‹ La source du mal de l'époque au Canada [microforme]Chapitre 28 sur 33 · NOTRE CONSEIL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

NOTRE CONSEIL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

Mgr. Conroy ayant souvent répété que nous n'avions qu'à nous féliciter, surtout eu égard à ce qu'est l'instruction publique au Canada, nous allons traiter de suite cette question aussi sommairement que possible. C'est le système que nous examinerons, bien entendu, et dans ce qu'il a de capital, car c'est là seulement ce qui est de première importance.

En 1842, le gouvernement du Canada s’occupa beaucoup plus de l'éducation qu'il ne l'avait fait jusqu'à cette époque, et il nomma M. Meilleur surintendant de l’Instruction publique.

Il y avait beaucoup à faire pour organiser le système de l'enseignement primaire chez nous et lui assurer un fonc-

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tionnement régulier. M. Meilleur ne se découragea pas, et il remplit ses fonctions avec zèle et dévouement.

On n'avait certes pas à blâmer le gouvernement de la détermination qu'il avait prise, de s'occuper d'avantage de l’éducation, surtout pour organiser et favoriser les écoles au moyen de secours pécuniaires On n'avait au contraire, qu'à le féliciter. Tout ce qu'il y avait à craindre, c'était que le surintendant de l'Instruction publique finit par tendre à marcher peu à peu sur les traces des hommes publics de la France, et à séculariser l'enseignement, après l'avoir mis sous son unique contrôle.

Cette tendance par malheur, ne tarda pas à se manifester et à se manifester fortement, lorsque M. P. O. Chauveau succéda à M. Meilleur. M. Chauveau était épris du système d’intruction publique en vigueur chez les Français, et il aurait beaucoup désiré nous faire goûter tous les prétendus avantages de ce système, d'autant plus qu'il aurait joui d'une complète indépendance dans son département. Mais accomplir de pareils desseins n'était guère possible, au moins ex abrupto, dans une province où le clergé avait eu, avait encore et tenait à avoir la haute main sur l'éducation.

Il n'épargna rien néanmoins pour en arriver tôt ou tard à la réalisation de ses plans, et, tout le temps qu'il remplit les fonctions de surintendant, il favorisa de toutes ses forces l'enseignement donné par les laïques et tâcha de lui donner la plus grande extension possible. La pensée qu'il caressait avec amour, c'était de créer des colléges classiques purement laïques ; mais il fallait y renoncer pour le moment.

À défaut de cette création, qui eût rencontré des obstacles insurmontables, il dut se contenter de la formation d'écoles normales et d'académies, toutes institutions purement laïques. Il est vrai que nos écoles normales catholiques ont eu jusqu'ici un prêtre pour principal ; mais ce fait, qui peut n'être que passager, vu que la loi ne statue rien à cet égard, ne leur ôte pas leur caractère laïque. D'ailleurs, si jusqu'à aujourd’hui on a maintenu un prêtre à la tête de ces écoles, ç'a d’abord été pour calmer les appréhensions qu'on pourrait con-

cevoir à leur endroit, et ensuite pour leur permettre de se fortifier, après avoir jeté de profondes racines dans le sol, à l'ombre d'un semblant de protection de la part du clergé.

Dans ces écoles, qui, en principes devaient n'avoir pour but que de former de bons instituteurs pour les enfants de la campagne, on a toujours tendu à donner un enseignement qui se rapproche de plus en plus de l’enseignement classique. De cette façon, lorsqu'on jugera le moment opportun arrivé, on pourra en un clin-d'œil, transformer nos écoles normales en colléges classiques laiques.

En attendant, on les favorise, de même que les autres institutions laiques, par tous les moyens possibles ; on les traite véritablement en enfants gâtés de l'Etat. Ce sont ces maisons surtout qui absorbent une grande partie des deniers que le gouvernement alloue chaque année pour les fins de l'éducation. Et il est bon de remarquer ici, en passant, que ces deniers proviennent des biens des Jésuites, mis à la disposition du Ministre de l'Instruction Publique par une usurpation sacrilége.

Mais s'agit-il de porter secours à nos écoles des Frères, aux communautés de filles vouées à l’enseignement, à nos colléges classiques, tenus par des prêtres où par des religieux, colléges qui sont pauvres, pour la plupart, M. le Ministre de l'Instruction Publique devient de suite excessivement parcimonieux et avare. Il ne peut donner alors qu'une bagatelle.

