ordonnons, pour chasser ses apparitions nocturnes, d’étendre la main sur les fantômes en faisant le « geste hiératique » qui « dissout les fluides ».
Sous cette forme, la suggestion est parfaitement acceptée et le geste magique a produit un très bon effet : à partir du jour où elle Fa employé, la malade a vu les fantômes se dissiper, pour ne plus reparaître. Mais elle continue à se plaindre que des esprits qu’elle avait en elle la forçaient à crier.
Dans cette séance, nous avions considéré Mme H... comme un sujet affectif et nous l'avions, avec raison, traitée en conséquence.
Nous eûmes le tort, dans une séance ultérieure, de penser qu’un malade rentre toujours dansda même catégorie de sujets, indépendamment de l’état psychique du moment, et de l’idée qui doit être modifiée.
Nous voulûmes faire taire les prétendus esprits par la persuasion,
comme nous avions fait disparaître les hallucinations. Mal nous en prit : Mme H... déclara qu’une personne qui ne parlait pas d’une façon plus impérative que nous le faisions, 11e pouvait se faire obéir des esprits. Nous perdîmes dès lors une grande partie de notre prestige et nous ne pûmes pas faire complètement taire les pi étendus esprits.
Dans cette seconde séance et pour cette suggestion spéciale, nous aurions dû considérer notre sujet comme « passif » et donner une suggestion très impérative.
3° Faits ne semblant pas avoir reçu d’explication scientifique valable.
Observation XIV
(Rédiger d’après les documents publiés par M. de Merville i.)
Affaire du presbytère de Cidevillc.
Sommaire : Haine de plusieurs sorciers contre un prêtre. — Phénomènes étranges observés au presbytère : apparitions, mouvements d’objets sans contact, action des pointes de fer, voix. — Un sorcier blessé. — Coups donnés au sorcier. — Procès.
En 1849, le curé de Cideville « rencontre chez un malade un nommé O..., guérisseur émerite, docteur ès sorcellerie », qu'il fait renvoyer assez brusquement. A partir de ce jour, le guérisseur se défie du curé Tinel, et lorsque, quelques mois plus tard, il est condamné à la prison? pour exercice illégal de la médecine, il soupçonne le prêtre de l’avoir dénoncé, et il demande à son disciple, le berger Thorel. de le venger.
Au presbytère, il y a deux enfants ; l’un de douze, l’autre de quatorze ans. Dans une vente publique, le berger s’approche de l’un des enfants. Peu après, le maléfice commence. D’après les dépositions des vingt témoins qui ont été assignés pour ce procès, voici ce qui s’est passé :
Après la rentrée de l’enfant au presbytère, « des coups, semblables à des coups de marteau, ne cessent de se faire entendre dans toutes les parties de la maison » : ces coups reproduisent le rythme qu’on leur demande.
« Les pelles et les pincettes quittent le foyer et s’avancent toutes seules dans le salon... Les chaises se groupent et sont suspendues dans les airs. »
(i) Eta lés de M. . . Les esprits et de leurs manifestations fluidiques , Paris 1853, fliap. XI, p. 318-349.
L'enfant touché par le berger sent « un poids insolite sur ses épaules, cette compression de la poitrine, dont se plaignaient nos trembleurs des
Cévennes Il voit, derrière lui, l’ombre d’un homme en blouse,
jusqu'au jour où. confronté avec Thorel, il s’écrie*: « Voilà l’homme ».
