ap. J-C
TriCM4uH>-«tlI«iiMN
AugllRle
Agrippa
Tilicro
Caligula
Claude
N6ron
Vespasicn
Titus.
Domitien
Nerva
Trajan
Sabine, l^fcTfijii.
Afirion
Antoninift Pieux.
Faustinft,n"nii.
Aurolius Verus. .
Marc-Aurèle
Mal lisibles
Illisibles.. .
Totaux, ,,,,
J'ai eu recours, pour la lecture de ces monnaies, à notre aimable et savant compatriote, M. Emmanuel de Vaissière, ancien sous-préfet, habile numismate et collectionneur heureux. Je le remercie de son concours*.
2» Huit bracelets ronds de fillettes en fil de laiton de cuivre extrêmement ténu; les uns fermés, les autres ouverts et amincis aux deux extrémités très-rapprochées Tune de Tautre, bout à bout, à la façon gauloise. Le plus grand des bracelets fermés à 0™06 de diamètre seulement. Les ouvriers m'ont déclaré que n'ayant attaché aucun prix à ces morceaux de laiton sans ornements, ils ne sont pas sûrs le moins du monde qu'il n'y en eût pas d'autres dans le fond. Le moindre flot en eût enlevé des cinquantaines sans qu'il y parût. Ces ornements sont celtiques ; mais ils existaient encore dans les campagnes, en grand nombre, à la fin du premier siècle avant Jésus-Christ, et au premier siècle de notre ère. Nous ne sachons pas qu'on en ait trouvé en Auvergne dans les trésors ayant date certaine après le troisième siècle.
3^ Deux statuettes au moins en bois de hêtre , très-grossières, fendues en deux dans le sens de l'épaisseur, de 0"'22 de haut sur 0™08 ou 0'"09 de largeur moyenne. Les ouvriers, qui les prirent pour deux bons saints avariés, les jetèrent sur le bord du ruisseau; je n'ai pu en rattraper qu'une. Elle représente un être humain à face imberbe et bouffie, entièrement enveloppé dans une sorte de robe , de chemise ou de lange sans manches, tombant jusqu'aux pieds qu'elle recouvre, et montant jusqu'au double menton sous lequel le vêtement fait des plis ; à peine distingue-t-on à un pli la place du bras gauche ; l'épaule marque du côté droit. La coiffure ressemble à une barrette de moine, à une capuche de vieille femme ou à un bourrelet d'enfant. Tout compte fait, la figure
1 — M. Ulysse Chabrol a bien voulu se charger d'offrir mon modeste dou au musée de Clermont'dont il est le conservateur, et de lui faire aménager une case. M. Cirice Teillard-Chambon a bien voulu se donner la peine de présenter et de lire cette notice à l'Académie au nom de Tabsent. Le cousin, l'ami et le collègue leur renouvelle ici tous ses remercîments.
me paraît représenter un poupard entouré de ses langes plutôt qu'autre chose. La statuette que j'ai mesurée et dessinée, était revêtue complètement d'une patine couleur de soufre ; jamais le hêtre n'eût résisté à la décomposition sans ce dépôt.
4^ Un petit coq en terre blanche de 0™06 1/2 de haut, placé sur un pied rond , quelque peu détérioré, ce qui l'a sans doute empêché d'être vendu. Il y a des raisons de supposer qu'il y en avait d'autres plus complets.
^^ Un petit couvercle de lampe de bronze. La lampe devait y être aussi assurément, et môme en bon état, ces objets-là se conservant sans peine. Le glissement, hors de ses gonds, de la petite fiche qui servait de charnière au couvercle a fait détacher ce couvercle ; mais l'ustensile lui-même qu'est-il devenu ? Où est-il allé ? A Paris, sans doute, avec les monnaies les meilleures.
6^ Une mince rondelle de cuivre de 0"*10 de diamètre régulier, percée au milieu d'un trou d'un demi-centimètre. La destination de cette palette ronde reste à déterminer. Peut-être était-ce un jouet.
