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contre les catholiques libéraux, nos frères ; que nous devrions bien plutôt dépenser notre ardeur et nos forces à combattre les protestants.
Cette objection n'est au fond qu'un véritable enfantillage, Dans la province de Québec, les protestants sont peu nombreux et ne songent pas le moins du monde à nous réduire en servitude. De plus, on se défie d'eux : et leurs discours de même que leurs écrits, vu la défiance qu'ils inspirent, ne produisent que peu ou point d'effet.
Il n’en est pas de même des catholiques libéraux, qui parlent et dogmatisent d'après l'inspiration de certains prêtres, surtout de prêtres professeurs à l'Université Laval et au Néminaire de Québec, de prêtres qui sont les intimes et les conseillers de Mgr, Taschereau. Ces prêtres et ceux qu'ils inspirent ont nécessairement beaucoup d'influence. N'il était possible de les empêcher de professer des idées funestes et subversives, les luttes entre frères n'existeraient pas; mais si cela n’est pas possible, il faut bien que ces luttes, quelque pénibles qu’elles soient, existent.
Un prêtre, qui a des idées dangereuses, qui remplit un poste de confiance et qui travaille avec obstination à répandre ses idées dans le publie, doit être combattu, car il produit un scandale propre à séduire bien des âmes.
Ni les luttes entre frères, et surtout entre prêtres, sont déplorables, il faut accuser ceux-là seuls qui se font partisans de la mauvaise cause, et non pas ceux qui sont attachés à la vérité et qui combattent en sa faveur. L'histoire de l'Eglise met ce fait en relief que toutes les erreurs et toutes les hérésies ont eu pour principaux défenseurs des prêtres, et même des évêques et des patriarches. Où en auraient été l'Eglise et la vérité, s'il eut fallu s'abstenir de lutter parce qu'on allait avoir à combattre des frères, des prêtres, des évêques et des patriarches. Et lors du Concile du Vatican, cette lutte contre des frères, quoique proclamée infiniment déplorable par les libéraux, n'a-t-elle pas eu lieu pour le plus grand bien, pour le triomphe de l'Eglise et de la vérité? Mgr. Conroy n'aurait pas dû oublier ces choses.
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Il a prétendu, en outre, que les luttes entre prêtres tendent à ruiner l'influence du clergé et le respect dont on l’a jusqu'ici entouré.
Cela est vrai dans une certaine mesure. L'influence du clergé, à cause de ces luttes, pourra peut-être être amoïndrie pendant quelque temps ; mais, après un moment de défaillance, elle renaitra plus forte que jamais. Le résultat définitif sera que ceux qui n'avaient aucun droit à quelque influence, l'auront, par un grand borneur, perdue pour toujours, et que ceux qui étaient dignes de jouir d’une grande autorité morale, en jouiront alors dans sa plénitude.
En tout cela d'ailleurs, il n'y a, en définitive, qu’une seule influence à considérer : l'influence de la vérité. Les hommes ne sont rien, et ils passent sans être nécessaires ; mais la vérité est tout, et le monde en a un besoin continuel et absolu. Elle ne passera pas et nous devons tout sacrifier pour empêcher qu'on en détruise un seul iota.
À bout d'arguments, Mgr. Conroy nous a dit que les discussions, que nos avions soutenues au Canada, avaient été la cause de l'apparition parmi nous du libéralisme catholique.
Si cet argument vaut ici il faut donc adinettre que toutes les hérésies ont eu lieu parcequ'on a mis en relief les vérités qu'elles contredisaient. Les discusions, que nous avons soutenues ont eu pour principe le désir d'empêcher telle et telle vérité de périr pour nous. S'il en est qui, au sortir de ces discussions, ont rejeté en tout ou en partie les vérités qu'ils devaient professer, on doit attribuer la cause de ce mal à leur orgueil et à leur malice, et non pas aux discussions elles-mêmes.
Que nos discussions aient forcé les libéraux et autres de se dévoiler, de se montrer tels qu'ils sont, nous l’admettons volontiers ; mais qu'elles aient été la cause de leur erreur, c'est re que nous nions absolument.