Plusieurs personnes virent « une sorte de colonne grisâtre ou de vapeur fluidique serpenter en tous sens, avec une sorte de sifflement très léger, puis se condenser visiblement et s’échapper comme un courant d’air. »
L’enfant tombe quelquefois en convulsions, « puis dans une sorte de syncope extatique, dont rien ne parvient à le tirer pendant plusieurs heures. »
Une autre fois il voit une main noire descendre par la cheminée et lui donner un soufflet : « personne ne voit cette main, mais on entend le bruit du soufflet, on voit la joue devenir et rester longtemps rouge, avec l’empreinte des cinq doigts. »
Un ecclésiastique propose d’enfoncer des pointes de fer là où on entend du bruit ; au moment où l’on enfonce l'une de ces pointes, « une flamme vient à jaillir, et, à la suite de cette flamme, une fumée tellement épaisse, qu’il faut ouvrir toutes les fenêtres, sous peine d'une prompte et complète asphyxie. On continue à enfoncer des pointes, on entend une voix qui demande pardon pour les cinq auteurs du maléfice, y compris le berger. Les personnes présentes promettent le pardon à la condition que l'auteur du maléfice vienne le le lendemain « demander pardon à l’enfant. »
Le lendemain, Thorel vient au presbytère ; il a le visage couvert « d'écorchures saignantes ». C'est alors que l’enfant s'écrie : « Voilà l'homme ». Il donne un prétexte de sa visite, mais le curé lui dit de demander pardon à l’enfant. Thorel demande pardon en tombant à genoux ; en même temps il saisit l'enfant par sa blouse, et, à partir de ce moment, les bruits mystérieux redoublent au presbytère.
« Le curé engage Thorel à se rendre à la mairie » ; là le berger « tombe à genoux trois fois et demande encore pardon ». mais, en même temps, il se traîne sur ses genoux et essaie de toucher la soutane du prêtre. Celui-ci lui défend d’approcher. Mais Thorel ne tient nul compte de cette défense. Alors l'abbé Tinel assène « trois coups de canne » sur le bras du berger.
riiorel va alors chez le maire, « l’ombrasso en pleurant », et lui avoue
<iue tout ee bruit provient de ce que le curé a fait condamner (1
« M. le Curé a eu tort, ajoute-t-il, car G... est un homme très instruit, très savant, il peut lu lier contre un prêtre. M. le Curé voudrait bien ( l u on 1 instruisit, lui, et, s’il voulait payer un café, je le débarrasserais de tout ce qui se passe au presbytère. »
Le berger n’en était pas à son coup d'essai : « Un témoin raconte que se trouvant aux champs avec Thorel, celui-ci lui disait : « Chaque lois ([ue je frapperai du poing sur ma cabane, tu tomberas » ; et à chaque coup de poing cette personne tombait et sentait alors quelque chose lui serrer la gorge, l’étrangler, et la forcer à tomber .»
Ce dernier fait suffit à faire comprendre quel prestige devait avoir Thorel sur les paysans de Cideville, et comment il pouvait facilement les suggestionner.
Quant aux phénomènes qui se produisaient au presbytère, on put les observer journellement du 26 novembre 1850 au’ 15 février 1851. Les bruits cessèrent seulement lorsque, sur l’ordre de l’évêque, on eut éloigné les enfants.
Thorel attaqua le curé devant les tribunaux, pour l'avoir traité de sorcier et l’avoir frappé.
Un jugement définitif fut rendu à Yerville, le 4 février 1851 ; on eut soin de mettre hors de cause l’origine des phénomènes qui se passaient au presbytère :
« Attendu que, quelle que soit la cause des faits extraordinaires, qui se sont produits au presbytère de Cideville, ce qui résulte de plus clair de l’ensemble de tous les témoignages entendus, c’est que cette cause est demeurée inconnue , et qu’il n’y a dès lors à statuer que sur les conséquences de ses effets, qui seules ont donné lieu à l’action ; attendu que Thorel s’est vanté de produire ces phénomènes et s’est donné lui-même la réputation de sorcier ; atteudu que Thorel a voulu toucher le prêtre et que celui-ci était « dans le cas et la nécessité de légitime défense », la conduite du prêtre à la mairie est justifiée
» Condamnons Thorel à tous les dépens et ordonnons la suppression de la citation. »
On ne manqua pas, dès l’époque où se déroulaientcesfaits. à les attribuer à la jonglerie de quelque mauvais plaisant ; mais Robert-Houdin
déclara que « malgré sa ferme résolution de ne jamais intervenir dans des discussions étrangères à son art, -il devait convenir et même affirmer, que le plus grand nombre de ces faits, pratiqués sur une telle échelle et dans des conditions si ingrates, défiaient absolument toutes les ressources de cet. art. »
Observation XV
Le phénomène de Valencc-en-Brie.
