C. Fournier
l.A SOTTIK KN KMANCE 49
SOTTIF. A DIX PKRSONNACES JOUÉK A GENf^.VK, EN LA l'LACK DU MOLARD, l.K DIMANCHK t)KS IiOFU)KS, i/aN ! ^2^.
Personnages :
P^olie, Claude Rolet,
Le Poste, Pettrcmand,
Anthoine [Sobret], (Jaudefroid,
Gallion, Mulet [de Palude],
^ Grand Pierre, lo L'Knfant.
[Genève, dimanche 22 février 152?.]
Genève possédait, au commencement du xvi^ siècle, une confrérie dramatique dont les membres portaient le nom d'Enfans de Bontemps. Ce sont les membres de cette association qui ont représenté la pièce dont nous allons nous occuper. Mère Folie ouvre le spectacle :
MÈRE Folie vestue de noir, commence :
Sur mon ame, quoy qu[e] on die,
Encor[e] me fait il bon voir.
Enfans, je suis Mère Folie,
Qui, pour passer mélancolie,
Viens vous voir vestue de noir. j
J'ay matière de desespoir ;
Je suis vefve de fort long temps ;
C'est, comme devez bien sçavoir,
De vostre bon père Bontemps...
Bontemps n'est pas mort seul ; Mère Folie ajoute :
Au vinaigre! le cœur me crève
Quand je pense aux trespassez.
Stéphane Rolet, Nicolas,
Petit Jean, maistre Jaques, helas !
Grand Mattey, Perrotin, Hectore 20
Et vous tous mes amis encore(s),
Ou estes vous.?
Un point qui mérite d'être noté, c'est que tous ces noms sont des noms réels et que les acteurs genevois croient inutile de prendre des noms de théâtre.
Mère Folie est surprise au milieu de ses doléances par l'arrivée d'un poste, c'est-à-dire d'un messager, qui lui apporte une lettre de Bontemps lui-même. Aussitôt elle convoque ses enfants pour leur en faire part :
Guillaume le Diamantier, 55
Anthoine Sobret, Gaudefroid,
Claude Baud, Michel de Ladrex,
MaistrePettremand, Gallion,
Jean de l'Arpe, venez ! Jean Bron,
Ça! Grand Pierre, Claude Rolet, 6q
Prestre d'honneur, frère Mulet,
Venez, et vous aurez nouvelles
De Bon Temps...
Les suppôts, qui se tenaient « parmi la trouppe », c'est-à-dire au milieu même des spectateurs, montent sur le théâtre par des échelles et la pièce proprement dite commence. Anthoine, qui a « fréquenté les notaires », lit la missive de Bontemps et se charge d'y répondre. La lettre et la réponse sont pleines d'allusions hardies. Bontemps a quitté Genève depuis que le duc de Savoie s'est rendu maître de la ville ; à partir de ce moment on n'a plus connu aucune liberté, on n'a pas même pu jouer de moralités ni d'histoires, mais les sots genevois peuvent reprendre leurs ébats puisque leur père n'est pas mort. La sottie se termine par une scène bouffonne où les compagnons se taillent des béguins dans la chemise de Mère Folie. En voici les derniers vers, qui forment un rondeau double :
Rolet.
Beuvons tant que le feu en saille 295
Sur les nouvelles de Bontemps.
Gallion.
De nos beaux yeux, vaille qui vaille, Beuvons tant que le feu en saille.
Gaudefroid.
Donnons a ce vin la bataille Roidement comme beaux quettans. 300
Mulet.
Beuvons tant que le feu en saille ; Beuvons en attendant Bontemps.
Gaudefroid.
Beuvons de ce vin, ne vous chaille; Payé l'ay a deniers contents.
Mulet.
Beuvons tant que le feu en saille 305
Sur les nouvelles de Bontemps.
Nous avons cherché des renseignements sur les personnages dont les noms sont énumérés ci-dessus, mais nous n'avons réuni que des indications bien insuffisantes.