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MGn. CONROY BLAME Môn. BOURGET, IL BLAME' AUSSI LES ECRI- VAINS CATHOLIQUES ET VEUT LES EMPECHER D'ECRIRE.
Comme s'il eut tenu à arrêter l'essor de tout bien déjà produit au milieu de nous, Mgr. Conroy a blâmé la direction que Mgr. Bourget avait donné à son clergé, lorsqu'il gouvernait le diocèse de Montréal, relativement aux erreurs politico-religieuses à combattre. Or, s'il eut pris la peine d'examiner les mandements et les circulaires de Mgr. Bourget, au lieu d'en croire certains rapports incomplets et inexacts, il aurait pu se convaincre que le vénérable Prélat n'avait fait qu'exposer les enseignements du Saint-Siége, et que mettre son troupeau en garde contre les funestes erreurs signalées par Pie IX. Il a procédé alors avec une grande légèreté, parcequ'il était enclin à donner tous les torts aux défenseurs de la justice et da la vérité, et à exonérer de tout bläm: !»s hypocrites ennemis de l'Eglise.
Quant aux écrivains catholiques, que Pie IX a partout si fortement encouragés, Mgr. Conroy n'a eu pour eux que des paroles très-sévères. De concert avec leurs adversaires, les libéraux, il les a accusés d’être l'une des principales causes de tous nos maux, et, finalement, il a conseillé, au moins à certains d'entre eux, de cesser d'écrire.
Pie IX a dit en parlant des catholiques libéraux, que * s#/s croient que les ennemis de l'Eglise, fatigués par une longue el stérile lutte, désirent un comproms, alors ils se lèvent aïguillonnés par la prudence de la chair, s'en prennent aux combattants catholiques, ac cusent leurs efforts d'imprudence et leur imposent silence, afin qu'il n'y ait pas d'obstacles à la fausse parr, qu'ils recherchent ardenment.”
Or, par sa manière d'apprécier et de traiter les écrivains catholiques dans la province de Québec, Mgr, Conroy s'est vraiment révélé à nous comme l'appui et le partisan des catholiques libéraux, comme catholique libéral lui-même. I est allé jusques là que de conseiller fortement à certains prêtres de ne point écrire pour combattre les erreurs du
temps, le libéralisme en particulier. Il leur a recommandé de s'occuper plutôt à bien faire le catéchisme aux petits enfants, et à avoir bien soin des vieux et des vieilles.
Mais qui empêche qu'en remplissant ces devoirs, les prétres remplissent encore celui de défendre la vérité et de combattre l'erreur par de solides écrits ? Mgr. Conroy n'eut peut-être pas tenu ce langage et cette conduite, s’il eut connu les paroles que Pie IX adressait, le 14 août 1876, au Congrès des catholiques allemands de Munich. ‘* Empressez-vous, “ Jeur disait-il, de bien faire comprendre une bonne fois aux “ catholiques libéraux quel grand dommage ils causent à «“ l'Eglise, quelle faute ils commettent contre la religion, “ contre la patrie et contre leur propre salut, afin qu'ils re- “ connaissent la vérité et reviennent de leurs mauvaises “ voies. Si vous obtenez quelque succès dans cette entre- “ prise extrêmement difficile, ce succès aura plus d'impor- “ tance que tout ce que vous obtiendrez par vos autres tra- “ vaux, quelque nécessaires et utiles qu'ils puissent être.”
Il faut avouer que nous avions lieu d'être plus que surpris, en entendant un Délégué apostolique contredire aussi carrément les enseignements de Pie IX.
MGR. CONROY ET LA LETTRE DU 22? SEPTEMBRE 1875.—IL LA REMPLACE PAR LA LETTRE DU 11 OCTOBRE 1877.—CE QU'IL DIT A NOTRE-DAME DE MONTREAL.
Nous avons vu quelles intrigues nos libéraux avaient mises en œuvres pour ruiner l'autorité de la lettre pastorale du 22 septembre 1375. Quoiqu'ils eussent réussi, quasi audelà de leurs espérances, Mgr. Conroy ne se tint pas pour satisfait de ce résultat. Il voulait plus. Il voulait que cette lettre pastorale devint lettre morte. Pour y parvenir, il lui fallait le concours de nos évêques. Il se dit qu'il l'aurait et voici comment il s'y prit pour l'obtenir.
