‹ La source du mal de l'époque au Canada [microforme]Chapitre 10 sur 33 · PA: HA · texte numérisé non relu

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imposait non-seulement son plan d’études aux diverses maisons qui s’affiliaient, mais encore chacun des auteurs dont il faisait usage dans ses classes ; et l’Université voulait aussi que les cours de droit et de médecine, donnés ailleurs, fussent absolument calqués sur les siens.

Pour toutes ces raisons et quelques autres encore, Mgr. Bourget demanda à Rome la permission d’en fonder une autre dans sa ville de Montréal. Le Séminaire de Québec souleva tout un monde de difficultés à l’occasion de cette demande, et il s'employa de toutes ces forces auprès du Saint- Siége pour que l’évêque de Montréal n'eut pas de réponse fa-

vorable.

Il allégua que c'était & {a demande des Evêques de la Province de Québec et surtout à la demande spéciale de Mgr.Bourget qu'il avait fondé à grands frais l’Université Laval ; que la création d'une seconde Université, à Montréal, serait la ruine de celle qui lui avait couté tant de labeurs et d'argent ;

qu'une seule Université pouvait suffire et pendant longtemps

aux besoins de la province de Québec ; que Mgr. de Montréal faisait preuve d’inconséquence, sinon d’injustice, en ne trouvant plus bon aujourd’hui ce qu’il avait demandé et approuvé hier; que si, enfin, les jeunes gens de Montréal ne

} bénéficiaient point des avantages d'un enseignement univer-

taire, la faute en était à Montréal seul, qui, par esprit de rivalité, ne faisait aucun effort pour les diriger vers Québec. À prendre les choses telles qu’elles sont en réalité, toutes ces raisons, qu'alléguait le Séminaire de Québec pour empécher Rome de se rendre aux vœux de l’évêque de Montréal,

#\ n'avaient d'existence que sur le papier. Hn effet, jamais

Mgr. Bourget, ni aucun des autres évêques de la province de ‘Québec, n’a demandé une Université telle que l'ont faite les Messieurs du Séminaire de Québec. Si donc, malgré cela, ces Messieurs ont dépensé des sommes énormes, comme ils disent, pour fonder leur Université, la doter de musées, de bibliothèques et de laboratoires, pour payer des professeurs, à qui en imputer la responsabilité, si ce n’est à eux seuls ? Ils ont agi en tout cela, comme en tout le reste, n'étant poussés par personne, mais d’après leur propre mouvement. lt puis,

quel tort peut leur causer l’existenee d'une seconde Université, à Montréal ? On comprendrait ce tort, si cette seconde Université devait leur enlever beaucoup d'élèves. Mais elle ne leur en enlèverait aucun, puisque, d’après leur propre avœu, les jeunes gens de Montréal ne se dirigent pas vers Québec. Si l'Université Laval 4 pu subsister, et même prospérer, au dire des Annuaires qu'elle publie chaque année, avec les seuls élèves que lui fournissent Québec et ses environs, pourquoi serait-elle menacée de ruine en demeurant dans les mêmes conditio: s ?

Enfin les : ienrs de Québec se plaignent de ce que Montréal ne cirigr : * sa jeunesse étudiante vers Québec. Mais qu'ils com;::nucut donc que la confiance ne se commande pas ; que, loin de là, elle ne peut s'imposer que par ce qui est de natu à linspirec Et cette confiance que devrait mériter l'Université Lavai, les prêtres qui la dirigent ne semblent-ils pas ne travailler qu’en vue de rendre son existence de plus en plus impossible ?

Au fond, tout se résume à ceci : les Messieurs du Séminaire de Québec veulent être les seules lumières qui éclairent tout canadien venant en ce monde. Ils s'imaginent que tout pouvoir, que toute science sont incarnés en eux, et que les autres n’ont que le devoir de leur obéir et de se laisser endoctriner par eux. Aussi, quand ils ont pris une ligne de conduite, ils ne sauraient en dévier, et eussent-ils mille fois tort, ils s'obstinent à paraître avoir toujours raison. S'ils agissaient autrement, ils croiraient que c'en est fait de toute autorité. Ainsi disposés, ils ne reculent devant rien, pas même devant les malhonnêtetés, quand il s’agit de se maintenir dans la position qu’ils ont prise. Tous les moyens leur sont bons pour atteindre la fin qu'ils se proposent.