Claude Rolet, l'un des auteurs de la sottie, était évidemment parent de
LA SOTTIK EN KRANCE 5I
Stéphane Kolet (v. i8) et de Nicolas Rolet, qui joua, en 14^^, à Genève, le Miroir de Justice, et qui composa des histoires en 1495 et i ^01 {Mémoires et Documents publiés par la Société d'histoire et d'ardiéolo^ie de Genève, I (1H41), 1, 142, \4]). Guillaume le Diamantier, qui ouvre la liste des compagnons vivants (v. ^ 5I, mais qui ne figure pas sur la scène, était en 149^ un des compagnons de Nicolas Kolel [ibid., 1, 1, 14^) ; il devait être le doyen de la troupe. Anlhoine Sobret (v. <^6\ paraît être le compagnon qui figure dans la liste des personnages sous le nom d'Anthoine; nous avons même rétabli son nom entre crochets. On voit par la pièce suivante que le rôle de Mère P'olie était rempli également par un acteur appelé Sobret, qui mourut peu de temps après. L'un des trépassés, Perrotin (v. 20) est cité en 1510 comme ayant reçu de la ville un florin pour certaines « gaillardises » par lui composées; un autre, maistre Jaques (v. 19), était sans doute le père d'un jeune homme appelé le « filz du grand Jaques », qui toucha aussi, en 15 10, une indemnité pour avoir récité un compliment à l'-évêque Charles de Seyssel {Mémoires, etc., I, «, 144)-
Bibliographie :
A. Sottie a dix personnages iouee a Geneue en la place du Molard le dimanche des Bordes lan 1523. — Sottie iouee le dimanche après les Bordes, en 1 524, en la lustice. S. /. n. d., pet. in-8 de 20 fï.
Nous n'avons pu retrouver cette édition citée par les auteurs de la Bibliothèque du Théâtre français (I, 91) et dont M. de Soleinne possédait une copie figurée {Catal. n<» 725).
B. Bibl. de Grenoble, ms. n» 916, in-fol. sur papier (fin du xvi^ s.).
G. Sottie, Il à dix personnages. || Jouée à Genève, en la Place || du Molard, le dimanche des Bordes, l'an 1523. \\ A Lyon, || Par Pierre Rigaud. S. d. [vers 1750], pet. in-8 de 41 pp. et i f. blanc.
Au titre, une petite marque représentant une femme debout près d'une roue brisée et appuyée sur uneépée.
Le nom de Pierre Rigaud est une fausse rubrique.
Au v» du titre est placée la liste des personnages de la Sottie de i $23.
A la page 21 commence la Sottie de 1 ^24 qui occupe la fin du volume.
Bibl. nat. Y, 4372 B, Rés. — Bibl. de l'Arsenal, B. L., 9682.
D. Caron, n° 2.
E. Mémoires et Documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève j I (1841, in-8), 153-163.
Le texte présente ici plusieurs coupures.
F. Deux Sotties jouées à Genève, l'une en 1523, sur la Place du Molard, dite Sottie à dix personnages, et l'autre en 1 524, en la Justice, dite Sottie à neuf personnages, avec une Notice historique par F.-N. Le
Roy. Genève, chez J. Gay et fils, éditeurs, [imprimerie A. Blanchard], 1868. In- 16 de 1 f. blanc, xxx et 45 pp., plus i f. pour la Table.
Tiré à 102 exempl., savoir : 96 sur papier de Hollande, 4 sur papier de Chine, 2 sur vélin.
Voy. Revue critique, 1868, I, 223.
G. F.-N. Le Roy, Les anciennes Fêtes genevoises (Genève, 1868, in-8), 79-99-
H. Fournier, ^92-398, sous le titre de Sottie des Béguins.
Sottie jouée le dimanche après les Bordes, en i 524.
Personnages : Acteurs :
Le Prebstre, Frère Mulet de Palude,
Le Médecin, Jehan Bonatier,
Le Conseiller, Claude Rollet,
L'Orphévre, Le Bonnatier, 5 Le Cousturier, .?
Le Savetier, Claude le Gros Rosset, Le Cuisinier, ?
Grand Mère Sottie, Maistre Pettremand,
Le Monde, Anthoine Le Dorier.
[Genève, dimanche 14 février 1524].
