‹ La source minérale gallo-romaine de Coren et son trésorChapitre 1 sur 4 · TA · texte numérisé non relu

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DE COREN

titL «Itnaf Ion. — Le nom. — Coren station ecltlqne.

Coren, dans Tancien Brivadois', au point culminant du bassin de la Garonne, aujourd'hui rhef-lieu de commune du canton nord do Saint-FIour, à cinq kilomètres de cette ville, est un pittoresque village juché sur le sommet d'une montagne qui surgit isolée entre deux ravins, à rextrémitc de la chaîne de la Margeride. Situé sur la limite môme des comtés carlovingiens de Brioude et de Talende qui avaient été vraisemblablcunent taillés sur deux circonscriptions celtiques différentes, sa situation fut toujours un point stratégique. Poste frontière dans les origines, puis membre de la grande terre de Mercœur formée sous les derniers carlovingiens, dont il protégea les marches aux dixième-treizième siècles, il fit partie, pendant la guerre de cent ans et

1 — Le conilé (lo Brioml(î (nouvièiini et «lixième siècles) confinait par le sud : au comté de Talende, subdivision comme lui du comté d'Auvergne, et au comté de Gévaudan. Sa limite séparative d'avec le Talende, qui n'a jamais été indiquée, parlait (h la vallée d'Allagnon, franchissait à Pierrefîtte (commune de Talizat) le faîte commun des doux bassins de la Loire et de la Garonne, longeait la rive gauche de l'Aude à Textrémité sud-ouest de la commune de Coren, passait au pont du faubourg de Saint-Flour en laissant la ville et le faubourg au comté de Talende, suivait à peu près la rive gauche de la Trucyre et rejoignait le Gévaudan à Faverolles, canton de Ruines, arrondissement de Saint-Flour, lequel lieu de Faverolles était Gabalitan.

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les guerres de religion, de celle ceinture de quarante forteresses qui défendaient les approches de l'imprenable place de Saint-Flour qualifiée par Jean de Berry, par les rois Charles V, Charles VI et Charles VII de c l'une des plus fortes places du royaume f et « de clef de la France du côté du Languedoc*. »

Ce poste, qui a les apparences d'un oppidxdum et sur le territoire duquel ont été trouvés divers objets gaulois, est entouré de vestiges et de monuments celtiques de tous les côtés. Au sud, les tombelles de Mons où furent découverts, il y a sept ou huit ans, entr'autres objets, un beau glaive gaulois et plusieurs dextrochères ; au nord, le menhir, dont le nom seul est resté dans le Petra ficta d'une charte d'Etienne de Ëonnac, chevalier, de 1060-1069*; à l'ouest, les dolmens encore debout de Bardon et du lieu de Vaids, A Vaul, A Pmd, A Vend, commune de Coltines ; le plateau de Sdint-Flour, l'ancien Indiciac^ où l'on a trouvé parmi d'autres témoins de l'occupation gauloise, un statère d'Epadnact au fond d'une cave creusée dans le roc, complétait la circonférence. Le principal ruisseau qui baigne le pied de la montagne de Coren se jette , j)rès de là , dans la rivière

1 — Archives municipales de Saint-Flour, chap. I, art. 1 à 3; chap. III, art. 1, n<> 2; chap. X, titre I, n«> 14, etc.

2 — Charte 895 du Gartulaire de Sauxillanges. Aujourd'hui Pierrefitte* commune de Talizat.

3 — ïndicti ac; le lieu de l'indict, de Tindiction; celui où s'assemblent les chefs pour répartir Fimpôt. « Indire la taille^ la taille indite b sont des expressions qui reviennent à chaque instant dans les comptes consulaires de Saint-Flour des quatorzième et quinzième siècles écrits en langue nationale, et qui sont d'un usage courant même dans les ordonnances royales du quinzième au dix-soi)tième siècles, [ndicire a le même sens en latin ; peutnHre avait-il un analogue dans la langue celtique, sœur du latin. Indiciac a été de tout temps un lieu important du pays. Son existence gauloise et gallo-romaine est prouvée surabondamment, quoi qu'on ait dit M. Paul de Chazelles (Dict. du Cantal, verho Saint-Flour). L'étymologie tirée de indicium dont on a fait fanal, et qui supposerait un phare à Saint-Flour pour guider les malheureux voyageurs égarés, est une étymologio fantaisiste digne du seizième siècle; Saint-Flour est dominé de tous les côtés par dos sommets plus élevés d'où le prétendu phare aurait été mieux vu. Elle n'en a pas moins cours, et chacun répète le prédécesseur, sans critique.

do l'Ande qu'on appelle Landaire dans le pays , mais dont le nom primitif Ande s'est transmis intact depuis le moyen-âge jusqu'au dix-huitième siècle*. Les villages qui l'entourent paraissent, comme lui, dans les documents, aussitôt qu'il y a des documents écrits pour la région, aux environs de l'an 900*. Presque tous portent des noms celtiques, tels que Talizat, Andelat, communes limitrophes, Coltines, Bardon, etc..