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Il réunit de nouveau tous les évêques en octobre, et il leur annonça que pour rétablir l’ordre et la paix dans la province de Québec et leur assurer une impérissable existence, il fallait écrire une nouvelle lettre pastorale, que chacun d'eux signerait, En même temps, il chargea l’un de ces vénérables prélats de la rédiger. Ce n'était tout probablement que par une feinte déférence qu'il en agissait a.asi. Il n'agréa pas le travail que lui présenta le prélat qui en avait €té chargé par lui, et, en conséquence, il rédigea lui-même la nouvelle lettre.
Lorsqu'il s’agit de la signer, plusieurs évèques hésitèrent. Ils ne voyaient pas quelle pouvait être l'opportunité de cette lettre, après celle du 22 septembre 1875. Il leur semblait aussi que ces deux pièces n'étaient pas d'accord, et ils ne voulaient pas sacrifier la lettre du 22 septembre, dont Pie IX avait loué la doctrine dans son bref à Mgr. l'évêque des Trois-Rivières.
Mgr. Conroy parvint à vaincre leurs hésitations. Il leur dit d'abord que la nouvelle lettre, qu'il leur proposait de signer, ne faisait que confirmer la précédente, vu qu'on l'affirmait dans son préambule ; il ajouta ensuite que c'était la volonté du St. Siége qu'ils la signassent telle qu'il la leur présentait. Pleins de bonne foi, nos évêques signèrcnt par respect pour le St. Siége, et ils signèrent à la date du 11 octobre 1877.
Or, cette lettre pastorale du 11 octobre 1877, que Mgr. Conroy a dit écrite pour maintenir et même pour confirmer la lettre du 22 septembre 1875, que renferme-t-elle ? Ki elle est faite pour maintenir et confirmer cette dernière, elle doit renfermer, sinon plus, au moins tout autant qu'elle. Or, tel n'est pas le cas. Elle renferme moins que la lettre du 22 septembre ; elle en diffère beaucoup par là même, et c’est là sa raison d’être. e
Mgr. Conroy a voulu éliminer de la lettre pastorale du 22 septembre certaines explications essentielles qui mettaient la doctrine catholique dans tout son jour, et qui ne permettaient plus aux libéraux de tromper par des sophismes les
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âmes trop crédules. Toutes ces explications mises de côté, la vraie doctrine, dans la lettre du 11 octobre 1877, demeurait dans un vague tel que les libéraux pouvaient facilement abuser de cette lettre et l’interpréter en leur faveur. Mgr. Conroy désirait ce résultat et il n'a malheureusement que trop bien réussi à l'obtenir.
Dans la lettre pastorale du 22 septembre, on lisait : “Un “parti politique peut être jugé dangereux, non-seulement “ par son programme et ses antécédents, mais encore par les ‘ programmes et les antécédents particuliers de ses chefs, de “ses principaux membres et de sa presse, si ce parti ne les ‘ désavoue point et ne se sépare pas définitivement d'eux, “dans le cas où ils persistent dans leur erreur après en avoir “été avertis. ”
Ces paroles s'appliquaient évidemment à notre parti libéral, qui par ses faits, ses principes, ses chefs et sa presse, se trouvait dans les cas signalés par nos évêques.
Ils continuaient : “ Dans ces cas, un catiolique peut-il sans renier sa {oi, sans se montrer hostile à l'Eglise dont il ‘est membre, un catholique peut-il, disons-nous, refuser à l'Eglise le droit de se défendre, ou plutôt de défendre les intérêts spirituels des âmes qui lui sont confiés. Mais ‘ l'Eglise parle, agit et combat par son clergé, et refuser ces droits au clergé, c'est les refuser à l'Eglise. Alors le prêtre “et l'évêque peuvent en toute justice et doivent en toute “ conscience élever la voix, signaler le danger, dielarer avec
autorité que voteren tel sens est un péché, que faire tel acte ‘expose aux censures de l'Eglise.”