Cette pièce est une continuation de la sottie jouée en 1523. Les Enfants de Bontemps se retrouvent coiffés du bonnet ridicule qu'ils ont coupé dans la chemise de Mère Folie, mais ils portent encore le deuil. [Anthoine] Sobret, qui jouait le rôle de la Mère, est mort récemment et, quant à Bontemps, leur père, c'est en vain que l'on a pu espérer son retour. Cette allusion discrète au gouvernement tyrannique des ducs de Savoie explique bien pourquoi les sots de Genève s'abstiennent de toucher à la politique. Ils s'en tiennent à une satire générale contre le Monde, à qui les livre Grand Mère Folie. Le Monde s'évertue à les faire travailler tous de leur métier, mais il n'est content de rien. Le Médecin, que l'on consulte, déclare que le Monde est fou.
Voici le début de la sottie :
Le Prebstre commence.
L'homme propose et Dieu dispose.
Le Médecin.
Fol cuide d'un, et l'autre advient.
LA SOTTIF. r.N l'RANCE 53
L'Orphévrk.
Du jour au londrni.iiii survient Tout autrement (ju'ou ne propose.
Lk Bonnetikk.
En folle teste folle chose ; ^
Point n'est vray tout ce que fol pense.
Bien que les acteurs évitent autant que possible les paroles compromettantes, ils laissent percer c^ et là des tendances favorables à la Réforme. Le Monde dit lui-môme, en entendant le Médecin (v. 255-256):
Ce sont des propos du pays De Luther, reprouvez si faux.
La pièce se termine ainsi :
Le Cuisinier.
Or sus, Monde ; es(t) tu braguard Maintenant ?
Le Monde.
Ha ! je suis gaillard Et en point, la vostre mercy. 295
Ibi ponendum vélum super Mundi capuî.
Le Cousturier.
Marchons et nous ostons d'icy ; C'est trop demeuré en un lieu.
Le Conseiller.
Pour mettre fin a nostre jeu, Messieurs, vous notterez ces mots Qu'a l'appétit d'un tas de sots, 300
Gomme l'on voit bien sans chandelle.
Le fol Monde s'en va de voile.
Une note qui précède la sottie nous apprend que la représentation, qui devait avoir lieu le dimanche des Bordes, n'eut lieu que le dimanche suivant à cause du grand vent qu'il faisait. Le duc et la duchesse de Savoie, qui se trouvaient alors à Genève, furent invités à la représentation, mais refusèrent de s'y rendre sous le prétexte « qu'on ne leur avoit pas dressé leur place ». « Aussi, pour ce qu'on disoit que c'estoyent huguenots qui jouoyent, monsieur de Maurianne et plusieurs autres courtisans y furent et tout plein de marchans, car la foire estoit alors ; et Jean Philippe fit la plupart des despens. »
Bibliographie :
A B G D (voy. ci-dessus, n° XI).
E. Mémoires et Documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève^ I (1841, in-8), i, 164-180.
F. Deux Sotties jouées à Genève... Genève, 1868, in-16.
G. Le Roy, Fêtes, 106-128.
H. Fournier, 399-405.
Satyre pour les habitans d'Auxerre, par Roger de CoUerye.
Personnages :
Peuple françois, Jenin Ma Fluste, badin,
Joyeuseté, $ Bon Temps.
Le Vigneron,
[Auxerre, 1 530.]
Lorsque le traité de Cambrai put enfm recevoir son exécution et que les fils de François V furent rendus à la liberté, des réjouissances eurent lieu dans toutes les villes de France. C'est à cette occasion que Roger de Collerye dut faire représenter sur le théâtre d'Auxerre la pièce dont nous venons de reproduire le titre. M. d'Héricault, qui s'abandonne volontiers à son imagination, a supposé que la Satyre avait été écrite pour une entrée qu'Eléonore d'Autriche aurait dû faire à Auxerre en se rendant à Paris, et que, cette entrée n'ayant pas eu lieu, la représentation avait été probablement ajournée. Nous avouons ne rien voir dans la pièce qui donne à cette conjecture une ombre de vraisemblance.