Le nom de Coren est lui-même celtique ; sa racine est Com^. Il se reproduit aux deux extrémités opposées du comté de Talende. Corent, chef-lieu de commune du canton de Veyre-Monton , oppidum gaulois aussi beau, aussi vaste et de même forme que celui de Gergovia, — grand cône tronqué et allongé dominant le cours de l'Allier — est célèbre parmi les archéologues et les marchands d'antiquités comme la mine la plus féconde d'Auvergne en objets celtiques. Ce qui s'y est découvert de vases, de poteries, d'armes, de briques, de monnaies, de fibules et d'orne-

1 — Lenda, Landa^ Anda, Lande , Ande dans les titres des treizième et quatorzième siècles au Cartulairc inédit de Saint-Flour que nous avons BOUS les yeux. And * eau » en celtique, est avec or et auz, ses synonymes, la racine la plus répandue dans les noms des cours d'eau d'Auvergne. — Eyre signifie aussi rivière.

2 — Villa Vendagîa en 924 (Charte 16 du Cartul. de Brioude) : Vendèze, commune de Saint-Flour. Villa quœ dicitur Vendecia^ Haut- Vendèze, commune de Fournols, aujourd'hui de Rezentières, au-dessus de Coren, nommé en 946 avec Fournols et les deux Espcsses , la vieille et la nouvelle : In Speciolasmansos.... et inaliaSpeciolamansos... (Ch.281, Cartul. Br.). — VilladeSpinassia, TEspinasse, commune de Coren en924 (Ch. 16, ibid.j. — Talaisago et Talwiïciaco au dixième siècle. Talizat (Vita S. Geraldl; fragra. des Tables du Cartul. de Brioude ; Baluze , maison d'Auvergne , I , in fine). — Andalhac au Cartulaire de Saint-Flour, c'est-à-dire « le lac de l'Ande; » Andelat domine, en effet, un bas-fond, où le ruisseau étalait naguère la nappe d'un lac, d'un étang ou d'un marécage. Peut-être est-ce le mansus de Andaliaco de Ja 32"°"® Charte du Cartulaire de Conques de 1030- 1061, nommé aussi AndidLiago à la môme époque (Ibid., ch. 190); car l'abbaye de Conques possédait alors beaucoup de terres à Roffiac, Andelat, Tanavclle, Ussel, Valuéjol, Molompise et autres environs de Saint-Flour.

3 — Qui se reproduit dans Corn wailles ; dans Corno , Cornon , station celtique sur les bords de l'Allier en face de Gergovia ; dans Corn , commune du canton de Livornon, arrondissement de Figeac (Lot), station celtique aussi munie de balmes, dont le nom s'écrit Corno dans une charte du mois de mars 1007 (Ch. 325, Cartul. de Conques).

ments gaulois , vendus , la plupart du temps , comme provenant de Gergovia , est inouï. Il existe un autre C4oren dans la Haute-Loire, situé aussi sur une hauteur et où on aurait rencontré aussi, nous dit-on, divers ol)jets ccltiques^

Pour le distinguer du Coren du Bas-Talende, les documents c^rlovingiens attestent qu'on appelait celui de la montagne de Saint-Flour Coren-le-Haut ou le Haut-Coren : Villa q\iœ dicilur Alto Coreno; ainsi est-il nommé au mois de juillet 924 par Tarchipretre Jean et par Arnald, évoque d'Auvergne , cofondateurs do Téglise de Saint-Julien de Chanet (canton d'Allanche), près de Moissat et de Mardogne, en face de Talizat. L'évèque donna pour doter cette église « la moitié des dîmes du village du Ilaut-Corcn j , la dîme de la Brousse (commune de Coren); une partie de celle de Vendèze et de Lespinasse près Coron ; de Sévérac (commune de Moissac) et de Mardogne*, à peu de distance de Coren ; et la dîme de divers villages de la viguerie de Chaliers^

L'église de Coren, Ecclesia Sancii Pétri de Coren, est mentionnée dans une bulle du pape Lucius III, du 4 avril 1185, avec celle de Saintc-Mario-Matleleine de Clavières , de Saint- Julien de Chanet et do Saint- Victor de Massiac, comme dépendant de l'abbaye de Blcsle*. Saint Pierre est toujours le palron de la paroisse.

1 — Lo feu (Ici mas de Coron cii 1179 (Cartiilaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem du Velay. Ghassaing. Page 27. 1888). Aujourd'hui Courent, commune de Beaux, canton de Loudes, arrondissomont du Puy.

2 — Mar dun « la montagne du marais. » L'Ancienne Auvergne, reproduisant le bon Audigier, dont l'excuse était d'écrire au dix-septième siècle, a voulu voir dans ce nom la réunion de ceux de Mars et de Diane ! Tous les Mardogne sont dans la même situation topographique , sur une hauteur dominant une plaine autrefois marécageuse , inondée ou inondable. Au Mardunia qui domine Neussargues entre Coren, Allanche et Murât; au Podium Mardogniœ ou Mardunie de Gergovia qui domine l'ancien lac de Sarliôve (Cartul. de Sauxillangcs) , nous pouvons ajouter la 7?oca Mardune du comté de Sistoron, ainsi nommée au oiizième siècle (Charte 327 du Cartulaire de Conques).

