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joue encore un rôle important en politique, se donne comme le fils le plus soumis de l'Eglise lorsqu'il parle en public. Il a néanmoins avoué, dans un cercle d’intimes, et la preuve assermentée du fait peut être produite, que lui et ses amis regardent le catholicisme comme une superstition nuisible qu'il est urgent de détruire, mais avec prudence, sans paraitre y toucher, et même en tâchant de faire exécuter le plus important de la besogne par les princes de l'Eglise, les évéques.
Cette partie importante de la besogne que devaient exécuter les évêques, d’après lui, c'était de fermer la bouche à leurs prêtres sur les questions politiques. Il disait que pour amener les évêques à agir de la sorte, il fallait leur persuader que rien ne compromet tant la religion que la présence et l'action du prêtre sur le terrain politique. Il ajoutait, de plus, que les superstitions du catholicisme devaient finir par s'effacer devant le règne de la raison ; que son but et celui de ses amis, en travaillant à se faire élire, était d'obtenir ce résultat. Il ajoutait encore qu'en communiant, comme il le faisait quelquefois, il ne se proposait pas de remplir un devoir de religion, mais de capter la confiance des hommes du peuple qui sont encore sous la fausse impression qu'on se nourrit de Jésus-Christ dans la communion. Il disait enfin qu'il regardait la confession comme chose tout-à-fait immorale; qu'il voyait bien que Jésus-Christ a existé et qu'il a été un grand homme, mais qu'il ne croyait pas à sa divinité.
Combien d’autres que l’on range parmi les bons catholiques, et qui partagent les idées de ce Monsieur.
NOS CATHOLIQUES LIBÉRAUX. — CE QU'ILS DISENT ET CE QU'ILS FONT POUR N'ÈTRE PAS REGARDES COMME CONDAMNES PAR LE ST. SIÈGE.
Nous venons de voir ce que sont nos libéraux impies, libéraux que le clergé a fortement combattus, à cause de la perversité de leurs desseins et de la peste” de leurs doctrines.
Quant à nos catholiques libéraux, ce sont tous ceux qui, à raison de divers intérêts, appuient ou favorisent les premiers d'une manière ou d’une autre, surtout par cette Iàcheté qui pousse à garder le silence, comme l'a répété tant de fois Pie IX, d'illustre et sainte mémoire. Et ils sont trèsnombreux ceux-là parmi nous.
Tout inconvénient, quelque léger qu'il soit, leur sert de prétexte pour les empêcher d'agir, et pour permettre à l'erreur et au mal de s'insinuer partout sans être sérieusement inquiétés. Ils ne veulent pas comprendre que Jésus-Christ ne donne à ses fidèles serviteurs que les humilations, les persécutions, les revers momentanés., Ils n'ignorent pas que telle est la doctrine de l'Evangile, mais ils s'imaginent qu'elle ne saurait guère avoir d'application dans les temps que nous traversons. Aussi, sitôt qu'ils croient entrevoir, même dans le plus extrême lointain, perte de leur influence, de leur réputation d'hommes sages et habiles, d'hommes conciliants, modérés et populaires ; sitôt qu'ils se voient exposés à des tracasseries, à des déboires, à soutenir des luttes un peu difficiles ; sitôt enfin qu'ils doutent du prompt succès d'une entreprise en faveur de la bonne cause, qu'ils craignent de ne pas jouir eux-mêmes du triomphe, ils se tiennent prudemment en repos. Pour justifier leur inaction, ils invoquent le prétexte qu'il ne faut pas troubler la paix et qu'il vaut mieux laisser faire que d'irriter les ennemis et les déchainer contre l'Eglise.
Comme nos libéraux de toute nuance sont de vrais libéraux, des libéraux formés à l’école de ceux que l’on rencontre en France et en Belgique, il est tout naturel qu'on juge que voter pour eux, afin de les envoyer au parlement prendre part à la conduite des affaires publiques, est en soi faute grave, puisque Pie IX a déclaré qu'ils causent à la société plus de tort que les communeux.