Sommaire : Voix. — Transports d’objets sans contact. — Glace et vitres trouées. — Interview du docteur Bérillon. — Interview du docteur Encausse. — Intervention de Papus (Encnusse) et de l’abbé Schnebelin. — Opinion du docteur Archambault. — Action des pointes.
Vers la fin de juin 1896, les journaux politiques ont consacré, pendant quatre ou cinq jours, un article quotidien au phénomène de Valence-en- Brie. Dans une maison, jusque-là fort tranquille, demeuraient une jeune femme malade, ses deux enfants et ses deux bonnes. Tout d’un coup, on entend éclater une grosse voix, qui dit des injures et prononce des menaces contre la malade. Cette voix semble sortir de terre, elle se fait entendre dans un appartement, puis aussitôt dans un autre, « elle éclate dans tant d’endroits différents que toute supercherie semble impossible ». D’énormes planches sont transportées trois fois d’un bout à l’autre d’une cave. Des pierres tombent dans la chambre de la malade sans que personne sache qui a pu les lancer.
« Toutes les vitres sont brisées, mais d’une façon spéciale ; on pourrait dire plus exactement qu’elles sont trouées, comme traversées par une balle de revolver de gros calibre ou de fusil (i). »
Ces vitres ont été ainsi brisées « en plein jour, de deux heures à sept heures », sous les yeux des locataires ahuris.
Dans l’une des chambres, « une immense glace a été perforée du dedans en dehors; le cercle ne présente aucune barrure; seul l’étain est
(I) Daniel d’AlURK, Le Phénomène de Valence en Prie (Le Journal, 27 juin 1896).
outré sur un rayon de deux centimètres, mais — larité tout ù fait étrange — le buis qui (jaunit le
et c’est ici la partie ufund de la (/lace n’est
pas même é couché, »
En un mot, la glace semble avoir été percée par une décharge électrique.
Les deux bonnes quittent la maison le soir : cela n’empê lie pas le phénomène de se produire pendant la nuit; les deux enfants sont éloignés successivement et séparément : le phénomène se produit encore.
On fait appel ù la justice : tout cesse lorsque les magistrats sont pré-
sents; tout recommence dès qu’ils sont partis. « Du reste, il suffit de l’arrivée d’une personne étrangère (un journaliste, un médecin, etc.) pour tout faire cesser ; et cela ne recommence que quand l’influence a pu être en relation quelque temps avec le nouveau venu.
Daniel d’Aigre interviewe M. le docteur Bérillon : il lui expose les faits qu’il a pu observer lui-même, et lui demande son avis. AL Bérillon reconnaît que certains des faits cités par le journaliste détuaisent la possibilité d’une explication pau l’hystéuie.
Il résume son opinion en disant : « Ne voulant et ne pouvant rien admettre en dehors des strictes règles de la nature, je considère les faits comme produits par un fumiste obstiné, qui connaît admirablement les êtres du logis et pourrait être doublé d’un compère.
» Ajoutez à cela la ventriloquie possible, l'ignorance des uns, l’effarement des autres, empêchant toute enquête sérieuse, vraie, et vous ne serez sans doute, à mon avis, pas loin de l’explication. »
M. Bérillon juge la chose a puioui ; il ne semble pas se douter qu’il y a peut-être un grand nombre de « strictes règles de la nature », que nous ignorons totalement, ou que nous ne faisons qu’entrevoir : il ne se demande pas un seul instant si le phénomène qu’on lui présente peut rentrer dans le domaine de l’inconnu, de l’occulte. Il veut donner une explication quand même ; malheureusement, son explication n’est pas valable : l’intervention d’un « fumiste » n’explique pas ces déplacements de la voix, ni surtout celle place et ces vitres trouées.
