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en même temps que d’une voix criarde il excitait les paysans à massacrer les Philistins et leurs défenseurs.
* Te tairas-tu, vieux hibou ? » s’écria Kerner impatienté.
Le prédicateur, continuant ses malédictions, le gigantesque lansquenet le rejoignit en trois pas, l’enleva de terre de sa main gauche, et de la droite lui enferma le bas de la figure dans une sorte de tenailles vivantes qui ne lui permirent plus d’ouvrir la bouche, et le firent devenir rouge comme une écrevisse cuite.
Pendant ce temps, Sarnen, qui arrivait à peine à la poitrine de Franz Ibell, mais qui était beaucoup plus fort que lui, l’empêchait de porter secours à Jacquet.
Le sang-froid du chevalier, et sa grande expérience des armes, l’emportèrent sur la violence de Jacquet. Celui-ci, dont l’arme trop longue et trop lourde, était d’ailleurs plus difficile à manier que l’épée du chevalier, assénait une grêle de coups h son adversaire, mais la plupart étaient parés ou évités par Florian. Chaque coup de ce dernier, au contraire, atteignait en plein l’aubergiste, qui aveuglé par la fureur, ne songeait qu’à frapper. Le casque de Rohrbach ne tarda pas à être brisé. Un dernier coup mit à découvert la tête de Jacquet; telle était la force de ce coup, que l’aubergiste tomba à terre comme un bœuf sous la masse du boucher.
« Mon maître ! mon maître 1 s’écria Franz en s’élançant vers l’aubergiste.
— Yeux-tu bien rester me tenir compagnie, vilain rougeaud, » dit Sarnen qui passa la tête entre les deux jambes d’Ibell et qui le fit tomber.
Tandis que tous deux se roulaient sur le sol, et que Sarnen, légèrement blessé par Ibell, poignardait bel et bien
son adversaire, Florian abaissant son épée, laissait Jacquet se relever.
* Jacquet, dit-il à l’aubergiste qui, tout étourdi encore du coup terrible qu’il avait reçu, essuyait d’un air sombre le sang qui ruisselait sur sa figure, je ne veux point votre mort. Quoique vous ayez fait bien du mal à la sainte cause de la liberté, je ne puis oublier que vousavez vaillamment combattu pour elle, et que vous pouvez encore lui rendre de grands services.... Oublions tous deux ce qui s’est passé durant ces derniers jours.
Une armée nombreuse va fondre sur nous, d’après ce qu’ont révélé quelques prisonniers. Nous aurons besoin de ton tes nos forces pour résister aux troupes que commande Georg Truschess.
Je ne vous dirai pas « soyons amis, Jacquet, » mais soyons unis pour le salut commun de nos frères.... Le voulez-vous? »
Jacquet lui jeta un regard farouche et ne répondit pas.
Essuyant le sang qui couvrait la lame de son épée, il la remit au fourreau et s’éloigna silencieusement.
« Faut-il lâcher ce braillard, monseigneur? demanda Kerner qui tenait toujours Massenbach.
— Certainement, répondit Florian qui se disposait à rejoindre Metzler pour faire délivrer quinze à vingt prisonniers que tous deux venaient d’arracher au supplice que leur préparait Jacquet.
— Allons, dit Kerner en lâchant son captif, parle maintenant si tu veux, vieux corbeau, mais ne crie pas trop, ou je reviendrai te clore le bec. »
Le pauvre diable n’avait garde de crier désormais. 11 avait passé de vie h trépas sous la main de Kerner qui l’avait étouffé sans que le lansquenet s’en doutât.
Lorsque Kerner le lâcha, Massenbach tomba lourde-
ment sur le sol, à côté de Franz Ibell, que Sarnen avait aussi envoyé dans l’autre monde.
« Il paraît que j’ai serré trop fort, murmura Kerner. Tant pis, après tout. Il a fait tuer tant de prisonniers qu’il mérite bien son sort.
— Évidemment, dit Sarnen... Maais, j’i bien soif, moi.