Pour donner le change sur ce qu'ils sont, nos catholiques libéraux ont recours à mille artifices. Ils tentent par exemple, de s'assimiler aux libéraux, soit de l'Angleterre, soit des Etats-Unis, soit de la province d'Ontario, libéraux qui, dans
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ces contrées, où domine une majorité protestante, demandent égale liberté pour tous en matière de religon, puis veulent aussi que tous bénéficient également, autant que possible, des avantages que procure le progrès matériel. De tels libéraux ne sont pas les libéraux qu'à condamnés l'Eglise ; ce sont uniquement des hommes qui revendiquent pour les bons, à qui elle est refusée, une liberté dont jouissent les méchants. Dans l'impossibilité absolue pour le moment de faire reconnaitre les droits du catholicisme supérieurs à tous autres droits, ils travaillent à obtenir que le catholicisme jouisse au moins des mêmes avantages que les fausses religions.
Or, il est évident qu'entre ces hommes et nos libéraux il y a la distance d'un abime. Ces derniers, en effet, ne se contentent pas de reconnaitre qu'il faut user, à l'égard des protestants, de la tolérance pratique qu'exigent certaines circonstances, mais ils soutiennent que le protestantisme a des droits à faire valoir tout comme le catholicisme. Ils vont même plus loin. Comme tout exercice de la liberté leur parait légitime, ils sont prêts à sacrifier les droits de l'Eglise et même les principes, au profit de la libre pensée.
Ce qui a lieu, dans la province de Québec, à l'égard des Journaux, est la preuve publique et manifeste de ce que nous disons ici. Tout mauvais journal poursuit triomphalement sa route sans être jamais inquiété ni molesté : on le laisse faire comme il l'entend. Mais s'agit-il d’un journal vraiment catholique ? On le proclame coupable chaque jour de grands crimes ; on le persécute ouvertement et dans l'ombre, on le baïllonne, et quand on l’a détruit où au moins réduit à ne publier plus que des faits divers insignifiants, on croit avoir excellemment servi la cause de Dieu. On se dit: “il n'ya plus de bruit, la paix règne par conséquent ; donc tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. ”
Les catholiques libéraux disent encore qu'on les apprécie injustement à raison de leurs alliances politiques avec les représentants que la province d'Ontario députe au parlement fédéral. Ils ajoutent que si l'on applique le même mode
d'appréciation aux conservateurs, ces derniers ne devront pas être considérés comme valant mieux qu'eux. Cela est faux.
Ce n’est pas d’après les alliances politiques, formées avec les députés de la province d'Ontario, qu'on se prononce sur la valeur bonne ou mauvaise des partis, mais sur les principes professés par les chefs canadiens-français de la province de Québec. Ceux que nous députons au parlement fédéral ne sont pas, relativement à ceux que la province d'Ontario envoie au parlement, dans le cas des électeurs. Ceux-ci peuvent agréer ou rejeter les candidats qui briguent leurs suffrages, tandis que nos députés, qui sont forcés par la constitution de marcher avec Ontario, doivent accepter les représentants que cette province a élus. Tout ce qu’on peut exiger d'eux, c’est qu'ils s'allient avec les députés d'Ontario qui sont les plus favorables à tous nos vrais intérêts, à nos intérêts religieux, en particulier, et c’est ce que les conservateurs ont généralement fait. Les libéraux semblent avoir à cœur de tenir une conduite toute contraire.
Ils disent, en outre, qu’ils ne sont libéraux qu’à propos de questions purement politiques. C’estencore faux. Ces questions purement politiques, qu'ils mettent en avant, ne sont qu'un voile, un leurre au moyen duquel ils essaient de dissimuler les mauvais principes qu'ils travaillaient à faire prévaloir et à incarner dans les faits. En vérité, le moindre homme de bon sens admet de suite que le clergé ne s’occuperait pas le moins du monde de la politique, si elle consistait uniquement pour nous dans la question de savoir quel est le meilleur mode d'administration à adopter, pour favoriser d’une manière plus efficace le développement du progrès matériel. Si le clergé canadien surveille la politique de si près, c’est qu'il y voit des principes d’un ordre supérieur à protéger ou à combattre.