Or, comment Mgr. Conroy a-t-il, autant qu'il était en lui, détruit cet enseignement qui écrasait les libéraux de tout son poids et les forcait à disparaitre ? En obligeant nos évèques à s'exprimer de la manière suivante dans leur lettre du 11 gctobre 1877:
“Il n'existe aucun acte pontifical condamnant un parti “ politique quelconque; toutes les condamnations émanées ‘jusqu'à présent de cette source vénérable, se rapportent ‘ seulement aux catholiques libéraux et à leurs principes. ..
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“ Nous laissons à la conscience de chacun de juger, sous le “ regard de Dieu, quels sont les hommes que ces condamna- “tions peuvent atteindre, quelque soit d’ailleurs le parti “ politique auxquels ils appartiennent.”
Il n’y a là-dedans rien de faux, sans aucun doute, mais ce n'est pas complet. Vu les explications qui auraient dù accompagner ces énoncés et qui font défaut, nos libéraux, qui pour donner le change sur leur compte, ne se prétendent que libéraux purement politiques, se prévalent de cette pièce pour soutenir qu’il ne sont pas condamnés et pour arriver ainsi à régner partout. Il eut fallu dire qu'aucun parti politique n’est condamné comme tel purement et simplement : mais que s’il s’'appui sur de mauvais principes, comme sont les principes libéraux, par exemple, il devient alors condainnable et condamné.
Ensuite, pourquoi laisser à chacun le soin de juger, sous le regard de Dieu, quels sont les hommes que les condamnations pontificales peuvent atteindre ? N'’eut-il pas fallu énoncer, comme l’a fait Pie IX tant de fois, ce qui caractérise ces hommes, quels sont les signes auxquels on les reconnait ? Mgr. Conroy, auteur de la lettre du 11 octobre 1877,s'est bien gardé de faire le portrait des libéraux, tel que Pie IX nous l'a tracé ; il s’est bien gardé surtout de rappeler, à propos de libéralisme, ce que disait cet immortel Pontife, dans un bref adressé à un prêtre canadien, à la date du 28 octobre 1876 : “ Les libéraux imbus, sans qu'ils le sachent, du venin des ‘“ principes propres à tout renverser, se croient libres de ‘ suivre des opinions qui, à n'examiner que leur caractère poli- “ tique, semblent se soustraire au magistère de l'Eglise, peu ‘“ capable, dans leur pensée, de connaitre les besoins de la “ société civile. ”
Au lieu de redire à nos libéraux les enseignements du Saint Siége, et de leur montrer ce qu'ils sont, d'après ces enseignements, Mgr. Conroy a fait tout ce qu'il fallait pour les confirmer dans l'erreur particulière que Pie IX a si souvent stigmatisée, c'est-à-dire pour leur donner à croire qu'ils sont libres de suivre des opinions dangereuses et funestes, parce-
qu'ils n’examinent que le caractère politique de ces opinions.
De nos évêques, plus d’un a regretté d'avoir signé la lettre du 11 octobre. Malgré tout, Mgr. Conroy, ce qui prouve bien que cette lettre était son œuvre, a obtenu de chacun d'eux, par écrit, l'assurance qu'ils étaient contents de ce document et de la manière dont il remplissait sa mission. Il a demandé cette espèce de certificat peu de temps après la publication de la lettre du 11 octobre. Ça été ha*ile de sa part, car bien sûr qu'il n’eût pas réussi de la sorte quelques mois plus tard.
À quelque temps de là, le jour de la Toussaint, Mgr. Conroy se rendait à l’église de Notre Dame de Montréal pour y officier. Au moment où il allait entrer, on lui adressa quelques mots pour le complimenter et lui assurer qu'on se sentait honoré et heureux de le recevoir comme Délégué du Saint Siége. Il répondit, et, dans sa réponse, il trouva moyen de parler de la lettre du 11 octobre. Il dit que, dans cet acte épiscopal, nos premiers pasteurs avaient parlé comme de vrais évêques catholiques. (C'était peu flatteur pour eux, puisque par là Mgr. Conroy donnait clairement à entendre que, dans d’autres actes épiscopaux, et notamment dans la lettre épiscopale du 22 septembre 1875, ils n'avaient pas tout à fait parlé comme ils auraient dù, n'avaient pas enseigné une doctrine bien sûre.