— Et moi aussi.
— Est-ce que nous ne trouverions pas quelque chose à boire dans le moulin?
— De l’eau?
— Hé non.... les meuniers ne s’en servent que pour leurs roues ; de la bière et du vin. »
Avec l’impassibilité qui caractérisait les routiers, qui, toujours au milieu des combats, ne considéraient la vie humaine que pour fort peu de chose, les deux lansquenets pénétrèrent dans le moulin.
Pendant ce temps, Florian rejoignait Georg Metzler, qu’il trouva au milieu de quelques autres chefs qui tenaient une sorte de conseil de guerre.
Sauf quelques énergumènes du même genre que Massenbach, la plupart étaient révoltés du massacre qui venait d’avoir lieu à leur insu.
Outre l’horreur que leur inspirait le sang inutilement versé, ils comprenaient que ces cruautés feraient un tort énorme à leur parti.
A la suite de déprédations de tout genre commises, dès le début de la guerre, par les bandes de Jacquet et de quelques autres chefs en sous ordre, la petite noblesse et une grande partie de la bourgeoisie revinrent, en effet, sur les sentiments de bienveillance avec lesquels ils avaient d’abord considéré la Confédération évangélique.
Ceux-là même qui s’étaient d’abord montrés disposés à en faire partie, refusaient maintenant de s’associer à des
gens qu’on leur représentait comme des pillards et des malfaiteurs.
Aussi, Wendelin Hipler, Georg Metzler et quelques-uns des chefs les plus habiles et les plus modérés, prirent-ils le parti de renvoyer sans rançon les prisonniers qui avaient échappé au massacre.
Nous n’avons pas besoin d’ajouter que Florian fut de cet avis.
Parmi ces prisonniers, cependant, se trouvait le sénéchal comte Georg de Mansburg, l’ennemi personnel du chevalier. Du reste il ne profita guère de la générosité de Florian, car il succomba quelques jours plus tard aux blessures qu’il avait reçues.
Dès que le conseil de guerre fut terminé, Florian alla trouver le comte et la comtesse d’Helfenstein, qu’il avait laissés dans une maison de la ville sous la garde de quelques-uns de ses lansquenets.
Connaissant la mobilité de la foule et craignant toujours quelque revirement, il engagea ses amis à partir le plus vite possible pour Stuttgart. La blessure du comte le mettant hors d’état de rien faire par lui-même, ce fut le chevalier qui se chargea de tous les apprêts du départ.
Au moment où les deux époux allaient se mettre en roule sous la conduite d’une escorte que commandait le fidèle Kerner, Florian leur fit ses derniers adieux.
Louis et Marguerite le supplièrent vainement de les accompagner, où du moins de quitter l’armée des paysans et de venir les rejoindre.
« Croyez-moi, Florian, lui dit le comte, votre cause est perdue désormais. Seuls, les paysans ne peuvent arriver à aucun résultat durable, et maintenant ni la bourgeoisie ni la petite noblesse ne se réuniront sérieusement à eux. »
Truchess, qui a déjà étouffé la révolte de Sikingen , vient, dit-on, avec des forces considérables.
« Je le sais ; mais, en ce moment moins que jamais, je ne puis abandonner ces malheureux qui m’ont choisi pour leur chef. Mon devoir est de les sauver ou de périr avec eux.
— Au premier jour, reprit Marguerite, ils vous livreront à vos ennemis pour acheter leur grâce..., ou bien ils vous assassineront pour vous punir de votre clémence et de votre fermeté.
— Que la volonté de Dieu s’accomplisse !
— Victime de vos généreuses illusions, vous leur avez déjà sacrifié votre fortune, vos titres, vos affections.,.. Tous les forfaits que ces bandes indomptables commettent malgré vous, c’est sur vous pourtant qu’ils retomberont. Le nom de votre père et votre propre mémoire deviendront un objet d’exécration pour l’Allemagne.