On dit encore qu'il y a nombre de catholiques pisux dans le parti libéral, qu’ils ont d'excellentes intentions, et que, puisqu'il en est ainsi, le libéralisme, qu’ils proposent, ne saurait être condamnable, encore moins condamné. À cela, nous répondrons que la même chose a lieu en Belgique et en
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France, et que c'est là ce qui constitue le grand danger du libéralisme. En effet, Pie IX n’a-t-il pas déploré plus d'une fois que des hommes pieux, tout en témoignant beaucoup d'amou» et de zèle pour la religion, prêtent cependant une main amie aux desseins des pervers jar l'appui que, sous un prétexte ou sous un autre, ils donnent à leurs manœuvres. Pie IX ajoutait que ces catholiques libéraux, qui causent un si grand préjudice à la religion, rejettent avec horreur toute erreur manifeste, mais que, par amour d’une fausse conciliation et d’une fausse paix, ils favorisent de très pernicieuses opinions. Et c'est justement ce qui a lieu au Canada.
Les catholiques libéraux chez nous vont même plus loin que cela; ils se sont laissés entraîner à professer eux-mêmes de graves erreurs, comme tous ont pu le constater par la lecture de nombreux écrits, entr'autres, d’une série d'articles publiés par un journal de Québec, intitulé Evénement, à la fin de 1876 et au commencement de 1877, et signés Rétribution. Ces articles, de provenance cléricale, montrent bien clairement ce que sont les catholiques libéraux de la province de Québec.
Dans ces articles, outre que les faits sont horriblement défigurés et nos réclamations présentées sous le jour le plus faux, procédé dont les libéraux ne manquent jamais de faire usage, on prêche la liberté de conscience et l’omnipotence absolue de l'Etat. On va jusqu'à soutenir que si, dans une élection politique, un électeur est déterminé, par un sermon qu'il a entendu, à voter dans un sens plutôt que dans un autre, il ne vote plus librement, et qu'on doit taxer d'influence dite indue, r'est-à-dire condamnable, l'acte par lequel il a été poussé à agir comme il a fait. À ce compte là, il faudrait donc biffer tous les commandements de Dieu et de l'Église, qui, parcequ'ils gênent la liberté mauvaise, nous influenceraient d’une manière indue.
C’est en vertu d’un tel principe que nous avons vu, à trois reprises différentes, à Gaspé, à Charlevoix et à Berthier, des élections politiques annulées; on a prétendu que certains fidèles avaient été inclinés à voter pour tel candidat, en
vertu des enseignements reçus du haut de la chaire, et que conséquemment leur vote n'était pas le fruit de la liberté requise en pareil cas.
Le même auteur, qui signe Rétribution, dit encore qu'un juge doit juger suivant la loi civile, quand même cette loi serait en opposition directe à la loi ecclésiastique, à la loi naturelle et même à la loi divine positive. Et c’est ce que trois juges, dont deux catholiques, ont mis en pratique dans une cause où les sermons des curés étaient incriminés comme ayant exercé une influence indue. Ces juges ont dit en rendant leur sentenee : “ Nous sommes juges pour juger suivant la loi du pays, et, comme tels, nous ne reconnaissons pas d'autre loi que celle-là. ”
Mgr. l'archevêque Taschereau, dans le diocèse duquel et sous les yeux de qui toutes ces énormités ont été publiées, à laissé faire, pouvant tout empêcher. Loin de blâmer la publication de ces articles, ila paru heureux qu'ils vissent le jour. Il n’a, comme on verra dans la suite, de sévérités a exercer que contre les journaux catholiques qui luttent contre la presse libérale et impie.
Le libéralisme veut régner parmi nous et y exercer un empire souverain. Pour y parvenir, il tient énormément à n'être pas connu pour ce qu'il est. Telle est la raison d'être des mille et une manœuvres qu'on a employées, comme des efforts inouis que l’on a faits pour donner à croire que, dans la Province de Québec, il n’y a pas de libéralisme condamné par le St. Siège. On a parlé et l’on a écrit dans ce sens à Rome, et Rome, qui n'aime à penser mal de personne, a cru ce qu'on lui disait jusqu’à un certain point. Pie IX cependant nous a donné de sérieux avertissements dont nos catholiques libéraux ne veulent pas tenir compte. Ils ne s’en inquiètent pas plus que s’ils étaient habitants de la lune.