3 — Charte 16 du Cartulaire de Brioude.

4 — Spicileghim Brivatense, Ghassaing, juge au Puy et archivistepaléographe, page 20.

Etienne de Coren vit en 1124-1150^ Une charte romane de 1201 nous donne lo nom en langue nationale; il y est question d'un grand chemin qui traversait ce petit oppidum ou en longeait la base : Lestrada de Coren^.

Après cette époque, les temps sont infiniment trop récents pour nous offrir de Tintérêt. Le nom celtique de Coren est fixé ; les villages de la région ne sont pas des colonies, des villages modernes ; ce sont de vieux villages, des groupes primitifs. Presque partout où nous les voyons aujourd'hui, les huttes des montagnards gaulois s'élevaient au moment de la conquête romaine. C'est tout ce que nous avions à demander aux documents écrits.

Les Sources minérales de €oreii.

Coren a une fontaine minérale appelée, dans le langage du pays, Font salade, à cause du goût salin de ses eaux. C'est le nom réservé en Auvergne aux sources de cette nature; témoins la Font salade de Vie, ancien nom de la fontaine minérale^ la Font salade de Prunet, la Font salade de Jaleyrac, la Font salade de Tournemire , les Salet, de Saint-Julien de Jordanne, de la Besserette, un autre dans le canton de Chaudesaigues. La source minérale du Salet, de la commune de Courpière (Puy-de-Dôme), prouve que l'expression était générale en Arvernie haute et basse. La fontaine de Coron porte un deuxième nom plus expressif encore : la Font de vie, lieudit qui figure au cadastre.

1 — Archives départementales du Puy-de-Dôni'3. Fonds Chapitre cathédral. Armoire XVIII, sac A, cote o. Il est possible qu'il s'agisse de Coren en Basse-Auvergne.

2 — Tablettes historiques de V Auvergne, 1841. Planche IL Traité de Robert Dauphin et d'Aimon II de Brossadol (Broussade, commune de Saint-Georges, canton nord de Saint-Flour) , château détruit pendant la guerre de cent ans.

3 — Arch. du château de Comblât. Inventaire. Acte de 1502 constatant que Jean de Montamat, seigneur de Polminhac, a des cens à Cambon, Salvaroque (au-dessus de la fonfcainc minérale), Peyreleyre et Fonsalade,

Ce serait les fontaines qu'il faudrait dire. Les sources minérales de Coren se composent d'une multitude de veines qui, s'élançant des entrailles du sol, se font jour dans le lit même du ruisseau dit de Colsac, de Vendôze ou de la Roussière, à 800 mètres du village. La principale gerbe jaillit à 10 ou 12 mètres du MoiUin de Coren, dans un gué qui franchit en ce point le peu profond ruisseau. Deux griffons seulement, distants de 0'"20 l'un de l'autre, ont été captés. Mais, à côté de la prise d'eau construite pour les recueillir, en 1886, nous avons compté vingt-quatre autres naissants d'eau minérale dans le lit du ruisseau , sur un espace de 6 à 8 mètres autour de cotte construction. Ils projettent leurs bouillons du fond à la surface et plusieurs émergent à 02o*, Oo0<5 et 1 mètre de la petite bâtisse qui abrite une faible partie de ces sources abondantes. Il y en a une multitude d'autres en amont et en aval sur environ 200 mètres de longueur. Partout elles accusent leur présence par de grosses bulles de gaz qui viennent crever à la surface de la nappe d'eau.

Les deux seuls naissants captés ont un débit de 11 litres à la minute à leur point d'émergence ; si les innombrables autres naissants réunis ne représentaient qu'un volume à peu près cinq fois plus fort, ce qui est, suivant toute apparence, fort au-dessous de la vérité, les sources minérales de Coren auraient un débit de 1 litre à la seconde, soit 86400 litres par vingt-quatre heures.

Les sources minérales les plus rapprochées sont celles de Montchanson, commune de Faverolles et du Terran, près du château de Longevialle , commune de Chaliers , de 20 à 26 kilomètres de là*.

1 — La source abonrlante et salutaire de Montchanson, propriété communale, a été Tobjot pendant ces dernières années d'une tentative d'exploitation qui aurait pu réussir plus sagement conduite; elle a donné lieu, entre le nommé Pcllogry et un droguiste de Paris , associés pour la lancer, à un procès que Tautcur a eu à juger au cours de 1889,

Composition des eaux. — Effets enratlfs aetaellement

La commune de Coren a fait analyser en 1887 les eaux de ses sources minérales au laboratoire officiel d'Alger, dont le directeur était connu du maire ; et voici le procès-verbal qui fut dressé de cette analyse :

MINISTÈRE DES TRAVAUX PUBLICS — SERVICE DES MINES Déparlement d'Alger. ■— Laboratoire de chimie d'Alger.

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