‹ La soupe. La montagne et la vallée; saynètes d'AlsaceChapitre 17 sur 23 · SCÈNE I L'ALSACE, LA MONTAGNE, LA VALLÉE · texte numérisé non relu

SCÈNE I L'ALSACE, LA MONTAGNE, LA VALLÉE

L ALSACE, désignant du geste La Montagne.

Ce que l'on voit ici, dominant la campagne, C'est un village en haut d'une verte montagne :

Souriant :

Mesdames et messieurs, ne vous y trompez pas ! Des sentiers de cabri, fertiles en faux pas, Y conduisent, pour peu que l'on ait du courage. On s'y trouve au milieu d'un vaste pâturage Qu'entourent — d'un peu loin ! — des forêts de sapin* Où, dans les jours d'été, gambadent les lapins. La montagne que j'ai vivement esquissée, Vous la verrez par les yeux clairs de la pensée.

Une courte pause ; puis, désignant La Vallée :

Maintenant, regardez à ma droite. Cela,

C'est un autre village, en pays presque plat,

Ou, pour mieux dire, au fond d'une vallée ombreuse.

Champs de seigle et de blé ; rivière fraîche et creuse ;

Des cerisiers et des pruniers... Dans la saison,

Ils vous embaument par leur blanche floraison.

Une pause. L'Alsace fait un pas vers le public.

En ce monde, rien n'est parfait, la chose est claire; Pourtant — à certainsjours, du moins, — on peut s'y plaire; Tout a son bon côté: là-haut comme là-bas ('), On a sa part de joie et de biens, n'est-ce pas? Mais je voudrais savoir ce que chacun en pense.

Regardant tour à tour les deux autres, et d'un ton un peu solennel :

Aussi je vous permets de rompre le silence, Villages qui tous deux m'êtes si chers !

Après ces paroles, les deux villages, jusqu'ici absolument immobiles, commencent à remuer en faisant de lents mouvements de tête et de bras

(i) En désignant La Montagne, puis La Vallée.

qui manifestent de la stupeur, comme si les deux personnages s'éveillaient d'un très long sommeil. En tournant la tète à droite et à gauche, ils Qnissent par s'apercevoir l'un l'autre et se considèrent longtemps, avec des hochements de tète, comme s'ils se reconnaissaient peu à peu. L'Alsace, qui suit des yeux tantôt l'un, tantôt l'autre, garde le silence pendant ce jeu de scène, qui doit cire assez long. Puis, les deux villages ayant cessé leurs mouvements, tout en gardant un air éveille et attentif qu'ils n'avaient pas au début de la saynète, elle reprend en s'adrcssant au public :

Avant Que leurs discours me soient apportés par le vent, Dans la mystérieuse et paisible retraite Où j'entends pousser l'herbe et l'humble pâquerette, Il me reste à vous dire encore nos trois noms.

Souriant :

Mais vous les devinez, et nous nous comprenons !

Alsace est le doux nom dont je fus appelée;

Le village d'en bas se nomme : La Vallée,

Et l'autre a pour seul nom : La Montagne. A présent,

Afin que leur babil soit libre, allons-nous-en.

Elle salue et sort.

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