Mais s’il n’y a pas chez nous de libéralisme condamné, comment expliquer qu'il y ait eu et qu'il y ait encore plusieurs journaux, organes de ce libéralisme, notamment le Journal de Québec, l'Evènement, la Patrie, V Electeur, la Gazette de Sorel, la Tribune, et quelques autres ? Ces journaux se
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donnent pour mission spéciale de reproduire toutes les tirades échevelées du libéralisme français, belge et italien, et ils ne font que louer les hommes, les choses et les institutions qui sont le plus opposés à l'Eglise. Puisque des journaux libéraux existent chez nous et qu'ils se soutiennent, c'est le signe certain qu’ils ont de nombreux souscripteurs et de plus nombreux lecteurs. Il est évident par là même qu'ils ont de nombreux partisans.
Nos libéraux, poussés au pied du mur et voulant toujours cacher leurs noirs desseins à l’aide de perfidies, disent qu'ils ne veulent pas séparer absolument la religion de la politique, et ils ayouent qu'il est des cas où la religion a des intérêts dans les questions politiques, et qu’alors, dans ces cas, le clergé a le droit d'intervenir. Mais en faisant cette concession, ils ne cèdent rien du tout en réalité, car ils ont soin de se poser seuls juges des cas où la religion a quelque chose à voir dans la politique et où le clergé doit intervenir.
Ce qui le prouve plus que suffisamment, c'est qu'ils se ruent avec brutalité, et surtout en public, non-seulement contre les prêtres, mais même contre les évêques, qui osent par de solides et salutaires instructions contrarier leurs desseins pervers. Mgr. de Rimouski, entr'autres, ayant fait un très-solide exposé de doctrine pour atténuer le scandale donné par la sentence des trois juges, dont il a été question plus haut, s’est vu bafoué de la manière la plus indigne par les organes de notre presse libérale. Mais il faut dire que s'ils ont poussé les choses aussi loin, c'est qu'ils étaient certains d’avoir l'approbation du Séminaire de Québec, de l'Université Laval et même de Mgr. Taschereau. Ce dernier, en effet, n'en a pas fait mystère.
À cette occasion, il écrivit dans les journaux que l’un des juges, professeur de l’Université Laval, dont se plaignait Mgr. de Rimouski, continuerait de remplir ses fonctions de professeur de la Faculté de Droit, vu que, malgré les griefs formulés contre lui, il n'avait pas été condamné à Rome. Et Rome ne pouvait pas alors l'avoir condamné ou approuvé, . puisqu'elle n'avait pu même prendre connaissance de cette
affaire. De la part de Mgr. Taschereau, c'était agir on ne peut plus mal. Il disait la vérité en disant que le professeur, dont il était question, n'avait pas été condamné par Rome ; maïs il donnait à entendre qu’à Rome on s'était occupé des doctrines émises par ce professeur, ce qui n'était pas vrai.
Il est triste et infiniment triste d’avoir à signaler de tels oublis en matière de vérité et de justice, mais il le faut puis-
* que nous écrivons pour le triomphe de ces deux vertus.
Disons enfin, pour conclure de tout ce qui précède, que le libéralisme produit bien au Canada, les funestes effets signalés par Pie IX : il brise les liens de l’unité catholique en autorisant les fidèles à se fair juges de leurs pasteurs, et à ne prendre de leurs enseignements que ce qui leur convient. Aussi, mêmes dans la plupart des campagnes, l’on voit des gens, tout ignorants qu’ils sont des premiers éléments de la doctrine catholique, se révolter contre toute parole, dite en chaire, qui ne cadre pas avec leurs opinions, et la mépriser. Ce phénomène, car s’en est un au Canada, ne se manifeste tout particulièrement que depuis que Mgr. Taschereau est archevêque de Québec.
Pour tout dire en un mot; /e libre examen du protestantisme
entre chez nous par la porte que lui a ouverte le libéralisme soi-disant politique.