Quant à la théorie de la ventriloquie, elle n'est pas valable non plus : puisque, en éloignant successivement chacune des personnes qui entourent la malade on ne voit pas le phénomène cesser.
Daniel d’Aigre se présente chez le docteur Encausse (Papus). au mo
ment où celui-ci vient de recevoir une lettre de M. Lebègue (le propriétaire de la maison hantée de Valence-en-Brie). « M. Lebègue. dans cette lettre, raconte les phénomènes dont sa maison est le théâtre depuis quinze jours et manifeste le désir — la science officielle n’y comprenant rien et la justice encore moins — que l'occultisme vienne à son secours. »
M. Encausse voit immédiatement trois hypothèses : ou bien il y a supercherie; ou bien il y a un médium inconscient dans la maison ; ou bien enfin il y a là l'action d'un sorcier : « Il faudrait savoir si dans le pays il n'y a pas un sorcier et si, par suite, ainsi que cela a eu lieu dans le cas du berger Thorel, Mme Lebègue, qui semble particulièrement visée, n'est pas victime d'une vengeance d'ennemis vivants — d'un envoûtement — si vous aimez mieux. »
a J’irai dans l’unique bht de la préserver (1j. »
Lorsque le docteur Encausse arriva à Valence, un magiste célèbre, l'abbé Schnebeîin, était déjà intervenu : il avait conseillé à la malade de se défendre au moyen de pointes métalliques.
« On transporta Mme Lebègue dans une maison voisine ; son lit fut soulevé de terre et renversé. Instruite par l’abbé Schnebeîin, elle sè servit d’un couteau pointu et frappa violemment dans le vide », ce qui éloigna momentanément « l'influence ».
C’est alors que M. le docteur Archambault écrivit au docteur Pâté, médecin de Valence, pour lui demander des renseignements ; celui-ci répondit que les faits étaient vrais et il ajouta : « Quant à l’explication de ces faits, je ne puis pas vous la donner : d'abord parce que je craindrais d’ètre à côté de la vérité, et, en second lieu, parce que ma qualité de médecin de la maison m’interdit toute divulgation; mais si vous voulez venir à Valence, je vous préviendrai par dépêche dès que le « revenant » aura parlé, car, depuis la visite de Papus et de l’abbé Schnebeîin. il n’a plus rien dit. »
M. le docteur Archambault « sourit » de « ce résultat de 1 intervention des Mages ». puis accepta l’invitation de son confrère.
11 arriva un certain jour, resta un quart d’heure dans la « maison hantée », ne vit rien, mais crut trouver une explication du « phénomène ».
(i) Le Journal : « Le Phénomène do Valence en Prie », 28 juin 1896.
Tout se réduit à une suggestion : la mère hypnotise inconsciemment et suggestionne « des sujets inconscients également », qui agissent a chacun différemment, parlant tour à tour — on a entendu trois timbres de voix différents — démolissant tout lorsqu'ils ne se sentent surveillés par personne, car aucun témoin n’a assisté au bouleversement des
meubles ni au bris des glaces, et perdant ensuite jusqu’au moindre souvenir des actes qu'ils ont accomplis. »
Quant à la voir, elle est simulée tantôt par la mère, tantôt par le jeune homme, tantôt par la bonne, tantôt par la fillette, agissant sous l'influence d’une suggestion. Et si cette voix s’entend à distance, c’est qu’« elle s’extérioriserait pathologiquement (??). »
Le docteur Archambault conclut en disant qu’il faut enfermer l’abbé Sehnebelin, pour exercice illégal de la médecine, et il ajoute : « Il y a, de plus, des malades qu’il faut isoler, et isoler de la façon la plus absolue, si l’on ne veut en faire des aliénés, peut-être dangereux pour # leur entourage ! »
L’explication de M. le docteur Archambault peut être très ingénieuse, malheureusement elle n’explique pas pourquoi ni comment les vitres et surtout la glace sont brisées, comme dans l’expérience d’électricité dite du « perce-verre ».
