CE QU'A ETE L'ENSEIGNEMENT RELIGIEUX JUSQU'A CES DERNIERS TEMPS
Nous avons dit au commencement de ce travail quelle avait été la situation religieuse du Canada, tant qu'il fut sous la domination françüise, et même jusqu'à ces trente ou quarante dernières années.
Le gallicanisme régnait dans l’enseignement théologique, tant au Séminaire de Québec qu'au Séminaire de St. Sulpice à Montréal, et ces deux maisons faisaient autorité. Elles prétendaient jouir d'une espèce d’infaillibilité doctrinale, et aussi d’une autorité qui devait être respectée à l’égal de celle de l'Eglise. Le Séminaire de Québec a encore ces prétentions aujourd’hui.
Outre qu'il était gallican, leur enseignement avait aussi une forte teinte janséniste,
Les études classiques, faites rapidement à cause d’un pressant besoin de prêtres, étaient de plus fort mal organisées, car elles ne consistaient guère qu'à faire étudier aux jeunes gens les auteurs paiens non expurgés, l’histoire tant ancienne que moderne à un mauvais point de vue, et la philosophie d’après le système rationaliste légèrement mitigé. Ces études laissaient les jeunes gens la tête remplie d'idées fausses
et dangereuses, et surtout dans une grande ignorance de la religion dont ils n’entendaient parler qu'une fois la semaine dans un maigre catéchisme,
Ceux qui se destinaient au monde n'avaient, au sortir de leurs études, qu’un très-mince bagage de connaissances qui servaient à peu près de rien pour mettre à l'abri leur foi et leurs mœurs. Aussi, devenaient-ils, pour la plupart, de médiocres catholiques ou de mauvais garnements.
Ceux qui prenaient l’habit ecclésiastique étaient généralement employés de suite, soit à faire la classe aux jeunes élèves, soit à les surveiller, et ils ne pouvaient consacrer que peu de temps chaque jour, au plus deux heures, à l'étude de la théologie, à laquelle les avaient peu préparés leurs études classiques. Avec une science théologique bien incomplète, sans notion aucune du droit canonique, avec des connaissances moins qu'élémentaires en fait d'écriture sainte et d'histoire ecclésiastique, ils devenaient prêtres, ne sachant pas même la centième partie de ce qu'ils auraient dû savoir. Ce n'était pas leur faute évidemment.; c'était le résultat du régime auquel on les avait soumis.
Vu ce triste état de choses, nous vivions dans une grande ignorance et au milieu des plus funestes idées, sans presque le soupçonner. Quelques-uns par-ci par-là avaient refait leurs études avec beaucoup de peine et de travail, et ils avaient fini par avoir une idée nette de la situation.
FONDATION ET ORGANISATION DE L'UNIVERSITÉ-LAVAL. AT: [grace Bourget, évêque de Montréal depuis 1840, (api dt parmi ces derniers. Afin de dissiper les ténèbres de ‘it -ance qui planaient sur nous, et d’arracher la jeunesse à labuuc de la cu:ruption dans lequel elle se précipitait avec iiratie il conçut l’idée de fonder une Université catholique. En conséquence, il demanda au Séminaire de Québec, à titre de maison la plus ancienne du pays et la plus riche en
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revenus, après le Séminaire de St. Sulpice, de se charger de cette fondation.
Mgr Bourget désirait surtout que l'Université en projet fut vraiment provinciale, c'est-à-dire sous le contrôle, la haute surveillance et la puissante direction de tous les évêques de la province ecclésiastique de Québec.
Les prêtres du Séminaire de Québec voulaient bien une Université, mais pas telle que la concevait Mgr. l’évêque de Montréal. ‘“ Puisque nous en ferons tous les frais, se disaient-ils entre eux, nous demeurerons maîtres et seuls maitres chez nous. ” Des évêques de la Province, ils n’entendaient pas recevoir de conseils et encore moins d’injonctions. Tout ce qu'ils leur permettaient vis-à-vis de l’Université à créer et de l'Université une fois fondée et organisée, c'était d’être de pures machines à lui obtenir des faveurs et à travailler dans ses intérêts.