À parler vrai, quelle est la concurrence destructive de leur œuvre qu'ils redoutent, dans le cas où Montréal aurait son Université ? Nulle autre que la concurrence des idées vraiment catholiques, qui ne sont pas les leurs. Ce sont leurs idées, à eux, qu’il veulent faire dominer partout, et ces idées sont les idées libérales qu'ils essaient de faire prévaloir, en s'appuyant même de l'autorité du Saint-Siége.

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Il y en aurait très long à dire, s’il fallait citer tout ce qui prouve combien le Séminaire de Québec est déraisonnable et injuste dans ses procédés. Nous n'insisterons que sur un fait que nous avons déjà signalé.

Il a dans son Université des professeurs qui n'inspirent aucune confiance, parcequ'ils sont, les uns, protestants et francs-maçons, les autres, des libéraux qui ont exprimé plus d'une fois, et dans de solennelles circonstances, des principes non seulement dangereux, mais même impies. Comme c'est lui qui a appelé ces professeurs au poste qu'ils oc upent, il s'imagine que son autorité serait détruite de fond en comble, s’il obtempérait à la demande que lui ont faite laiques, prêtres et évêques, de donner congé à ces professeurs. Il ne veut pas céder, et il ne veut pas qu’on le fasse céder. Il écrit en conséquence à Rome qu’il y a impossibilité morale de se conformer à ee qu'on exige de lui, et, pour le démontrer, il présente la situation sous un jour absolument faux.

Et comment le Séminaire de Québec ne pourrait-il pas renvoyer de son Université les professeurs protestants, francsmaçons et libéraux qui la déparent, quand il a pu dans l’espace d’un an faire déloger de chez lui plusieurs prêtres professeurs, justement à cause qu’ils professaient des principes que lui n’aimait point, les principes dits ultramontains : quand il a su prendre des moyens très-efficaces pour obliger certains professeurs laïques, notamment M. le professeur Aubry, à se retirer de l'Université Laval, parce que eux aussi donnaient un enseignement trop franchement catholique.

M. E. À. Aubry, que je viens de nommer, est un homme très-savant, un fils dévoué de l'Eglise, un légiste qui veut substituer le droit chrétien au droit paien dans la législation. Il est retourné en France, et il est un des professeurs les plus appréciés de l’Université d'Angers. ’

C’est comme nous venons de le dire que le Séminaire de Québec traite prêtres et laïques, qui sont dévonés à la pure doctrine catholique. Mais s'agit-il des professeurs protestants, francs-maçons et libéraux dont il émaille le personnel de son Université, il devient tout à coup impuissant à les

congédier. S'il a pu se faire croire à Rome sur ce point, ici, au Canada, on juge sa conduite comme une véritable moquerie, ou plutôt comme un insolent défi porté à tous ceux qui censurent sa conduite.

Et M. Taschereau, Supéæieur du Séminaire de Québec et Recteur de l’Université Laval, a applaudi à toutes ces iniquités et les a même sanctionnées. Ses sentiments et sa manière d'agir n'ont pas changé depuis qu'il est archevêque de Québec.

AFFAIRE DU DEMEMBREMENT DE LA PAROISSE DE MONTREAL, A MONTREAL, — OPPOSITION DES SULPICIENS.

LUTURGIE ET DISCIPLINE.

Vers le même temps s’agitait à Moniréà1l un autre question, celle du démembrement de la paroïiss2 de Notre Dame, qui comprenait toute la ville et sa banlieue, c’est-à-dire une population d’au delà de cent vingt mille âmes.

Messieurs les Sulpiciens avaient toujours été curés de Montréal, où ils s’arrogeaient une autorité quasi épiscopale. Ils avaient aussi toujours été fort enclins à se soustraire à la juridiction des évêques, et par leur esprit d’insubordination, ils avaient causé les plus grands déboires, en particulier à Mgr. Plessis, évêque de Québec, et à Mer. Lartique, premier évêque de Montréal. Destinés par état à former des ecclésiastiques, ils tenaient à vivre d’une vie commune et réœulière, à habiter la même maison par conséquent, et ils tenaient en même temps à rester curés de la paroisse de Montréal. Vu les circonstances et vu leur condition, bien desservir cette immense paroisse était devenu pour eux imposaible d'une impossibilité physique. Nombre de personnes n’assistaient plus à la messe depuis longtemps et ne fréquentaient plus les sacrements, Dans plus d’un quartier de ju ville, tout était laissé à l'abandon.