Quant à « l’extériorisation pathologique de la voix », elle est bien moins facile à admettre que « l’extériorisation de la force nerveuse », qui expliquerait tous les faits.
Le pronoctic de l’auteur de ces théories n’a pas été confirmé par les faits. Les malades n’ont point été isolés, cependant ils ne sont point devenus aliénés : on a même vu la mère, qui était malade depuis huit mois, se rétablir en quelques jours.
Après une première intervention des occultistes, « le phénomène » avait disparu : la voix avait déclaré que Papus et Sehnebelin la contrariaient.
Pendant cette intervention, l'abbé Sehnebelin constata « qu'une pierre quelconque du jardin n’avait aucune influence sur le magnétomètre de l’abbé Fortin », tandis que les pierres qui étaient tombées dans les appartements « faisaient dévier l’aiguille de 45° environ. »
« Une fois que les dites pierres projetées eurent été défluidifiées par la cire et le feu, elles perdirent toute action sur le magnétomètre. »
Après huit jours d'interruption, les phénomènes reprirent : c’est alors qu’on observa un fait curieux déjà noté à Cideville : « La plus jeune des bonnes lança brusquement un tire-bouchon très pointu sur le point du
carrelage d'où partait la voix A ce moment, nous vîmes tous une
pluie d’étincelles d’une hauteur de 50 centimètres environ et de 20 centimètres de diamètre sortir du point frappé (A). »
Après une nouvelle intervention de l'abbé Schnebelin et du docteur Encausse, le phénomène cessa définitivement. A la fin de juillet, -la malade pouvait sortir se promener, et, dans une lettre datée du 5 octobre, M. le docteur Encausse nous apprend que « la guérison s’est parfaitement maintenue, au grand étonnement de nos confrères, peu versés dans ce genre de phénomènes. »
Ici. comme à Cideville, la voix demande grâce, après l'intervention des magistes, et elle déclare que les principaux maléficiants sont hors de combat.
A moins d’admettre que les nombreux témoins qui prétendent avoir constaté ces faits et qui les ont même rapportés devant Injustice soient tous des menteurs ou des hallucinés, ce qui réduirait à néant la valeur du témoignage humain, il nous semble, impossible d’expliquer le phénomène de Valence-en-Brie, sans faire intervenir l’action d’une puissance inconnue, analogue à celle d’Eusapia Paladino.
Observation XVI
(Résumé des expériences du Dr Gibotteau (2)
Sommaire : Hallucination du sens de l’espace. — Frayeur et hallucination visuelle produites à distance par une sorcière. — Retour d’une hallucination sur son auteur. — Hallucinations produites chez un sujet par le docteur G..., au moyen de la suggestion mentale.
Les expériences du docteur Gibotteau ont porté sur une femme de
(H Papus (docteur Encausse), La Maison hantée de Valence-en-Brie , Paris, 1896, p. 25.
L’ Initiation, août 1896, p. 121.
(*) Dr Gibotteau, Notes sur une série d’expériences relatives à la télépathie, poursuivies en 1888. Annales des sciences psychiques, septembre, décembre 1892).
Régnault
vingt-huit ans, Berthe, bien portante, (centrée à Hiôpital pour soigner son enfant malade. »
B... raconte que sa mère passait pour sorcière : elle-même s'est occupée d’occultisme, elle a été hypnotisée successivement par un prêtre, par un magnétiseur de profession, puis par un médecin. On la met facilement en hypnose par fixation du regard.
Le docteur G... fit sur ce sujet différentes expériences, parmi lesquelles nous notons celles-ci : une action vésicante très nette, produite par l’application d'un timbre-poste, avec suggestion qu'il s’agissait d’un vésicatoire; sommeil provoqué à distance (300 mètres d’abord, puis à des distances plus grandes) par suggestion mentale; des phénomènes de lucidité ou vue à distance.