7° Une très-grande quantité de noisi^ttes et de noix, plus de cinquante, peut-être une centaine, mêlées aux sous, admirablement conservées sous la gangue jaune dont les substances minérales les ont revêtues. Dans les unes, on entend ballotter le fruit sec ; dans d'autres, on trouve, après les avoir cassées, l'amande diminuée par la dessication ; mais les enveloppes n'offrent aucun signe de pourriture. Noix et noisettes, noix surtout, sont extrêmement petites. Le noyer commun passe pour être originaire des bords de la mer Caspienne, mais il fallait qu'il fût acclimaté depuis longtemps dans les Gaules pour avoir été implanté jusque dans le cœur des montagnes d'Auvergne, sous un climat qui lui convient si peu, au moment de la conquête romaine. La rudesse du climat avait réduit son fruit aux dimensions dégcnéré(?s que nous lui voyons dans les échantillons de la fontaine de Coren. Le noyer ne vient pas à Coren même, ni sur le plateau de Talizat. Les premiers que l'on trouve sont dans la vallée d'Allagnon et le canton de Mas-
Quelques-uns des Objets trouvés dans la source minérale de Coren. mêlés aux monnaies romaines.
demi -grandeur
Noix et Noisettes
grandeur Tiaturelk ^
Bracelet d' Enfant (Grandeur naturelle).
Grandeur naturelle.
Grandeur naturelle.
XUVAtt/.él M^n-MU. fJT
siac où leur fruit est peu volumineux. Quoi qu'il en soit, il est certain maintenant que le montagnard d'Auvergne cultivait la noix, et la voici bien telle qu'il la possédait il y a dix-huit siècles : vingt-deux millimètres de diamètre en moyenne.
8® Un marteau à tête de fer et à manche de bois, fait comme les nôtres, un peu plus épais de forme, avec les dents plus recourbées, semblable en tout à un outil du même genre retiré du puits gallo-romain du Peschin, à Néris, avec toute une collection d'ustensiles de menuisier et de vases du troisième siècle. Le manche de bois était pourri. L'instrument avait déjà servi, une des dents est écornée à la pointe. Il a dû tomber là par accident , lorsqu'on a fixé le cadre supérieur du puits. L'ouvrier, des mains de qui il est échappé, a juge les efforts à faire pour le repêcher disproportionnés avec la valeur de l'objet. A moins qu'il ne soit l'ex-voto d'un charpentier gaulois , ce qui est fort possible.
9^ Les débris de quinze à vingt vases différents au moins, les uns en poterie fine, dite Samienne, grisâtre et vernissée, ou rouge vif et vernissée aussi sur les deux faces, avec dessins en relief représentant des serpents, des quadrupèdes ou des guerriers, peut-être les douze signes du zodiaque ; les autres, en terre plus grossière. Parmi ces débris, on distingue ceux d'une jolie petite coupe d'enfant de O'^IO de diamètre , très-basse , en poterie rouge , ornée d'arabesques le long du bord supérieur, qu'un cordon perlé sépare de la panse où figurent des animaux en relief. Un des petits vases gris-blancs avait un goulot allongé et fort étroit. Ces poteries à type très-connu devaient venir de la fabrique de Lezoux (Puy-de-Dôme), l'une des plus considérables de l'ancien monde, qui exportait non seulement fort loin dans les Gaules, mais hors des Gaules, en Italie et dans la Grande-Bretagne. Elles peuvent dater du deuxième siècle. Banassac, dans la Lozère, fabriquait aussi des poteries du même genre, mais moins belles. Le vernis intérieur de la cupule de Coren était intact, néanmoins on reconnaît aux éraillures des reliefs extérieurs, qu'elle avait servi et même assez longtemps avant d'être dé.
posée dans les eaux de la source. Le plus grand des ustensiles en poterie est une assiette ou soucoupe plate dont le pied avait O'^OO de diamètre et le pourtour 0"'23; ce n'est qu'en le reconstituant à l'aide des courbes du petit morceau qui m'a été remis que l'on peut le dessiner en entier, car, pour lui comme pour les autres, les neuf dixièmes de la pièce font défaut. Les divers récipients ont trois caractères communs : à l'excxîption d'un ou de doux, ils ne sont que de la vaisselle vulgaire, supérieure, à coup sûr, en élégance et en qualité, à celle qui la remplace aujourd'hui , mais enfin de la vaisselle de village. Ils n'étaient pas neufs quand ils ont été placés dans la cuve. Sauf un, tous les autres offrent des proportions minuscules ; c'est de la vaisselle d'enfant.
