ACTE CINQUIÈME
femme, qui n'est pas plus sorcière que nous ne sommes magiciens, vous et moi!
ENRIQUE, saisi.
Est-ce possible!... Mais ses aveux, ses aveux?..
OLIVEIRA
On ne les lui a arrachés qu'en lui promettant votre salut, sa sorcellerie vous tenant lieu d'excuse.
Et quand elle me criait : « Ne crois pas cela, c'est faux ! c'est faux ! »...
Les rumeurs se rapprochent.
OLIVEIRA
Elle vous sauvait, en se condamnant ellemême au bûcher!
ENRIQUE
Oh ! brute que je suis ! ... Je ne l'ai pas compris !
OLIVEIRA, cherchant à le calmer.
Prenez garde !
ENRIQUE
Et j'aurais la lâcheté!... Dussé-Je me faire écharper...
OLIVE IRA, le contenant.
Pour Dieu ! Pas de folie ! — Il vous reste une chance.
ENRIQUE, vivement.
Joana?
OLIVEIRA
Oui ! . . . prenez garde : on nous écoute.
A ce moment, la foule envahit la place de tous les côtés, bousculée, repoussée par les archers, dévalant la rue haute en courant et criant. La porte de l'église s'ouvre toute grande. Calabazas, Albornos, Ibarra et Molina en sortent, suivis d'autres moines franciscains et dominicains, et se rangent sous le porche aux sons de l'orgue jouant une marche funèbre; les cloches ne cessent de sonner le glas. Oliveira s'éloigne vivement par la ruelle du premier plan. Enrique remonte la scène et disparaît dans la foule que les archers ont grand'peine à contenir, pour laisser le passage libre au cortège. Celui-ci paraît dans la rue haute qu'il descend lentement; les clameurs redoublent. Six archers noirs du Saint-Office sont en tête, puis dix moines de Saint-François, tenant des cierges et marmottant des prières. Deux porteurs de lanternes et un porteur d'un christ abrité sous un petit dais noir, puis Zoraya, revêtue du san-benito, les mains liées. Puis Gil Andrès et ses deux aides. Puis