‹ La sottie en FranceChapitre 12 sur 18 · C. Fournier · texte numérisé non relu

C. Fournier

La Farce des Brus, a cinq personnages :

La vieille Bru [Tretaulde], Le premier Hermite,

La deuxième Bru, 5 Le deuxième Hermite,

[La troisième Bru],

[Rouen, vers 1 536.]

Nous avons hésité à ranger cette pièce parmi les sotties, mais nous nous y sommes décidé, surtout parce qu'en terminant les acteurs annoncent qu'ils vont faire la quête et se recommandent à la générosité du public. Or il semble que la collecte ait eu lieu non pas à la fm du spec-

LA SOTTIK KN FKANCE 6^

tacle, au moment où la foule était pressée de se retirer, mais avant de commencer la partie sérieuse de la représentation. Plusieurs exemples indiquent que c'était l'acteur chargé de débiter le monologue, qui, en finissant, descendait au milieu des spectateurs et tendait la bourse rvoy. notamment Watclcl de tous mcstiers, v. 199, ap. Montaiglon et Rothschild, Xill, i6(S; le Sermon d'un Cartier de Mouton, v. 292-297, ap. Le Roux de Lincy et Michel, I, n" $, p. i ^, le quêteur devait être Gaultier [Garguille?] — et le Sermon joyeux des Qiiatre Vens, v. 40, ibid., I, n" 4, p. 7, — le quêteur était ce Phlipot ou Philippot, dont nous parlerons au n° XXI). Dans les représentations qui ne comprenaient pas de monologue, il est naturel de penser que la collecte se faisait aprùs la sottie. Si d'ailleurs la Farce des Brus se distingue de toutes les pièces qui précèdent, l'un des acteurs prend soin de nous avertir (v. 302) que c'est un (c jeu nouveau. »

Les sots nous apparaissent ici sous le costume de Brus^ c'est-àdire de filles à marier. Mère Sotte elle-même s'est transformée en Vieille Bru. Tandis que cette dernière interroge deux de ses sujettes, apparaissent deux Hermites qui, malgré leur habit de moines, veulent séduire les Brus et leur tiennent les propos les plus malséans. Le rôle ridicule et odieux joué par les moines est le fond même de la sottie, qui paraît être l'œuvre d'un partisan de la Réforme. Plusieurs des pièces que nous a conservées le célèbre ms. de La Vallière sont du reste écrites dans le même esprit.

Voici le début de la Farce des Brus :

La vieille Bru commence.

Je suys nommée (la) Vieille Bru, De toutes aultres (brus) gouvernante, Tant à Meulanc comment a Mante ; Par tout i'ey moulu orge et gru ; J'ey eu resp[e]rit si agu, 5

J'ey porté lance sy mennante, J'ey esté si [très] remuante :

Homme ne craignoys plain d'argu...

La Vieille fait plus loin une longue énumération de tous les pays par lesquels elle a passé et où elle s'est acquis tant de science et d'expérience. Cette tirade rappelle les énumérations de fous et de sots qui se trouvent dans la Farce de Folle Bobance (voy. ci-dessus, n" V), dans le cri qui précède le Jeu du Prince des Sotz, de Gringore, etc. Les auteurs de sotties et de monologues aimaient ces enfilades que l'acteur devait réciter tout d'un souffle.

Parmi les pays où la Vieille a été, les villes et même les petites localités de Normandie occupent le premier rang. Elle a été

Page 1