À une école normale et à une académie laïque, on allouera des milliers de piastres par année, en regrettant de ne pouvoir faire davantage ; à un collége tenu par des prêtres, à une académie ou à une école, dont les Frères ou les Sœurs forment le corps enseignant, on donne à peine quelques centaines de piastres, en trouvant toujours que c'est trop.

Tel est le moyen fort efficace qu'a pris M. Chauveau pour mettre en bonne voie la sécularisation de l’enseignement, et M. Ouimet, qui le remplace aujourd'hui, tient à marcher sur les traces de ce digne prédécesseur.

Outre ce moyen, on en emploie encore d’autres qui ne

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sont pas du tout dépourvus d'efficacité. Ainsi, par exemple M. le Ministre de l'Instruction publique invitera les élèves des couvents, des Frères et des académies laïques à concourir à une exhibition scolaire, dont il fixe l'époque. Toutes les choses sont arrangées d'avance, afin de donner l'avantage aux écoles laïques, qui cependant, aux yeux de tous les hommes vraiment instruits et bien disposés, demeurent toujours dans un degré d'’infériorité. Malgré cela, quand le concours a eu lieu, on proclame bien haut, dans des rapports officiels, les succès remportés par les institutions laiques, et l'on tâche, en glissant le plus rapidement possible sur les autres travaux, d’atténuer ceux qu'ont obtenus les congrégations religieuses.

Le Ministre de l’Instruction publique, qui est en même temps surintendant, a un Conseil, dit de l’Instruction publique, pour l’aviser et l'aider dans ses travaux d'administration. Ce Conseil a été remanié, il y a quelques années, à cause des attaques bien fondées auxquelles il était en butte. Dans ce remaniement, les partisans de la sécularisation de l’enseignement, parmi lesquels on compte plus d'un franc-magçon, ont agi avec une habileté à désespérer toutes les habiletés de la vieille Europe.

Le Conseil de l’'Instruction publique, tel que remanié et reconstitué, est celui-là seul dont nous nous occuperons.

Il se compose, pour les catholiques, de seize membres et d'un président. Nos huit évêques actuels de la province de Québec en font partie de droit, c'est-à-dire de par l'autorité de la loi présentement en vigueur et qui n'a aucun caractère d'immutabilité, ainsi que huit laiques choisis et nommés par le gouvernement. Ces seize membres sont présidés par M. le Ministre de l’Instruction publique, qui est toujours nécessairement un laïque.

Quand les bons catholiques d'Europe, quand les cardinaux de la sainte Eglise romaine surtout apprennent que nous avons un Conseil drigeant de l'Instruction publique, ainsi formé de par la loi qui nous régit, ils ne peuvent s'empêcher de s'écrier : ‘“ Quel heureux peuple vous êtes : Assurément,

‘“ vous n'avez pas à vous plaindre et vous ne le pouvez pas. ‘# Vos hommes politiques sont les mieux disposés du monde ! ” Et ils disent cela avec d'autant plus d'assurance que toutes les mesures, ayant trait à l'éducation, doivent avoir été préparées par le Conseil de l’Instruction publique et agréées par lui, pour que notre parlement leur donne force de loi.

Lorsqu'on vit loin du Canada et qu’on ne considère les choses qu'à la surface, on a certainement raison de parler de la sorte. Cependant, ce qui, vu de loin, parait si beau, si magnifique, si admirable, n’est pas tel à nos yeux et tant s'en faut. Nous allons même jusqu’à le regarder comme un mal, et nous croyons avoir raison, quelque exagéré que nous paraissions tout d'abord.

Celui qui a remanié le Conseil de l’Instruction publique et qui l’a reconstitué tel qu'il est aujourd’hui, est l'honorable M. de Boucherville, qui est un parfait chrétien sous tous les rapports. Dans ce remaniement, M. de Boucherville a agi sans arrière-pensée et même avec les meilleures intentions du monde. On lui a donné des conseils qu'il a regardés comme inspirés par un grand amour de notresainte religion, et il s'est trompé. Nos évêques eux-mêmes ont été pris au piége, car la charité, là où elle voit le bien extérieurement, ne veut pas soupçonner le mal. Nos francs-maçons très-nombreux savaient cela, et ils ont dit qu'il fallait en profiter. Dans un pays de foi comme le nôtre, on ne procède pas brutalement comme dans la vieille Europe. Onse déguise, et l'on prétend toujours être catholique sincère et dévoué.