— Ah t qu’importe, répondit-il.... Est-ce que j’existe encore, moi ?... Je ne suis plus qu’un rouage vivant de cette machine puissante qui fait jaillir la lumière de l’obscurité, la liberté de la servitude, l’égalité de l’oppression.
« Le présent nous trahira peut-être, mais l’avenir nous reste.... La liberté, comte Louis, est comme la marée montante. A voir chaque vague déferler sur la plage et reculer ensuite, on croirait qu’elle a perdu tout le terrain qu’elle avait gagné. Tandis qu’elle expire en gémissant sur le sable humide, une autre vague plus puissante s’élance du sein de la masse liquide qui envahit insensiblement la plage par un mouvement lent et continu que rien au monde ne saurait arrêter.
Tandis qu'il parlait ainsi, sa noble et belle figure rayonnait d’enthousiasme et de foi.
Le comte et Marguerite comprirent que nulle considération humaine ne saurait lutter contre une croyance si profonde, contre un dévouement si parfait.
Tous deux tendirent les bras à Florian. Il les embrassa avec effusion.
« Que Dieu vous protège! raurmura-t-il. Comte Louis, en mémoire de moi, soyez miséricordieux pour les pauvres paysans qui tomberont entre vos mains. Adieu, Marguerite, adieu, ma sœur bien-aimée, que Dieu vous donne la part de bonheur qu’il m’aurait accordée ici-bas et à laquelle je renonce sans regret. Adieu, mes amis, adieu. »
Quand le comte et la comtesse d’Helfenstein eurent disparu derrière un pli de terrain, Florian leva les yeux au ciel.
« Mon Dieu ! murmura-t-il , maintenant que, sans famille et sans amis, j’ai arraché de mon cœur les derniers sentiments terrestres pour le consacrer tout entier à l’accomplissement de vos divins décrets, donnez-moi le courage et la force de poursuivre ma tâche jusqu’au bout. »
Il rejoignit les autres chefs et s’occupa avec eux des mesures à prendre pour profiter de la prise de Weinsberg et pour atténuer le mauvais effet des massacres qui venaient d’avoir lieu.
Quelques lignes nous suffiront maintenant pour achever cette histoire.
Le comte et la comtesse d’Helfenstein se retirèrent à Stuttgart. Ils comptaient gagner Augsbourg, mais la blessure du comte ne lui permit pas d’entreprendre ce voyage, quelque court qu’il fût.
Aussitôt rétabli, il rejoignit le camp des confédérés souables.
Malgré leur nombre, les paysans ne purent soutenir la
lutte contre l’armée de leurs ennemis. La division se mit parmi eux.
Inflexible lorsqu’il s’agissait d’un principe et d’une ligne générale de conduite politique, mais ennemi des cruautés et des vengeances particulières, Florian ne put lutter contre les influences de tout genre qui se réunissaient pour l’attaquer.
Goëtz de Berlichingen, le fameux chevalier à la main de fer, qui, n’en déplaise à Goethe, était bien plus un condottiere de haut rang qu’un chef politique, succéda au chevalier de Geyersberg dans le commandement en chef définitif de l’armée des paysans.
Durant la bataille de Bœblingen, où Georg Truchsess de Waldbourg mit en déroute les paysans, qui perdirent neul à dix mille hommes au moins, Jacquet Rohrbach fut fait prisonnier, ainsi que Melchior Nonnenmacher,le ménétrier qui avait précédé le comte d'Helfenstein le jour où ce dernier avait failli périr par la chasse aux lances.
Les deux hommes furent attachés à un arbre, entourés de bois et rôtis à petit feu.
L’armée des paysans, attaquée de nouveau dans sa retraite de Wurtzbourg et devant le château de Kœnigzhfen, essuya encore une épouvantable défaite.
Quant à Florian, qui faisait bande à part, et qui résista longtemps, grâce à ses fidèles lansquenets, il fut surpris à son tour par les troupes de la Confédération souabe.