Habiles à dissimuler leurs intentions, ils répondirent à Mgr. Bourget qu’ils se chargeraient de fonder une Université, si tel était bien le vœu des évêques de la province. Ayant reçu cette assurance, ils les prièrent de signer la supplique qu’ils allaient adresser au Saint-Siége et la demande d’une charte au gouvernement anglais. Les évêques signèrent, mais ils s'aperçurent en signant qu'ils ne compteraient absolument pour rien dans l’organisation de la future Université. On leur dit, pour les consoler, qu'on avait arrangé les choses de la sorte pour éviter bien des lenteurs, qui porteraient de graves préjudices à l’Institution, s’il fallait à tout moment attendre une décision des évêques pour agir. On leur dit de plus qu'ils seraient représentés à l'Université dans la personne de Mgr. l'archevêque de Québec, son visiteur, et que cela devait suffire.
Le tour était joué et finement joué. Les messieurs du Séminaire de Québec avaient tout et ils n'avaient rien sacrifié. Ils avaient d’abord obtenu le concours de tous les évêques de la province pour la fondation d’une université, dont eux seuls seraient les directeurs et les maîtres. Ils avaient ensuite le moyen, s’il s'élevait plus tard des difficultés, de pré-
senter les choses de façon que le service, que leur avaient rendu les évêques en signant la supplique à Rome et la pétition à Londres, fut regardé comme une pressante sollicitation de fonder une université. La conclusion, qu'ils tireraient de pareilles prémisses, seraient que les évêques, les ayant en quelque sorte forcés de s'imposer des sacrifices pécuniaires énormes pour la fondation de cette université, sont tenus en honneur et surtout en conscience de leur conserver le monopole de l’enseignement universitaire.
L'autorisation qu'ils avaient sollicitée à Rome leur fut accordée, de même que la charte qu'ils avaient demandée à la Reine d'Angleterre. Cette charte porte la date du 8 décembre 1852. Ils donnèrent le nom de l'Université Laval à leur institution et se mirent de suite à l'organiser. Ce qui montre combien ils avaient peu l’idée de l'œuvre éminemment catholique qu'ils entreprenaient, c’est que tout d’abord, spontanément sans y avoir été provoqués d'aucune manière, ils invitèrent quelques protestants francs-maçons de la ville de Québec à occuper des chaires de professeur dans leur université ; c’est qu'ensuite, voulant perfectionner de jeunes ecclésiastiques dans l'étude des sciences et des lettres, afin d'en faire des maîtres habiles, ils les envoyèrent étudier à une mauvaise école de Paris, à l’école des Carmes qui était à la remorque de l’Université de Paris.
Il est vrai que, quelques années plus tard, les prêtres du Séminaire de Québec envoyèrent à Rome d’autres ecclésiastiques, notamment M. Benjamin Pâquet, qui y est retourné plus tard comme chargé d’affaires, pour y étudier la théologie et le droit canonique. Mais il est arr'vé que ces ecclésiastiques, se sont par malheur laissés circonvenir au Séminaire français par un certain abbé que Mgr. Dupanloup, MM. les comtes de Falloux et de Montalembert avaient envoyé là tout exprès pour recruter d’une manière clandestine des adhérents à la cause libérale. Cet abbé français, M. Maynard, réussit pleinement auprès des ecclésiastiques québecquois qui, après trois ans de séjour à Rome, revinrent au pays avec des idées bien différentes de celles qu'ils auraient dû avoir.
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Les cours, excepté ceux de théologie, d'écriture sainte, de droit et d’histoire ecclésiastique qui n’ont d'existence que depuis ces dernières années, s'organisèrent à l'Université Laval comme ils se seraient organisés dans une société de pures rationalistes. Médecine, droit civil, sciences et philosophie, tout fut enseigné au simple point de vue de la matière ou de la raison. Descartes régnait en philosophie, Pothier, malgré ces nombreuses et graves erreurs, était l'oracle du droit civil, et les auteurs matérialistes les plus impies étaient ceux qui étaient mis aux mains des étudiants en médecine.
