VELASCO
Ils ont là des retraites inabordables où il est impossible de les traquer.
DON AMBROSIO
On a trop ménagé ces païens.
RAMIRO
Pas en ce moment, don Ambrosio. Son Éminence et monsieur le Gouverneur n'y vont pas de main morte.
DON AMBROSIO
Aussi, Ramiro, voyez les avantages de la rigueur. En six mois, des milliers de Maures se sont convertis.
Murmures de satisfaction. La musique cesse. CARDENOS, gravement.
Comédie, seigneur Ambrosio! Ces nouveaux chrétiens ne le sont que des lèvres... Ils vont à la messe ; c'est pour la railler en sortant! Ils se confessent pour n'avouer que des sornettes ! Ils font baptiser leurs enfants, pour les laver au plus vite de ce qu'ils appellent les souillures du saint-
chrême... (Murmure indigné.) LeuFs filles se marient à nos autels, vêtues à la chrétienne; mais leur premier soin, rentrant au logis, est de se vêtir à la Mauresque. . . et de célébrer la noce, avec danses et chants arabes interdits, tels que la zambra, aux sons de tambourins, buccins et cymbales, instruments proscrits !
DONA RUFINA.
Pour ma part, je leur passerais bien la zambra et les tambourins; mais j'approuve fort que l'on interdise à ces Mauresques de se teindre les sourcils et les cils ! — Leurs regards sont bien assez effrontés sans cela.
DONA SYRENA.
Oh! moi, je trouve admirable surtout l'édit royal qui punit des galères tout commerce amoureux d'un Espagnol et d'une Mauresque. Car il y a vraiment de belles filles chez ces Africaines et vous n'êtes, seigneurs, que trop enclins à vous en apercevoir.
RIOUBOS.
Et pour notre part, senora, nous approuvons