Il remarqua ensuite que la fille de la sorcière « possédait certaines connaissances précises, qui ne traînent pas partout ».« Ainsi, dit-il, elle savait, comme je l’ai éprouvé, faire perdre la roule à une personne, en lui faisant prendre sa droite pour sa gauche (hallucination du sens de l’espace).
» Dans nos campagnes, ajoute M. G ce pouvoir est généralement
attribué aux sorciers. A Cuba, les sorciers nègres prétendent en faire autant. Il y aura des expérience intéressantes à faire sur cette pratique, dont je crois pouvoir, par expériences, attester la réalité. »
Un jour, Berthe apprit au docteur G... comment il fallait s’y prendre pour faire tombe r une personne : «La méthode est remarquablement logique. Il faut d’abord la connaître, lui parler, l'impressionner autant qu’on peut et se faire redouter d’elle. Quand elle est dans la rue, on la suit par derrière, en imitant bien sa démarche et en la chargeant (c'était le mot qu’elle employait d'ordinaire pour dire s’emparer mentalement delà pensée de quelqu’un, en l'endormant, un procédé qui lui était familier).
» Alors, il faut voir une corde tendue en travers de la route, à quelques pas en avant. Ou suit bien les mouvements de la personne et. au moment où elle arrive sur la corde, on fait soi-même un faux pas volontaire; alors elle est forcée de tomber. »
Elle lui apprit comment, à grande distance, on pouvait faire entendre un bruit à quelqu’un; comment on pouvait changer les dispositions d’une personne, etc.
« Elle recommandait toujours d'influencer les personnes, au moment où elles s’endorment, de manière que l’impression persistât dans le sommeil : « Chargez-lc bien, faites-le dormir ; il s'endormira et rêvera toute la nuit. » *
» Pour cela, il faut bien connaître la chambre : « Montrez-moi sa chambre, je lui ferai passer tout ce que vous voudrez. »
» Elle voulait aussi avoir des ‘portraits, quelque chose appartenant à la personne qu'on lui indiquait. »
Ceci dit des procédés de la sorcière, le deçteur CI... vient aux faits, dont il a été témoin :
Hallucination du sens de l’espace. — «Nous venions d'avoir une séance avec B..., et nous la prolongions dans une voiture découverte, où elle était assise entre P... et moi. C'était un soir d'été, vers minuit, dans le quartier des Invalides.
«Avant de monter en voiture, je dis à Berthe : « Puisque vous dites, que vous savez le faire, tâchez de faire perdre l'orientation à M. P..., de sorte qu'il croie tourner le dos à l’endroit où il va. Attendez pour cela que je vous fasse signe. «
« A un moment donné, je fis le signe et, au bout de quelques instants, P... me dit : «C’est singulier ce que j'éprouve; les objets semblent tourner autour de moi et j’ai mal au cœur , c’est comme si j’avais le mal de mer. «
» Les choses en restèrent là et l’hallucination demeura incomplète.
« P... est complètement étranger à la médecine, il ignore ce que c’est que le sens de l’espace et le rapport intime qui existe entre les phénomènes dont il se plaignait et le renversement de l’orientation.
.« Bien entendu, il en est de même de B...; je ne crois pas qu’on puisse trouver une meilleure preuve de la réalité de l’action qu’elle exerçait, et un meilleur commentaire du renversement de l'orientation, si souvent attribué aux sorciers de tous les pays.
