ACTE QUATRIÈME
faux, et des innocents pour avouer leurs crimes! Toi-même. Évêque, à la torture, tu avouerais être allé au sabbat !
Mouvement de stupeur chez les juges.
XIMÉNÈS, très calme.
Je ne serai jamais dans le cas de subir une telle épreuve ! — Prouve que ces deux femmes ont menti !
ZORAYA.
Et comment veut-on que je le prouve? Est-ce que je peux?... Prouvez-moi, vous, qu'elles disent vrai?
XIMÉNÈS
C'est l'avis du tribunal ...
ZORAYA.
Alors, dites tout de suite que je dois être coupable à tout prix. Ce sera plus vite fait et moins lâche !
Indignation du tribunal.
Tu oses?,,.
ZORAYA.
Ah ! j'ose tout à présent ! — Si je suis condamnée d'avance, que j'aie au moins la joie de crier ma haine à ce tribunal d'Église, (Mouvement.) qui devrait être plus humain que les autres et qui est plus féroce !
Exclamations.
CALABAZAS.
Ta haine, misérable Mauresque!
ZORAYA.
Oui, ma haine!... Oui, je vous hais!... Je vous hais!... Prêtres!... qui vous acharnez sur un peuple vaincu, comme les chacals, après la bataille, sur le corps des mourants!...
Protestations révoltées du tribunal.
XIMÉNÊS.
Laissez... laissez l'esprit du mal se trahir par sa bouche !
ZORAYA.
Toutes les douleurs de la défaite, nous les avons connues. On a changé nos mosquées en églises,
nos tribunaux en chenils, nos écoles en étables; on a rompu nos canaux, tari nos étangs, incendié nos moulins et nos pressoirs, rasé nos vergers, et de la plaine fleurie de Grenade fait un désert, où l'abeille ne trouve plus à butiner pour son miel ! Mais c'était trop peu, pour nous achever, que la misère, la famine et la brutalité du soldat! — Il y fallait la cruauté plus raffinée du moine et vous avez inventé l'Inquisition. — Grâce à elle, vous pouvez vous en donner à cœur joie de nous supplicier comme païens endurcis, de nous faire pourrir dans vos oubliettes et de nous brûler vifs, au nom de votre Évangile qui ne prêche que miséricorde et bonté ! (Désignant le Christ.) Et de ce prophète, — votre Dieu, — crucifié par les inquisiteurs de son temps !... Un martyr dont vous faites un bourreau ! . . . (Mouvement de protestations des inquisiteurs dont deux se lèvent indignés. Elle se tourne vers le Christ du Calvaire et
s'adressantàlui.) Dieu dos chrétiens... Ils t'ont cloué les pieds et les mains, pour que tu ne viennes pas en aide aux misérables ! Mais si tu ne peux t'arracher de ta croix, crie au moins à ces juges infâmes de ne pas chercher ailleurs l'Enfer et le sabbat... Il est ici l'Enfer, où l'on te sacrifie des créatures humaines, où Ton t'offre pour cantique les gémissements des suppliciés, et pour encens l'odeur de leur chair grillée ! Il est ici l'Enfer, l'Enfer avec
ses fournaises, l'Enfer avec ses damnés, l'Enfer! l'Enfer 1 avec ses démons !
Elle va tomber assise, suffoquée, pleurant sur le siège à gauche. Les inquisiteurs, sauf Ximénès, révoltés, debout, menaçant, parlant tous à la fois, descendent sur la scène.
TOUS
Blasphèmes ! . . . Blasphèmes !
ALBORNOS.
Laisserons-nous cette Sarrasine outrager plus longtemps le Tribunal?
GALABAZAS.
Et l'Église !
IBARRA
Le jugement ! . . . Éminence ! le jugement !
XIMÉNÈS, toujours assis.
Du calme! Ce n'est pas une blasphématrice qu'il nous faut, au gouverneur et à moi. — C'est une sorcière !
ALBORNOS.
La preuve est faite !