La composition de Roger de Collerye ne ressemble en rien à ces petits poèmes allégoriques qui étaient récités lors des entrées royales. Le titre seul de Satyre en indique clairement la nature. Le passage de Jehan Bouchet que nous avons cité au début du présent travail (p. 2]6) nous apprend, en effet, que l'on confondait la « satyre » avec la « sottie ;). C'est donc une sottie que notre auteur a composée ; mais comme il faisait une pièce de circonstance, il n'a conservé des sots traditionnels que Jenin Ma Fluste et il lui a donné pour interlocuteurs des personnages allégoriques chargés de rappeler les événements que l'on célébrait. Du reste, le dialogue a conservé ce décousu qui est le trait caractéristique du genre.
Voici le début de la Satyre :
Peuple François commence.
Puis qu'après grant mal vient grant bien, Ainsi qu'on dit en brief langage, D'avoir soulcy n'est que bagage ; Qu'il soit ainsi je l'entens bien.
La paix nous avons, mais combien $
l.A SOTTIE EN FRANCE <, <,
Que nous l'ayons, c'est qu'on la garde. Or Prudence et Suhlil Moyen Ont bien jou6 leur pcrsonnaige. ..
Une première allusion au dauphin, au duc d'Orléans et ^ la reine se trouve dans les vers 82-91, '^^'^ '^' passage le plus important pour fixer la date de la pièce est celui-ci :
Jenin.
J'ay vcu le roy, 165
Et aussi la royne Alicnor,
Qui est richement parce d'or,
Voyre vraymenl qui est bien fin,
Et aussi monsieur le dauphin
Et le petit duc d'Orléans. 170
Ces vers ne prouvent nullement qu'il ait dû y avoir une entrée solennelle à Auxerre. Les personnages de sottie se vantent d'ordinaire de toutes les choses qu'ils ont faites, ou qu'ils ont vues, et Jenin Ma Fluste raconte précisément qu'il a vu passer le cortège royal qui traversait alors la France.
Nous relevons dans la Satyre (v. 254-24$) une chanson qui ne nous est pas connue d'ailleurs :
Par joyeuseté, En honnesteté
La pièce se termine ainsi :
Bon Temps. Demeurer avec vous je veulx ; Mais un mot vous diray, non plus ; Se vous n'estes bons, ce m'eist Dieu! 3 1 5
Je m'en iray en aultres lieux, Vêla que je diz et conclus.
Bibliographie :
A. Les Œuures de Maistre || Roger de Collerye home tressauât || natif de Paris. Secrétaire de feu monsieur Dauxerre || lesquelles il composa en sa ieunesse. Contenant || diuerses matières plaines de grant récréation & Il passetemps, desquelles la déclaration est au secôd || feullet. Il On les vend a Paris en la rue neufae il nosîre Dame a lenseigne Faulcheur [sic] Il Auec priuilege pour deux ans. Il M. V. xxx. vi [1536]. — Fin. Pet. in-8 de 104 fF. non chifî. de 29 lignes à la page, impr. en lettres rondes, sign. A.-N.
Au titre, la marque de Roffet (Silvestre, n^» 150).
Le volume ne contient pas le texte du privilège annoncé sur le titre.
Bibl. nat., Y, 4478, Rés. {exempl. incomplet de plusieurs fF.). — Bibl. de
M. le comte de Lignerolles. — Bibl. de M. le baron James E. de Rothschild (exempi. de M. de Soieinne, Catal. n" 726, et de M. Pichon, Catal. n" 471).
B. Œuvres de Roger de Collerye. Nouvelle édition avec une Préface et des Notes par M. Charles d'Héricault. Paris, Chez P. Jannet, Libraire^ [Impr. de J. Claye, rue Saint-Benoît, 7]. mdccclv [1855]. In-i6 de XXXVIII et 287 pp.
La Sd/)r(f occupe les pp. 1-19.
Sottie nouvelle des Trompeurs.
Personnages :
Sottie, Chascun,
Teste Verte, $ Le Temps.
Fine Mine,
[Vers 1 530.]
Sottie, qui joue le rôle de Mère Sotte, convoque tous les sots de son empire ; elle en fait une longue énumération qui rappelle celle du cri du Jeu du Prince des Sotz [Œuvres de Gringore, I, 201 ; Fournier, 29$).
Sottie commence.
Sotz triumphans, sotz bruyantz, sotz parfaitz, Sotz glorieux, sotz sus, sotz autentiques, Sotz assotez, sotz par ditz et par faictz, Sotz enforcez, sotz nouveaulx et antiques, Sotz assotez, (sotz) laitz, (sotz) ecclésiastiques, 5
Sotz advenanSj sotz mignons, sotz poupars, Sotz enraigés, hors du sens, fantasticques...