10*^ Les débris d'une petite fiole de verre, vert foncé, fort ressemblant au verre de nos anciennes bouteilles de litre, mais d'une dimension exiguo ; son fond n'avait pas plus de 0"*05 1/2 de diamètre mesuré extérieurement.
11® Des débris de tuiles et de briques à rebords rougeûtres et grisâtres qui paraissent d'une pale semblable à celle des objets fabriqués avec la terre d'une tuilerie exploitée près de Coren. Ces débris devaient provenir du revêtement extérieur en maçonnerie que les eaux ont peu à peu démoli. Le ruisseau de Colsac, comme ses pareils de la montagne, se transforme volontiers en torrent ; sous le poids des orages ou de la fonte des neiges, il a du bousculcT et désagréger peu à peu la gaine de maçonnerie dont le puits était entouré. On n'a retiré qu'une brouettée de morceaux de tuiles à rebords et de briques plates, le reste a été employé dans la construction moderne par les ouvriers qui me l'ont déclaré , ou a été entraîné par les eaux.
Cette construction de 1886 est un petit pavillon de 2 mètres sur 2" 50 environ, en maçonnerie de briques avec mortier de ciment dans la partie inférieure, en maçonnerie ordinaire avec mortier de chaux hydraulique dans la portion supérieure, dont les fondations sont assises sur le revers de l'entonnoir
creusé par les Romains dans le rocher et qu'on a utilisé. Elle isole les deux jets d'eau minérale et les conduit à une hauteur supérieure au niveau du ruisseau, dans une niche recouverte d'une toiture et s'ouvrant par devant comme une armoire, où l'on peut puiser commodément.
A peine la source était-elle ainsi captée, qu'il s'est vendu 3500 litres environ par an, en 1887 et 1888, dans le pays et dans un périmètre ne dépassant guère Saint-Flour, à 005 c. le litre. Avec de la publicité, les eaux de Coren parviendraient à la notoriété qu'elles méritent. Un temps viendra , il le faut espérer, où la commune sera obligée de capter les autres naissants pour suffire aux demandes. Il est fort probable qu'on trouvera alors d'autres puits, d'autres cuves, renfermant d'autres curiosités.
DlvlnLHatloii et enlte de la source de Coren. Le culte d* Apollon dans le pays.
Aucun doute n'est possible sur l'origine du trésor de la source de Coren ; il est composé d'offrandes à la nymphe ou plutôt au dieu de la source; car les autres divinités de sources connues en Auvergne étant généralement des dieux et non des déesses, il est à croire qu'à Coren il en était de même.
L'homme qui eût voulu cacher son magot ne l'aurait pas déposé dans un lieu ouvert, public, très-fréquenté, exposé au recurage, désigné plus qu'un autre aux investigations des envahisseurs, où il aurait pu enfin se trouver mêlé aux offrandes des buveurs d'eau. Et si, d'aventure, il avait commis cette folie, son dépôt serait composé en majeure partie de monnaies contemporaines du dépositaire-; c'est-à-dire que les pièces les plus récemment frappées seraient les plus nombreuses ; or, à Coren, c'est le contraire. Les monnaies les plus récentes ne s'y rencontrent que par unités, tandis que celles des premiers empereurs , Claude et Domitien par exemple , sont au nombre de 31. De plus, Téchelonnement dans les dates indique
1 — Hist. nat., lib. XXXI, cap. 2.
2— Ann,y lib. I, cap. 79.
3 — In Octavio,
4 — In Apologetico, cap. 24.
5 — Nom primitif de Clermont qui signifie, en langue celtique, temple, lieu, centre de culte. D'où Augusto-Nemetum^ lorsque Auguste eut pris cette ville sous sa protection et en eut fait une colonie romaine.