Frayeur et hallucination. — « Après avoir déposé B... près de chez elle, nous rentrâmes au quartier Latin avec la voiture. En arrivant rue de Vaugirard, devant la grille du Luxembourg, je me sentis pris d’une frayeur intense, autant qu'absurde. La rue était éclairée admirablement
et il n’y avait pas un passant, et le quartier à cette heure-là (minuit environ) est parfaitement sùr. D’ailleurs cette frayeur ne semblait dépendre d’aucune cause, c’était la peur -pour la peur. C’est absurde, dis-je, j’ai peur, une peur énorme; c’est certainement un tour de B... (M. G... avait déjà été victime de semblables tours de la part de la sorcière). Mon ami rit de moi, et, presque aussitôt : « Bon ! Voilà que cela me prends, moi aussi, je tremble de peur, c’est très désagréable ». L’impression dura jusque devant la porte du Palais du Luxembourg. Nous laissâmes la voiture au coin de rue Soufllot et du boulevard Saint- Michel. Aussitôt à terre : « Regarde, dit P..., tu ne vois pas quelque chose de blanc flottant en l’air, là, juste devant nos yeux; cela passe... » Je ne voyais rien, mais je sentais très fortement la prise de B...
» Le lendemain je la rencontrais à l’hôpital : « Eh bien , vous n’avez rien vu ? » Je la priai de m’apprendre ce que nous devions avoir vu. Voilà sa réponse : « D’abord, votre cocher a perdu sa route; oh ! pas vous, vous ne sentiez rien ; il vous a fait passer par de drôles de rues. »
» Il est de fait que notre voiture avait traversé, du côté de la rue de Babylone, par un trajet compliqué et qui, au moment , ne me semblait pas le bon, mais je ne voudrais rien affirmer de précis.
« Après cela, vous avec eu peur. — Qui ? — Vous d’abord, M. I3... ensuite. Oh ! peur de rien, sans raison, mais vous avez eu bien peur. Ensuite, vous avez vu des pigeons blancs , qui volaient autour de vous, tout près. »
B... a donné ainsi plusieurs hallucinations à M. G... ; elle ne réussissait pas toujours : voici un fait qui rappelle le choc en retour des envoùteurs :
Retour d’une hallucination sur son auteur. — « Un jour, que nous attendions B... chez moi pour une séance d’expériences, elle arriva effrayée : « Oh! que j’ai eu peur ! Je ne le ferai plus. Vous n'avez rien vu, j’en suis sûre ». Et elle nous raconte, qu’en bas de l'escalier, elle avait essayé de me donner une hallucination, de me faire voir une tête de mort. « Je poussais, je poussais, mais vous ne vouliez rien voir. Alors é’est revenu contre moi. Je l’ai vu dans l'escalier. Oh ! que j'ai eu peur ! »
» Son impression avait réellement été très forte.
» Cette aventure paraîtra singulière ; il me semble qu elle mérite qu'on
v réfléchisse. 11... la commenta, on disant : « Quand on travaille beau-
coup pour faire voir une image à quelqu’un, et qu'il la repousse, cette image revient contre vous, tout comme si elle avait été envoyée par une autre. »
Expériences sur un autre « sujet », Mme II... — Le docteur G... a pu, par suggestion mentale, faire apparaître à un sujet placé sous son « influence » (mais pas en sommeil), des serpents, des lapins, des chevaux. Il a pu se rendre invisible. Il rapproche ces faits des phénomènes produits par la sorcière B...
GOIVGLUSIOISJS
De l’étude de la sorcellerie que nous venons d'esquisser, nous pouvons conclure :
1° La croyance au pouvoir des sorciers se trouve vivement enracinée chez tous les peuples dans tous les temps.
2° Cette croyance, qui, jusqu’au xvme siècle, a fait allumer tant de bûchers, peut encore avoir aujourd’hui des conséquences graves : de ce qu’un homme se croit ensorcelé par un ennemi, il s’ensuit qu’il peut se suicider de désespoir, qu’il peut se porter à des voies de fait sur le prétendu sorcier, qu'il peut livrer ce sorcier à la vindicte de ses enfants ou à la vindicte populaire. De plus, une foule de charlatans et d’escrocs, profitant de ce que la croyance au pouvoir des charmes est si répandue, se font pa'sser pour sorciers, afin d’exploiter le public.