Dans cette même réponse, Mgr. Conroy, désireux de profiter de toutes les circonstances pour réhabiliter ses amis, les catholiques libéraux, ajouta que la lettre du 11 octobre était destinée à faire disparaître les deux erreurs qui nous tuaient : “ l'erreur de ceux qui ne veulent pas suivre la doctrine enseignée par les “ évêques, et l'erreur de ceux qui, par trop de zèle religieux, veulent faire peser sur des hommes et des partis des condamnations que l'Eglise n'a jamais prononcées.”
Par ces paroles, qui ont fort scandalisé dans le temps, Mgr: Conroy blâmait deux classes d'hommes ; les impies et les vrais catholiques. Il blâmait ceux qui rejettent l’enseignement de l'Eglise et ceux qui prennent cet enseignement au
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sérieux, et qui ne sont pas d'avis qu'on doive faire fléchir les principes selon les circonstances.
Les seuls, qui soient approuvés par lui et regardés comme suivant la voie droite, sont les hommes amis de lu conciliation, les hommes à manche large, comme il disait à quelqu'un, les catholiques libéraux, en un mot.
REGLEMENT DES DIFFICULTES DE Mcr, DE MONTREAL AVEC LES MESSIEURS DE ST, SULPICE.—SUCCURSALE DE L'UNIVERSITE LAVAL A MONTREAL.
Ce qui a bien démontré la complète incapacité de Mgr. Conroy à remplir la haute mission dont il était chargé, c'est la manière dont il a réglé à Montréal les difficultés entre Mgr. l'évêque et les Sulpiciens. Après avoir entendu longuement les deux parties, il n’a su prononcer aucune décision, même dans les questions les plus simples. Pour se tirer vite d'embarras, il a décidé que les choses resteraient ce qu'elles étaient pendant dix ans.
Assurément, il n'était pas besoin de connaître à fond le droit ecclésiastique pour rendre pareille sentence. C'était ajourner, pour le rendre bien plus difficile par la suite, le réglement de difficultés qui duraient déjà depuis trop longtemps.
Pour couronner son œuvre, Mgr. Conroy s’est hâté d'organiser à Montréal une succursale de l'Université Laval. A l’'empressement qu'il y a mis, rien n'étant à peu près préparé pour ce nouvel ordre de choses, on a jugé äans le temps, et l’on ne s'est pas trompé, que cette organisation n'avait rien de sérieux et que tout ce qui en sortirait serait une complication de difficultés plus grandes que les premières. Tout ce qui a eu lieu depuis a justifié ces tristes prévisions.
En effet, il y avait à peine quelques semaines que Mer. Conroy avait lui-même célébré l'inaugauration d’une succursale de l'Université de Québec à Montréal, que des difficultés sans nombre surgissaient déjà. Les Messieurs du
Séminaire de Québec manquèrent gravement à la parole donnée aux Messieurs de l'Ecole de Médecine de Montréal, et, après avoir tout tenté pour ruiner cette Ecole, sans pouvoir y réussir, ils organisèrent la faculté de médecine de la succursale, en mettant complètement de côté les professeurs de la dite Ecole, et en conviant pour les remplacer, des libéraux de toute nuance.
L'Ecole de Médecine de Montréal avait pourtant des mérites et surtout des droits que l’Université Laval aurait dû respecter, d'autant plus qu'il s'agissait d’une entente voulu par Rome et que l'Ecole était prête à tout, excepter à se suicider.
Comme les Messieurs du Séminaire de Québec n'entendent point qu'on jouisse de quelque indépendance, fut-elle la plus légitime du monde, là où ils ont mis le pied, ils voulaient que l'Ecole consentit à se suicider, pour renaitre ensuite leur très-humble servante sous tous les rapports. Elle ne l’a pas voulu, et tous les amis de la justice et du droit sont d'opinion qu’elle a bien fait.