Mgr. Bourget souffrait on ne peut plus de cet état de choses et il voulait y remédier. Mais les exigences et les pré-

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tentions des Messieurs de St. Sulpice lui créaient les plus sérieux obstacles. Il résolut enfin de mettre énergiquement la main à l'œuvre et de partager la paroisse de Montréal en plusieurs paroisses. Les Sulpiciens catassèrent alors difficultés sur difficultés pour l'empêcher de réussir, et ils plaidèrent contre lui à Rome où il nsèrent, comme au pays, de moyens parfois peu honnêtes. Ils en vinrent jusqu'à faire intervenir, en agissant sous mains, les laiques et même le pouvoir civil afin de nullifier l'exercice d: la juridiction de l’Ordinaire.

Le Saint Siége ayant autorisé Mgr. Bourget à démembrer la paroisse de Montréal, le vénérable prélat se mit incontinent à l'œuvre et créa des paroisses dites canoniques, c’est-àdire d’après la seule autorité religieuse. Ces paroisses étaient reconnues par le pouvoir civil comme vraiment paroisses pour toutes les fins ecclésiastiques ; mais elles n'étaient pas régardées comme telles pour certaines fins civiles et politiques.

Les Messieurs de St. Sulpice se pévalurent de cette restriction, et mirent tout en œuvre pour en exagérer outre mesure la portée et les inconvénients. Les Messieurs du Séminaire de Québec, qui avaient toujours eu. sinon de l’antipathie, au moins de l'éloignement pour les Messieurs de St. Sulpice, se rapprochèrent d'eux à cette occasion et même leur prêtèrent main-forte, afin de s'en faire de précieux alliés contre Mgr. Bourget, dans leur opposition à l'érection d'une Université à Montréal. De leur côté, les Sulpiciens ne demandèrent pas mieux que de se ranger du côté des Messieurs du Séminaire de Québec, afin de trouver eux anssi un appui dans ces nouveaux alliés.

Mgr. l’archevéque de Québec, qui est toujours plus ou moins l'instrument de son Séminaire, et surtout l'archevêque actuel, qui n’a jamais été autre chose que prêtre de ce Séminaire, avant sa promotion à l’épiscopat, a dû prendre fait et cause en faveur des Sulpiciens, et de fait il s’est entièrement voué à la défense de leurs intérêts. Il n'y avait donc aucune justice à espérer de lui, dans les débats qui ont eu lieu à propos des paroisses de Montréal, puisqu'il se trouvait par alliance l’une des parties intéressées.

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À Québec, on avait d'autres griefs contre Mgr. Bourget. Ce saint évêque tenait beaucoup à se mettre en tout d'accord avec les prescriptions de Rome, la mère et la maîtresse de toutes les églises. Or, en ce qui concernait la liturgie sacrée et la discipline ecclésiastique, il y avait plusieurs abus à corriger dans la province et beaucoup de réformes à opérer. 11 se mit courageusement à l'œuvre dans son diocèse. 11 fut le premier à se créer un chapitre et à tenir des synodes diocésains.

Comme on était fort attaché, dans le diocèse de Québec, aux vieux usages gallicans et au statu quo dans lequel on someillait depuis longues années, en traîta Mgr. Bourget d'homme remuant, de brouillon et d'amateur de nouveauiés. Là, on n'était guère décidé à se remuer, quoique le prenier concile de Québec, célébré en 1850, eut statué le contraire ; et la conduite de Mgr. Bourget, qui prit les choses au sérieux, semblait, comme c'était en effet le cas, la condamnation du s/atu quo dans lequel on voulait demeurer. De là, une autre cause de mécontentement, à Québec, contre le zélé prélat.

Quand nous disons & Québec, il faut entendre l’archevêché t le Séminaire de Québec, car, en dehors de ces deux maisons, on peut dire que tout le clergé du diocèse de Québec était très favorable à Mgr. Bourget, Il en était ainsi dans les autres diocèses: prêtres et évêques ne voyaient dans le premier te de l'Eglise de Montréal qu'un excellent modèle à suivre.

LIBERALISME ET GALLICANISME A L'APPROCHE DU CONCILE DU VATICAN. ON PERSECUTE CEUX QUI COMBATTENT CES ERREURS.

Dans l’été et dans l'automne de 1869, à l'approche de l'ouverture du concile du Vatican, le gallicanisme et le libéralisme catholique s’accentuèrent parmi nous avec plus de force que jamais. La plupart de nos journaux avaient pris

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