Outre Pothier, les élèves de la faculté de droit devaient consulter, sans distinction, Demolombe, Trolong, Ferrières et Desmarais. Aux étudiants de la faculté de médecine les professeurs recommandaient l'étude de F. de Niemeyer, de Flino (Austin), de Bechard, de Churchill, de P. Cazeaux et de Thomas Watson.
Les Messieurs du Séminaire de Québec croyaient que tout allait à merveille à l'Université Laval, sous le rapport religieux, parce que les jeunes universitaires, qui s'éjournaient au pensionnat de l'Université, étaient obligés par la règle d'assister à la prière du matin et du soir, à la grand'messe et aux vêpres les jours de dimanches et de fêtes.
Grands admirateurs de Mgr. Dupanloup, des comtes de Falloux et de Montalembert, du Correspondant de Paris et de la Gazette des Villes et des Campagnes, ils avaient une horreur extrême pour les écrits de Louis Veuillot, de Dom Guéranser, de Mgr. Gaume et autres de l'école catholique de France. Autant qu'ils le pouvaient, ils tâchaient de communiquer à leurs élèves leurs impressions et leurs sentiments. Ils se confirmèrent davantage dans leurs idées, lorsqu'ils les virent professées par les ecclésiastiques qui leur revenaient de Rome, couronnés du bonnet de docteur.
M. STREMLER AC SEMINAIRE DE QUEBEC. — PREMIÈRE PERSECU- TION CONTRE LES PARTISANS DES SAINES IDÉES.
Dans l'automne de 1861, arriva au Séminaire de Québec,
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sur les pressantes invitations de M. Taschereau, archevêque actuel, un prêtre français, originaire de Metz, M. Stremler. Il avait fait d'excellentes études théologiques en France d’abord, puis il avait ensuite étudié à Rome pour se perfectionner, et, ses études terminées, il avait été employé trois ans à la Congrégation du Concile de Trente.
Ce M. Stremler était aussi pieux que savant. Il avait été pendant quelque temps le collaborateur de M. l'abbé Bouix, qui a publié des ouvrages si justement estimés, en particulier sur le droit canonique. Il était lui-même l’auteur d’un Traité sur les Peines Ecclésiastiques, ouvrage que l'on trouve aujourd'hui cité par tous les meilleurs auteurs au Chapitre des Censures. Après Dieu, M. Stremler n’aimait rien tait que la sainte Eglise romaine, dont il ne parlait jamais qu'avec les plus vifs transports.
M. Taschereau l'avait connu à Rome où il avait passé deux ans avec lui, et c'était M. Stremler qui l'avait aidé à préparer ses examens sur le droit canonique.
A l'ouverture des cours, après son arrivée au Canada, M. Stremler fut installé professeur de théologie au Grand Séminaire de Québec. Pendant les quatre années qu'il y professa, il fut tout entier à cette pensée : faire aimer pardessus tout Dieu, lu sainte Eglise catholique et la vérité qu’elle enseigne. Malgré sa profonde humilité, il ne tarda pas a être connu et apprécié comme il méritait de l'être. Tous les séminaristes lui portaient la plus haute estime et la plus sincère affection, et les prêtres du diocèse de Québec le consultaient comme un oracle. Mgr. Baillargeon lui-même, le prédécesseur de Mer. Taschereau, avait en lui la plus grande confiance et aimait à prendre son avis dans les affaires difficiles.
Les manières de voir de M. Stremler ne pouvaient être, sur un grand nombre de points, qu'en désaccord avec celles des Messieurs du Séminaire de Québec, qui ignoraient nombre de choses très-importantes à savoir et qui savaient mal la plupart de celles qu'ils avaient étudiées. Comme ils ne pouvaient se résigner à croire qu'ils fussent ignorants et imbus d'idées fausses, ils accusèrent M. Stremler d’être un
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exagéré et un brouillon qui voulait tout bouleverser au profit d'idées nouvelles. De plus, l'estime, dont ce Monsieur jouissait à si juste titre, blessa la vanité personnelle de certains d’entre eux. M. Taschereau lui-même se montra plus que froid à son égard et disposé à entendre toutes les plaintes qu'on pouvait formuler contre lui, mais non pas à accepter ce qu'on allèguerait en sa faveur.