Ces explications données, examinons un peu les choses et examinons-les attentivement. C’est facile pour nous, qui vivons au Pays.

Les partisans de la sécularisation de l'enseignement parmi nous, lesquels ne sont pas moins avancés que ceux de la France et de l'Italie, car ils se nourrissent avidement de tout ce que ces derniers publient dans leurs Revues, se Sont concertés entre eux et ils se sont dit: “ Depuis longtemps on “ nous redoute cet l'on nous fait la guerre en conséquence. “Eh bien! qu'on nous donne les évêques pour collègues

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“ dans le Conseil de l'Instruction publique! Les évêques, “ flattés de la proposition qui semble leur conférer la su- “ prême direction en matière d'enseignement, accepteront “ volontiers. Siégeant avec eux, nous ne pourrons qu? parti- “ ciper à la confiance qu'ils inspirent.

“ Quand les évêques seront devenus nos collègues, on n’o- “ sera plus crier contre le Conseil de l’Instruction publique. “ Toutes les dispositions légales, qu'a prises ce Conseil dans “ le passé et toutes celles qu'il prendra dans l'avenir, seront “ regardées comme le fait des évêques, et l'on n'osera plus “ les attaquer, ni les critiquer, ni les combattre. Nous joue- “ rons si finement notre jeu ensuite que, tout en feignant de “ marcher en compagnie des évêques, nous poursuivrons ‘ dans la voie tracée par M. Chauveau.

“ Nous sommes huit contre huit, et M. le Ministre de l’Ins- “truction publique, dans tous les cas où tous les évêques “ seront rangés d’un côté et les laïques de l’autre, ce qui par “ prudence ne devra se produire que dans un certain temps, ‘ donnera gain de cause aux laïques par sa voix prépondé- “ rante. De cette façon, nos propres actes, en dehors du Con- “ seil, passeront pour le fait des évêques, et c'est ce qui nous “ sauvera. En définitive, c'est nous qui mènerons tout.

“ Les évêques ne pourront élever la voix contre le Conseil “de lInstruction publique, car alors ils s’accuseraient “eux-mêmes. Nous leur ôterons donc ainsi une grande par- “tie de leur liberté, puisqu'ils seront forcés de se’taire en pu- ‘blic, à propos d'éducation. En outre, ils ne seront pas tou- “jours tous du même avis sur les questions débattues dans “ Je conseil. Votant alors les uns contre les autres, ils nous “justifieront dans les cas où nous croirons ne devoir pas par- “ tager leurs opinions.

Telles sont les raisons pour lesquelles nos hommes politiques ont fait entrer nos évêques dans le Conseil de l'Instruction publiqne.

Iyena une autre encore. Toutes les mesures, que doit prendre le Conseil de l'Instruction publique, sont connues longtemps d'avance par les laïques, membre de ce Conseil.

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Nos évêques, eux, n’ont qu'une journée, à peu près, pour délibérer sur ces mesures, qu’ils n'ont pas connues d'avance comme les laïques. Ils les examinent donc un peu à la volé et votent en conséquence. On les surprend ainsi souvent.

Par cette insidieuse tactique, on semble avoir les évêques pour soi dans tous les cas, et, en réalité, on ne les a pas. On se décharge sur eux de toute responsabilité, et on les rend responsables de plusieurs choses qu’ils n’ont jamais voulues.

En terminant ce chapitre, déjà trop long, nous ne citerons qu'un seul fait, qui nous donne la mesure des avantages que nous devons attendre de la présence de nos évèques dans le Conseil de l’Instruction publique. Il est avéré et connu de tous que, depuis qu’ils sont membres de ce Conseil, on a, tout doucement et sans paraitre y toucher, fait disparaitre de nos écoles tous les livres qui renfermaient un enseignement véritablement religieux. On a agi de la sorte sous prétexte qu'il était urgent d'avoir des manuels où la lecture fut mieux graduée, et aussi de petits craités d'agriculture et autres arts pratiques.

Par ce moyen, sous prétexte de mieux préparer les enfants à faire face dans la suite aux besoins de la vie, on les soustrait le plus possible à la bénigne influence de l’enseignement religieux.

Et dans le Conseil de l'Instruction Publique, Mgr. Taschereau est toujours celui qui marche en tête pour seconder les prétentions des laïques.

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