Teste Verte et Fine Mine se rendent à cet appel ; ils viennent seuls et pourtant ce ne sont pas les sots qui manquent dans la ville ; on en
trouverait
Assez pour charger trente bas
De quatorze asnes bien basiez. jj
Teste Verte.
Mais ilz sont un peu translatez
Quasi de latin en françoys.
Sottie.
Et comment?
Fine Mine.
Ils sont tous gastez.
Nous voyons dans ces derniers vers une allusion aux progrès de la Réforme en France. Tandis que les trois personnages s'entretiennent, arrive Chascun,
LA SOrriK KN KKANCK 57
dont la venue fournit A l'autour le prétexte d'une de ces énumérations chères aux poi^'tes de la fin du xv" et du commencement du xvi" siècle, sous le nom de Ditz de Cliascun (cf. Montaiglon et Rothschild, Recueil^ XII, 329). Le nouveau venu se divertit avec les sots et le Temps survient à propos pour lui faire la leçon. Celui-ci apporte avec lui une trompe et déclare que Chascun doit savoir jouer de cet instrument ; Chascun s'en empare, mais ne peut réussir à s'en servir. Il voit alors qu'il est attrapé.
Chascun, en soufflant en sa trompe, et sa trompe ne dit rien.
Bon gré sainct Gervais ;
Je voy bien que (je) suis attrapé;
Ma trompe ne vault pas deux noix.
Par trop tromper je suis trompé. 27^
La sottie se termine ainsi :
Sottie.
Mes enfants, puis qu'avez le Temps, Allons boire, je vous en pry.
P'iNE Mine.
Mes seigneurs, soyez convenants :
A trompeur trompeur et demy.
Teste Verte.
Se nous vous avons faict ennuy 300
Nous et nostre mère Sottie, Pardonnez nous, je vous en pry.
A Dieu toute la compaignie.
Nous n'avons relevé dans cette pièce aucune allusion qui permette d'en préciser la date et de déterminer la ville où elle a été composée. Les vers suivants (121- 122) semblent indiquer que la représentation eut lieu en hiver, sans doute aux jours gras :
Mon amy, happe ces mitaines;
Elles sont bien chauldes dedans.
La seule chanson que la sottie contienne est celle-ci :
Chantons à gueulle bée
Et nous resjouyssons... (v. 161-170).
Bibliographie :
A. ^ Sottie nouuelle a ;j cinq personnages : n Des trôpeurs : cestas- 1| sauoir. || ^ Sottie II •[ Teste verte II ^ Fine mine II ^ Chascun || ^ Et le temps. Il T A trompeur trom- |j peur et demy. — *[ Finis. S. l. n. d. [Lyon? vers 1 545], in-4 goth. allongé de 6 ff. de 46 lignes à la page pleine, sign. A par 4, B par 2.
L'édition n'est ornée d'aucun bois et n'a qu'un simple titre de départ, en sorte que le r» du i^r f. contient 29 lignes de texte.
L'impression, faite en gros caractères, ne ressemble pas aux impressions ordinaires des héritiers de Barnabe Chaussard ; la justification, qui est de 214 mm. pour 46 lignes, nous fait croire cependant que le volume est sorti des
presses de ces imprimeurs, c. ao d.
Mus. brit.,
B. VioUet le Duc, II, 244-26 ^
Moral de Tout le Monde, a quatre personnages, c'est a sçavoir : Le premier Compaignon, Le troisième Compaignon,
Le deuxième Compaignon, Tout le Monde. [Rouent vers i $3$.]
Nous n'avons relevé dans cette sottie aucune allusion qui permette d'en fixer exactement la date, aussi ne lui donnons-nous qu'une date approximative.
En voici les premiers vers :
Le Premier commence.
Compaignons !
Le deuxième Compaignon.
Quoy ?
Le Premier.
Que dict le cœur .?
Le Troisième Compaignon.
Qu'i dict, mon amy.? — Le toult vostre.
Le Premier.
De vray ?
Le Deuxième.
Comme la patenostre, Vous portant sa et la honneur.
