ACTE TROISIÈME
ENRIQUE
Dans quel philtre lui as-tu versé ce sommeil qui ressemble à la mort ?
ZORAYA,
Qu'importe, s'il n'en est que l'image ! — Elle dormira ainsi jusqu'à l'heure que j'ai fixée pour sa délivrance... Et ce sera ton châtiment qu'à son réveil elle soit aussi sourde à ta voix qu'en ce moment ; aussi morne et glacée dans tes bras ! . . . Tu comprendras alors que ta vraie femme n'était pas cette créature angélique, qui ne veut pour époux que son Dieu ; mais la Mauresque qui te donnait plus d'amour dans une seule étreinte de sa main... que cette nonne dans le mol abandon de toute sa chair, révoltée par tes caresses.
ENRIQUE , à ses pieds.
Et que m'importe ! . . . Je ne disputerai pas cette vierge à son époux céleste. Et je serai librement tout à toi, à toi seule, sans désespoir pour elle et sans remords pour moi.
ZORAYA, se dégageant.
Je n'en ferai pas l'épreuve !
ENRIQUE
Tu pars?
ZORAYA.
Oui.
ENRIQUE
Seule... la nuit?
ZORAYA.
Je veux quitter Tolède avant le jour.
ENRIQUE
Quitter Tolède?
Ah! Dieu oui... l'exécrable ville, où il n'y a plus que douleur et péril pour moi !
ENRIQUE, lui barrant le passage vers la porte.
Allons ! c'est absurde... tu ne partiras pas.