Après avoir gagné le château d’Ingolstadt, dans lequel il se défendit longtemps avec une bravoure héroïque contre des forces bien supérieures, il fit une sortie. Se frayant un passage à travers l’ennemi, il se réfugia avec quelques braves dans un petit bois voisin du château. Là encore il fut cerné.
Une fois dans le bois, Florian et ses amis se comptè-
rent : ils étaient encore trente-deux, mais la plupart blessés ou épuisés par la fatigue, l’insomnie et le besoin.
« Mes amis, leur dit Florian, il faut que nous fassions un nouvel effort, et que nous passions encore à travers l’ennemi.
— Hélas i s’écrièrent plusieurs de ses compagnons, nous n’avons même plus la force de marcher.
— Plus nous attendrons, plus les soldats qui nous entourent seront nombreux, dit Florian. Songez, amis, que notre vie n’est pas à nous, qu’elle appartient tout entière & notre sainte cause, et que nous devons compte à la liberté de chaque goutte de notre sang. Au lieu de nous laisser égorger ici comme des enfants, sans honneur pour nous , sans profit pour notre cause, tâchons de regagner la bande de Gaildorf ; si nous devons mourir, mourons en combattant, et près de nos frères. »
Tels étaient l’épuisement et le découragement des compagnons de Florian, que seize d’entre eux seulement eurent la force ou le courage de le suivre.
Ils profitèrent de la nuit popr sortir du bois, mais quelques-uns furent pris par l’ennemi ou succombèrent à leurs blessures, car lorsque la petite troupe de Florian put enfin s’arrêter dans un champ pour prendre un peu de repos , elle ne comptait pas plus de onze individus.
En arrivant à Thann, ils n’étaient plus que neuf. Pour comble de malheur, ils n’y trouvèrent plus la horde de Gaildorf.
Rien ne put décourager l’indomptable énergie de Florian.
Quoique fort souffrant des suites de ses blessures, il parvint à réunir encore quelques paysans.
Un jour qu’avec sa petite troupe, il gravissait une colline située non loin du château de Lemberg, il fut surpris
LA SOROîfcRE NOTRE. 367
par un nombreux détachement d’hommes d’armes et de lansquenets appartenant à la Confédération souabe.
Par un de ces hasards qui tiennent de la fatalité, un des chefs de ce détachement était le comte Louis d’Helfenstein.
Malgré son infériorité de nombre et. d’expérience militaire, la petite troupe de Florian se défendit avec une grande bravoure.
Pendant le combat qui commençait déjà à n’être plus qu’une boucherie, le comte d’Helfenstein reconnut Florian dont le heaume venait d’être brisé par un coup de hache. Le comte s’élança vers le chevalier et l’empêcha d’être égorgé par sept ou huit hommes d’armes qui l’attaquaient à la fois.
« Toute résistance est inutile , vous le voyez, Florian, dit-il; rendez-moi votre épée afin que je puisse dire que vous êtes mon prisonnier , vous protéger contre la fureur de mes amis et vous remettre en liberté dès qu’il n’y aura plus de danger pour vous.
— Je vous remercie de votre générosité, seigneur comte, répondit Florian en essuyant le sang qui ruisselait sur son visage ; mais je ne puis accepter.
— Qu’espérez-vous ?
— Rien : mais dans une cause comme la mienne, si le soldat peut accepter quartier, le chef doit le refuser. C’est moi qui ai entraîné à ma suite les malheureux paysans qui tombent en ce moment sous les coups de vos soldats. Ce serait une honte de leur survivre et de ne pas mêler mon sang à celui des martyrs obscurs qui vont payer de leur vie leur confiance en moi et leur dévouement à la liberté.
— Je vais faire mon possible pour sauver vos compagnons, dit le comte.... à cause de vous, Florian.... mais vos hommes nous ont tué bien du monde...
— Adieu, Louis, reprit Florian en se couvrant? la tête
d’un casque qu’il trouva sur le sol à côté d’un cadavre
Je sens que mon heure est venue. Dites h Marguerite que l’Allemagne et ma sœur adoptive auront ma dernière pensée.