Le Troisième.
Quel gaudiseur !
Le Deuxième.
Quel enseigneur !... 5
Le premier vers paraît imité du commencement d'une ballade bien connue de Jehan Meschinot [Lunettes des Princes., éd. de Lyon, Olivier Arnoullet, s. d., in-8 goth., f. M ] b) :
Compaignons! — Hau! — Congnois tu.? — Qui.? — La court. — Comment? — Voy. — Quoy.? — Ses grans abus...
Les Compagnons appellent Tout le Monde, qui se présente à eux couvert de plusieurs sortes de vêtements,
LA SOT'IIK KN FRANCE 59
Différent de robe et pourpoinct, Ue bonnet et de tous abis.
Il est vôtu « de blanc, gris et noir » et personnifie par ce costume étrange les trois états. Les compagnons saisissent ce prétexte pour se livrer ù des observations satiriques sur Marchandise, Noblesse et Kglise. Us veulent habiller et déshabiller 'l'out le Monde à leur guise; ils essaient de le vêtir en damoiselle, mais Tout le Monde s'y refuse :
Trop inc fauldroict de ja/.erens, 220
De doreures et de carquens :
Force chaynes, bagues, ancaulx...
Ces vers contiennent la seule indication chronologique que nous ayons pu relever dans la piùce. Les jazerans, les carcans, les chaînes, etc., furent surtout A la mode entre 1 5 30 et 1 540. Voy. Quicherat, Histoire du Costume, 359; cf. Montaiglon et Rothschild, Recueil^ VIII, 293.
La conclusion des Compagnons, c'est que Tout le Monde est fol ; ils expriment cette pensée dans une ballade qui termine la pièce :
Messieurs, pour la conclusion, 287
Toult le Monde, a l'heure présente, Est fol et plain d'abusion...
Tout le Monde.
Ausy souvent que le vent vente.
Du Monde le cerveau s'esvente ; Par foys est dur, par foys est mol, Sans aelles souvent prent son vol ; Sans yeulx veult voir chose latente, 3 1 5
Dont concludz, la chose est patente, Qu'aujourd'huy Toult le Monde est fol,
Aucun détail ne nous révèle la patrie de notre pièce. Les v. 109, 1 10 sont ainsi conçus :
Cela est plus commun en France Qu'a Paris la Porte Baudès,
mais cette allusion n^indique point que la pièce ait été composée à Paris. Il est de même question delà Porte Baudais dans les Menus Propos, dans Coquillart, etc. Le soin même que l'auteur prend de nous dire que la Porte Baudais est à Paris ferait supposer qu^il n'écrivait pas pour les Parisiens. Il nous paraît probable que notre sottie aura été jouée à Rouen, comme la plupart des pièces contenues dans le ms. de La Vallière.
Bibliographie :
A. Biblioth. nat., ms. franc., n° 24341 {olim La Vall. 63), fol. 273 a- 2JC) b.
B. Le Roux de Lincy et Michel, t. III, n" 48.
6o E. PICOT
Les Sobres Sotz entremellés avec les Syeurs d'ays, farce moralle
et joyeuse.
Personnages :
Le premier Sot, Le quatrième Sot,
Le deuxième Sot, 5 Le cinquième Sot,
Le troisième Sot, Le Badin.
[Rouen, carnaval de 1 536 ?]
Il paraît avoir existé à Rouen, au commencement du xvi» siècle, plusieurs confréries dramatiques placées sous l'autorité suprême de l'abbé des Conards. Parmi ces confréries trois seulement nous sont connues : les Enfans Maugouverne (voy. Montaiglon et Rothschild, Recueil, III, 262 ; VI, 186 ; XI, 80, 86), les Sobres Sotz et les Sieurs d^ays; il n'est question ici que des deux dernières.
Le nom seul des Sobres Sotz justifie ce que nous avons dit ci- dessus (p. 241) des culbutes et autres exercices gymnastiques auxquels les sots se livraient sur la scène ; il renferme en effet une allusion aux « soubresauts », qu'ils se vantaient de savoir faire, en même temps qu'ils se piquaient d'être sobres en propos.