Une véritable et très-inique persécution fut alors organisée au Séminaire de Québec contre M. Stremler, afin de le punir d'avoir des idées franchement catholiques et d'être un savant entre les savants, comme l'avait dit M. Taschereau luimême. Ce fut M. Chandonnet, prêtre du Séminaire de Québec dans le temps et qui vient de mourir misérablement, après avoir passé plusieurs années dans une profonde dégradation, ce fut lui qui eut le triste honneur d’être le principal auteur de cette persécution.
Les idées de M. KStremler ne pouvaient pas cadrer avec celles des Messieurs du Séminaire de Québec, qui ne juraient que par les chefs de l’école libérale de Paris. Ils lui firent donc un crime de ne pas admirer Mgr. Dupanloup et les autres de cette école; puis, ils l’accusèrent d'être gaumiste et tradilionaliste, c'est-à-dire de partager les opinions de Mgr. Grau. .e, de Dom Gruéranger, de Bonnetty et de Louis Veuillot. Ils prétendirent enfin, et M. Taschereau le dit avec amertume à un jeune prêtre du Séminaire, que M. Stremler en émettant les idées qu'il professait relativement à l’éducation de la jeunesse, au libéralisme et à la philosophie cartésienne, attaquait l’enseignement de la maison et qu'il ruinait l'autorité des directeurs de cette maison. Ils en conclurent qu'il était urgent de le mettre à la porte.
En effet, ils le chassèrent ignominieusement, comme ils avaient chassé deux mois auparavant un autre professeur, ami de M. Stremler, pour avoir dit à ses élèves que les grands hommes du paganisme n'étaient que des pigmées en présence des grands hommes du christianisme, les saints. Il avait ajouté que la véritable grandeur s'apprécie d’après la ressemblance plus ou moins parfaite avec Jésus-Christ, le
type et le modèle des vrais grands hommes ; qu'en conséquence on ne pouvait guère espérer de trouver cette grandeur dans le paganisme, qui n'avaient été que le règne des trois concupiscences. |
Ils l'avaient chassé en lui reprochant d'avoir attaqué par ces paroles le système d'enseignement du Séminaire, puis d'avoir tenu un language indécent devant ses élèves. Nommer les concupiscences ! quoi de plus propre à leur donner de mauvaises pensées ! Et Mgr. Horan, évêque de Kingston, qui avait vécu de longues années au Séminaire de Québec avant sa promotion à l’épiscopat, disait à Mgr. Baillargeon, au sujet de ce prêtre, M. Désiré Vézina: ‘ Si j'eusse été à votre place, je l'aurais interdit. ”
De prime abord ces faits paraissent incroyables. On serait même tenté de croire que nous les inventons à plaisir. Mais lorsqu'on se met au point de vue du Séminaire de Québec, on ne fait plus difficulté de les admettre. Penser autrement que les directeurs de cette maison, lorsqu'on vit sous leur dépendance, est un acte d’insubordination tel qu'il n’y a que les peines les plus graves qui puissent le punir.
Triste aberration, en vérité! Au moment où ces Messieurs sévissaient avec tant de rigueur contre deux prêtres pleins de zèle pour la sainte cause du bien, ils s’acharnaient à garder comme professeurs de leur Université des libéraux, des protestants et des francs-maçons ! Comprenne qui pourra.
LA QUESTION LES CLASSIQUES .— BROCHURES ANONYMES. — BRO- CHURES SIGNES ‘ GEORGE ST. AIME. CIRCULAIRES DE MGR BAILLARGEON. — ON EXTORQUE UNE CONDAMNATION DE ROME.
Au temps où M.M. Stremler et Vézina furent chassés du Séminaire de Québec, il y avait plusieurs autres prêtres de cette maison, en particulier M. Alexis Pelletier, qui, d'après les idées reçues de M. Stremler et d’après les études faites au point de vue vraiment catholique, se convainquirent que la
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