ACTE TROISIÈME
ENRIQUE
Ah! certes, non!... Que j'étais forcé...
ZORAYA.
De me trahir pour elle?...
C'est elle que j'ai trahie pour toi!... Je te connais depuis trois mois. Et je lui suis fiancé depuis des années!... Mais j'étais si persuadé qu'elle prendrait le voile dans ce couvent. Quand ce mariage a été décidé, contre son gré et le mien, j'ai eu recours à tant de prétextes pour l'ajourner que ce mauvais vouloir a paru suspect... On en cherchait la cause, en l'eût trouvée peut-être... Il fallait bien se résigner. Alors!... alors seulement, dans ces deux derniers jours, où je n'ai pu te voir, j'étais résolu à cet aveu!... Et ce matin même... Mais je t'ai vu si exaltée à la seule pensée d'une autre femme, que je n'ai pas eu le courage de provoquer une scène de reproches, bien inutile, puisque je ne pouvais plus me laisser attendrir par tes larmes et me dérober à mon serment de chrétien, à ma parole de gentilhomme, à mes devoirs les plus sacrés !
ZORAYA.
Oui! Tous les devoirs sont sacrés, sauf envers moi!... Et tu espérais, n'est-ce pas, que j'accepterais le fait accompli?
ENRIQUE
Oui!
ZORAYA.
Que j'accueillerais ton retour à bras ouverts?
ENRIQUE
Que tu me pardonnerais du moins en me retrouvant fidèle à notre amour.
Mais comment donc?... Plus épris que jamais ! Le contraste de la Mauresque à l'Espagnole ! Il n'est rien de tel que de varier ses plaisirs, pour en rehausser la saveur.
ENRIQUE, assis près d'elle.
Mais je ne l'aime pas, cette enfant!... Je ne l'aime pas !