Les Sieurs d'ays, c'est-à-dire les « scieurs de long » , devaient cette appellation à un jeu de mots dont le sens précis nous échappe. Us sont cités dans le Monologue des nouveaulx Sotz de la joyeuse Bende et dans le Monologue des Sotz joyeulx de la nouvelle Bande : Sotz maistres comme Cieurs d'aictz (Montaiglon et Rothschild, Recueil, I, 13; III, 17). La célèbre facétie composée en 1 557 par les Conards, sous le titre de Friquassée croîesîillonée, est dédiée « A très et retresfamé et affamé Sieur des Sieurs d'aiz ». Cette dédicace montre bien les liens qui unissaient les Sieurs d'aiz aux Conards.
Notre pièce met aux prises cinq Galants, appartenant aux deux confréries dont nous venons de parler, et un Badin qui leur adresse toute sorte de quolibets ; en voici les premiers vers :
Le premier Sot commence.
J'en ay.
Le deuxième Sot.
J'en say.
Le troisième Sot.
J'en voy.
Le quatrième Sot.
J'en tiens.
LA SOTTIE EN FRANCE 6l
Le CIN(^J1[^ME Sot.
Et moy, j'en faicts comme de cire.
Le Prkmikk.
Voulcs vous pas eslrc des mycns ?
J'en ay.
Le Deuxième.
J'en say.
Le Troisième.
J'en voy.
Le Quatrième.
J'en tiens.
Le Cinquième.
J'espère avoir plus de biens 5
C'on n'en sauroit conter ou dire...
Les allusions politiques que l'on relève dans la pièce sont peu nombreuses et surtout peu transparentes. La plus importante est celle-ci :
Le Deuxième.
Qui eust pensé que l'avyron Eust eu si grand bruyt ceste anée ?
Le Troisième.
Pourtant que la gent obstinée Est plaine de rebellions.
Le Quatrième.
Qui eust pensé que pavillons 45
Eussent esté sy cher vendus.?
M. Fournier a très- ingénieusement remarqué qu'il s^agit ici de l'expédition de Charles-Quint contre Tunis. Les autres allusions historiques concordent précisément avec la date de i ^ ^6.
Les vers suivants permettent de penser que les Sobres Sotz et les Syeurs d'ays appartenaient à la paroisse de Saint-Vivien. Le Badin parle d'un « lourdault » qui se laisse tyranniser par sa femme ; le premier Sot dit qu'il connaît ce personnage, quia nom Sandrin; le Deuxième ajoute (v. 202-207) :
Mais, dictes moy, peut il point estre De nos paroissiens en somme .?
Le Badin.
Luy, mon amy .? C'est un bon homme ; Y n'est pas grain de Sainct Vivien ; Je vous le dis en bon escien Qu'il n'y demeura de sa vye.
Ce ne sont pas les Sobres Sotz ni les Syeurs d'ays qui se seraient maltraités ainsi, eux et leur quartier ; aussi la sottie n'est-elle pas leur
œuvre, mais celle des clercs du Palais, comme on le voit par ces mots du Badin (v. ^50-353) :
Y fault parler des ses nouveaulx, Messieurs ; n'en vistes vous jamais ?
On en voit tant en ce Palais, Qui les uns les autres empeschent...
Les clercs semblent, du reste, avoir eu la spécialité des allusions malignes aux mauvais ménages. Après avoir parlé d'un mari malmené par sa femme, ils s'en prennent à un mari brutal ; cette fois ils ne se contentent plus d'un simple prénom : ils citent en entier le nom de Colin du Quesnay (v. 450).
La pièce se jouait d'ailleurs aux jours gras (v. 181, 288) et l'usage permettait ces licences en carnaval.
La sottie se termine ainsi :
Le Premier.
Mieulx vauidroict asaillir un deable 460
Que d'asaillir aucunes femmes.
Le Badin.
Aulx bonnes ne faisons difemmes; Qu'el ne le prennent pas en mal...
Mais a vous tous je m'en raporte Tout le monde est de telle sorte ; 475
Y n'en fault poinct prendre d'ennuy.
Chantés, c'est asés pour meshuy.
Bibliographie :
A. Bibl. nat, , ms. franc, n» 24941 [olim La Vall. 63), fol. 357 a- 364 a.
B. Le Roux de Lincy et Michel, IV, n° 63.