‹ La sorcière, drame en cinq actesChapitre 31 sur 133 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ZORAYA, relevant une carte.

Ail !

AisriA.

Quoi?

Le Cavalier de Vëpée... Voilà l'espion!

AISHA.

Tu vois ! — Quand je pense qu'à cette heure nous pourrions être loin, en sûreté! Tu étais si résolue à faire comme les plus avisés des nôtres et à fuir la persécution des Nazaréens jusque sur la côte africaine! Il a fallu la rencontre de cet homme! Ah! misère de nous! La première fois que, sur la colline où nous respirions la brise du soir, il a paru subitement devant nous et où tu t'es jetée si follement dans ses bras, j'ai cru entendre les ailes noires d'Azraël, l'ange de la mort, frôler le toit de notre maison!...

ZORAYA,

Notre destinée, dit le Prophète, est suspendue à notre cou!... S'il est écrit que je dois mourir

par Enrique, que puis-je faire, sinon désirer que ce soit dans ses bras?

AISHA,

Oti! ma fille, toi si chaste dans ton veuvage, comment t'es-tu énamourée à ce point de cet infidèle, ennemi du vrai Dieu?

ZORAYA.

Sait-on comment et pourquoi l'on aime?... J'étais à sa merci ! D'un mot il pouvait me jeter aux cachots du Saint-Office. Il fallait bien lui arracher ma grâce, au prix que l'on exige toujours de nous autres femmes. Je ne risquais rien à le promettre! La présence de ses gens était ma sauvegarde pour cette nuit-là! Et je comptais bien, une fois libre, fuir Tolède, avant le jour!

AISHA.

Plût au ciel !

ZORAYA.

Mais quelle fragilité est la nôtre ! Il est jeune, il est beau ; son ârne est généreuse et tendre son regard!... Et quand il m'eut mise en liberté, je ne songeais plus à le fuir.

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