3° Cette croyance au pouvoir des enchantements est accréditée par les pratiques étranges des sorciers, qui flattent le goût des masses pour le mystérieux, et aussi par les succès que remportent quelquefois ces tliaumalurges dans le traitement de certaines maladies fort accessibles à la suggestion.
4° Les sorciers peuvent se distinguer en vrais sorciers, qui possèdent des «secrets» réels, dont l’efficacité est souvent, due à l’action de substances toxiques; et en pseudo-sorciers, qui sont ou des malades ou des escrocs.
5° Les malades qui se plaignent d’ètre victimes de maléfices peuvent se diviser actuellement en deux catégories': les uns n’ont jamais subi l’action d'aucun sorcier, ce sont des
malades, dont la nature du trouble pathologique a été méconnue,ce sont encore des aliénésou des victimes d'une autosuggestion ; les autres ont subi une influence réelle de la part du sorcier, influence qui dépend du prestige du sorcier et de la suggestibilité du maléficié et qui peut être favorisée par l'action d’une drogue.
Il faudrait créer des catégories spéciales pour classer les malades qui pourraient être victimes de maléfices réels, si la possibilité des actions à distance et, en particulier, l'extériorisation de la force nerveuse, vient à être démontrée d’une façon absolument indubitable.
6° La responsabilité d’un homme qui, se croyant maléficié, commet un crime sous l’influence de ses idées de persécution, est affaiblie ou annulée suivant les cas.
Cette responsabilité ne peut être déterminée que par un examen médical attentif de chaque cas particulier.
Avant de faire retomber cette responsabilité sur un sorcier, il est nécessaire d’examiner également l’état mental de ce dernier, qui peut, lui aussi, être/un aliéné irresponsable.
7° Pour combattre l’influence néfaste de la sorcellerie, il faut poursuivre les sorciers non pas comme sorciers, mais, suivant les cas, comme empoisonneurs, escrocs, devins. On peut aussi très souvent les poursuivre pour exercice illégal de la médecine en vertu de la loi de 1892; mais cette loi aurait peut-être besoin d’être modifiée de telle façon que les charlatans ne puissent plus l’éluder,
8° Pour chercher à diminuer le nervosisme et la suggestibilité des masses, qui tiennent à tant de facteurs sur lesquels le médecin n’a pas de prise, au moins devrait-on s’efforcer de combattre ceux qu’on peut atteindre, comme l’abus des excito-moteurs (alcool, morphine, etc.) qui dépriment notre race.
9° Pour combattre les pratiques des sorciers, il serait peutêtre bon d’étudier ces pratiques d’une fa ;on scientifique et de réglementer celles qui pourraient avoir une action réelle.
Il serait bon dès maintenant d'interdire la pratique pu-
blique de l’hypnotisme ou, tout, au moins, ses exhibitions théâtrales. Elles développent la suggestibilité de la plupart des spectateurs, occasionnent chez certaines personnes de rhypnophobie et enseignent à des gens peu consciencieux des pratiques dont ils pourront abuser. 11 suffirait de créer une loi analogue à celle qui existe déjà en Belgique.
A cette loi il serait bon d’ajouter un article permettant de punir toute personne qui, sciemment et volontairement, par une suggestion nettement formulée, amènerait des troubles pathologiques notables chez un autre individu.
10° Les malades qui se croient victimes de maléfices doivent être soigneusement examinés tant au point de vue mental qu’au point de vue physique.
En présence d’un trouble dont la nature a été méconnue et qui peut disparaître par une intervention, il faut avoir rapidement recours à cette intervention.
En présence d’un aliéné, il faut instituer un traitement méthodique approprié au cas du malade.
En présence d’un trouble provoqué par une suggestion, il y a lieu d’avoir recours à une suggestion contraire, donnée sous la forme qui semblera devoir être la plus active, suivant le cas spécial et l’état mental du malade.