— Noble et malheureux ami, s’écria le comte, je ne
puis vous laisser périr ainsi. Je vais
— Regardez, comte, interrompit Florian.
Il lui montrait en même temps du doigt cinq ou six paysans postés sur un rocher et cernés par une vingtaine de soldats qui s’apprêtaient à les égorger.
— Sauvez ces malheureux et vous aurez acquitté votre dette envers moi, dit-il -
Cédant à contre- cœur à l’instante prière de Florian, M. d’Helfenstein courut à l’endroit que lui désignait le chevalier. Tandis qu’il faisait des efforts désespérés pour sauver les paysans, d’autres hommes d’armes se précipitèrent sur Florian , au secours duquel étaient accourus le brave Kemer et son petit acolyte Sarnen.
• Tous trois se défendirent vaillamment ; mais ils furent promptement écrasés par le nombre de leurs assaillants.
Kemer tomba le premier, atteint au bas-ventre par un coup d arquebuse.
— Défends le capitaine, cria-t-il à Sarnen en s’abattant sur le sol comme un arbre déraciné.
— A bientôt, mon vieux camarade, répondit Sarnen, qui ne tarda pas, en effet, à succomber à son tour. »
Resté seul, Florian lutta.it encore.
Enfin, épuisé de fatigue et aveuglé par le sang qui coulait des blessures qu’il avait à la tête, il reçut un coup de pique qui pénétra par une partie brisée de son armure et lui traversa le corps. En même temps un coup d’épée
l'atteignit à l’avant-bras droit avec tant de force qu'il laissa tombei son épée.
« Dieu protège l’Allemagne et la liberté ! » murmura-t-il.
Puis, il roula à terre à côté de son fidèle Kerner.
Ce dernier, qui respirait encore, se traîna jusqu’à sou capitaine, et s’étendit sur lui, de manière à lui faire uu rempart de son corps.
Quand M. d’IIelfenstein , à qni les autres gentilshommes avaient fait exprès de barrer le chemin, réussit à s’approcher de Florian , le chevalier avait rendu son âme à Dieu.
Sa noble et belle figure commençait déjà à prendre cette expression de calme ineffable qu’on rencontre assez fréquemment sur le visage des gens qui ont succombé à des blessures faites à l’arme blanche.
Kerner vivait encore. Cinq ou six hommes furent obligés de réunir leurs forces pour l’arracher de dessus le cadavre de Florian, que ses bras serraient convulsivement. Il expira dans la nuit.
M. d’Helfenstein fit enterrer les deux fidèles lansquenets auprès de Florian dans le cimetière de Geyersberg.
Le comte et Marguerite ordonnèrent aussi de réparer la petite chapelle de Geyersberg, dont les ruines subsistent encore.
Au mois d’août 1526, Georg Truchsess et Georg de Frundsberg anéantirent les derniers restes de la Confédération évangélique.
Si les paysans, au commencement de la guerre, avaient montré de trop grandes exigences et commis bien des cruautés, les seigneurs déployèrent des rigueurs plus blâmables encore.
Même après la soumission complète du pays, une foule de paysans furent mis à mort.
Les exécutions et les meurtres inutiles furent poussés si loin, que les principaux membres de la ligue souabe, réunis en assemblée générale, furent obligés de menacer plusieurs seigneurs de leur retirer désormais l’appui des troupes de la Confédération souabe, si leur inhumanité faisait éclore une nouvelle révolte.
Telle fut la fin de la célèbre guerre des paysans. En moins de dix-huit mois, plus de deux cent mille hommes trouvèrent la mort sur les champs de bataille ou dans les supplices.
Le sang de toutes ces victimes rejaillit jusque sur les ailes du génie de la liberté qui avait un instant plané sur l’Allemagne, et l’arrêta dans son essor. Près de trois siècles s’écoulèrent avant qu’il pût sécher ses ailes et prendre son vol vers la France.
Quand retournera-t-il en Allemagne pour y proclamer la liberté, l’égalité et l’unité ? Dieu le sait.