Quant à la faculté de Droit, ses professeurs ont aussi été choisis, pour la plupart, dans les rangs des libéraux. Elle n’était pas organisée du tout, au temps de Mgr. Conroy.
La faculté de théologie, c'est le Grand Séminaire de Monttréal, dirigé par les Messieurs de St. Sulpice, qui ne change absolument rien à ses us ef coutumes. La maison étant puissante et très-puissante, les Messieurs de Québec n’ont cru devoir faire aucune difficulté. Ils auraient agi bien différemment, si elle eut été dans les conditions de l'Ecole de Médecine.
Les autres facultés de la succursale provoquent si peu de
conflit, qu'on ne sait si elles existent ou non. Probablement qu'elles n'existent point.
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DERNIERS TRAITS DU CARACTERE DE Mon. CONROY. — IL PERD L'ESTIME DE TOUS.—FRUITS DE SA MISSION.
Ce qui a achevé de perdre Mgr. Conroy dans l'opinion du clergé et de tous les hommes bien pensants, ça été le tourment qu'il s’est donné pour mendier en quelque sorte les approbations. Il a supplié certains prêtres de lui déclarer avec franchise ce qu'ils pensaient de lui et de sa manière d'agir, et ce que d’autres en pensaient. 11 leur a dit : “ Ou- “ bliez que je suis Délégué apostolique ; oubliez même que “ je suis évêque et parlez-moi sans gêne aucune comme à un “ simple confrère.”
Après que ces prêtres lui eurent franchement parlé, comme il le demandait, et lui eurent démontré qu'il nous avait jetés dans une impasse très-sérieuse et conduits sur le bord de l'abîme, il a pris la contenance et le ton d’un accusé, d’un coupable, et il s’est justifié comme le ferait un jeune élève réprimandé par son régent.
On l’a même vu quitter son domicile pour se rendre auprès de jeunes prêtres, auxquels il craignait d'avoir déplu. Il leur a demandé de lui pardonner, les a invités à le visiter souvent, puis leur a même offert de les emmener à ses frais et dépens en promenade avec lui aux Etats-Unis.
Tout cela a été jugé peu séant et peu digne de la part d'un évêque délégué apostolique. Ah ! lorsqu'on a fait son devoir, on se soucie peu du qu’en dira-t-on, et l'on ne perd pas son temps à courir après les approbations et les éloges. Quand surtout l’on est Délégué du Pape, il ne convient point de rechercher la popularité, encore moins de s’abandonner à de vrais enfantillages pour la conquérir.
Infortuné Mgr. Conroy ! il a recueilli tout juste le contraire de ce qu'il poursuivait. Quelque temps après la publication de la lettre pastorale du 11 octobre, il commença de recevoir des lettres dans lesquelles on lui disait combien il nous avait fait de mal, et combien il était baissé dans l'estime du clergé
et des bons citoyens. Il reçut une masse de lettres de ce genre, puis le vide se fit autour de lui. On finit par le laisser dans l'isolement le plus complet. Hors quelques libéraux, tout le monde s’abstenait de le rencontrer, parce que tous à peu près avaient perdu confiance en lui.
On le plaignait cependant, mais pas assez pour dire qu'il ne méritait pas le sort qu'il subisseit. En effet, le passage de Mgr. Conroy au Canada a été un véritable malheur pour nous. Sa mission, telle qu'il l’a remplie, nous a fait rétrograder immensément dans la voie du véritable progrès. Sans le vouloir, nous le pensons bien, il a donné aux éléments révolutionnaires, déjà existants au sein de notre jeune société, une telle consistance et une telle force d'expansion qu'ils sont devenus, dans l'espace de deux ans, ce qu'ils n'auraient pu être, après vingt années de croissance régulière. Il nous a, en un mot, préparé d'affreux désastres qui fondront sur nous, dans un avenir prochain, si la Providence ne se hâte de venir à notre secours.
Voilà ce que pensent et ce que disent des évêques, la plupart des prêtres et tous les bons citoyens.