ACTE TROISIÈME
Z 0 R A Y A , se levant et gagnant la gauche.
Oui, c'est bien le cri du mâle égoïste et brutal ! Tu ne l'aimes pas !... Mais c'est à elle que tu me sacrifies !.. . ïu ne Taimes pas, mais je t'arrête au seuil de sa chambre ! . . . A deux pas de son lit ! . . . Je me mépriserais comme la dernière des filles de la rue, si je me découvrais une seule pensée qui ne fut pour toi!... Je maudirais mes yeux de s'arrêter avec complaisance sur un autre visage que le tien!... Je ne saurais où laver la souillure de ma chair, si un autre que toi l'effleurait de ses lèvres : et il te paraît tout naturel d'être à la fois le mari de ta femme et l'amant de ta maîtresse : de courir de l'une à l'autre, et de m'apporter en souriant la desserte de ta nuit de noces I... Et c'est toi qui me disais : « Ne crois à rien, rien au monde qu'à mon amour pour toi ! )>... Ah ! lâche 1 lâche menteur ! . . . le voilà ton amour ! . . . Le voilà !
E NUI QUE, debout.
Ma Zoraya chérie !
ZORAYA, vivement, le repoussant en larmes.
Oh ! laisse-moi ! Malheureux ! laisse-moi ! Je te hais !
Elle s'accoude sanglotant à la colonne de gauche.
ENRIQUE
Plus bas ! plus bas ! . . . Je t'en supplie ! ... Si l'on entendait.
ZORAYA.
Oh! que l'on entende! Que l'on vienne ! et qu'on me tue !... Cela m'est bien égal à présent!
On entend le bruit de la hallebarde du sereno sur les cailloux de la rue.
ENRIQUE, effrayé indiquant la rue.
Tais-toi ! — Quelqu'un là !
LE SERENO, dehors, passant devant la porte, et chantant.
Ave, Maria!
ENRIQUE, à mi-voix.
C'est le sereno.