6 — Fouilles du puy de Dôme. — Il est probable que lorsqu'on pratiquera des fouilles au sommet du plomb du Cantal, on y trouvera également, non pas un temple de Timportance de celui du sommet du puy de Dôme, mais la preuve qu'il y eut aussi, sur ce sommet national, un monument du culte païen, attestant qu'il était adoré. Toute manifestation imposante, mystérieuse ou utile de la nature, recevait les hommages de nos ancôtres;
une série de dons faits sou par sou. Il n'y a donc point de place pour l'hypothèse d'un accident ou d'un dépôt.
La source de Coron était divinisée ; les gens du pays l'ado- ;
raient ; les objets versés dans son sein étaient des offrandes propitiatoires ou des ^c-voto. Ce que nous savons des mœurs j
nationales à ce sujet concorde trop parfaitement avec ce qui 1
se passait à Coren pour permettre aucune autre explication. ]
Je ne m'étendrai que modérément sur ce sujet devenu banal. ;
Les Celtes divinisaient les sources, les lacs et les cours !
d'eau , adorant dans ceux-ci le génie bienfaisant qui leur pro- •
curait la nourriture, et, dans celles-là, la nymphe qui les i
désaltérait. Augent aqiiœ nnmenim deonmi n/yrainibus variis, |
dit Pline en parlant de leur culte pour les fontaines*. Il i
en était ainsi chez presque tous les peuples, et la nation la !
plus civilisée du monde, l'Itahe, dressait, à l'apogée de sa j
civilisation, des autels à ses rivières : A)Yts patriis om/iifeits dicaveritU, dit Tacite au premier siècle*. Les habitants de Cournon, près de Clermont, personnifiaient l'Allier en un dieu dont ils pratiquaient le culte au troisième siècle. Les Arvernes ne se laissaient devancer par personne ni dans le culte de ces dieux particuliers de peuplade et de ces dieux mimicipaux en honneur dans les Gaules, au dire de Minutius Félix^, de Tertullien\ témoins le dieu Wasso adoré à Neimheid'^, le Mcrcnrins aniernus prouvé par textes et inscriptions ; le Merciirius dumiatus ou Mercure du puy de Dùme*; ni dans
le culte des simples fontaines révélé par le grand nombre de Fonts saintes et de Fonts de las Fadas, ou fontaines des fées , répandues dans notre territoire.
Mais par-dessus toutes les autres, les sources minérales fonts salades et thermales chaudes aiguës recevaient les hommages de la piété de nos pères, parce que leurs vertus curatives leur paraissaient être un mystère divin. Pour ne pas sortir de notre région, le bouillon thermal ou gazeux accompagné de son inévitable dépôt de vase, le BORBO ou BORVO, mot celtique d'où est venu le mot français bourbe, était adoré comme un dieu ; on a trouvé la preuve de son culte à Bourbon -Lancy. Il a donné son nom à La Bourboule , à tous les Bourbons et Bourbonnes possibles; tout lieu portant un nom pareil possède des eaux minérales. Le dieu EVAUS ou EVAO, prouvé aussi par inscriptions à Evaux, n'est probablement pas autre que la déesse OVHANiE vénérée dans les Gaules. SILVANUS était le patron local des sources du Mont-Dore, jaillissant au milieu des sombres forêts de pins et de sapins; les inscriptions démontrent qu'il y avait des autels. Néris, dont les étymologistes de fantaisie avaient voulu rattacher le baptême à l'empereur Néron , doit son nom au dieu gaulois NERI dont le culte à Néris est péremptoirement démontré par deux inscriptions romaines sur plaques de marbre blanc, NERIO DEO, qui étaient clouées aux portiques de l'établissement construit au siècle d'Auguste par le duumvir Equester, dit le Cimbre, « flamine des Augustes et du dieu Néri*. j> On peut poser comme une règle générale que toute source minérale ou thermale de quelque abondance était divinisée par nos pères les Gaulois.
On a souvent cité le capitulaire de Charlemagne interdisant à ses sujets des bords du Rhin de continuer d'adorer les fontaines, les arbres et les montagnes, de consulter les devineresses. Non moins connu l'examen de conscience que le prêtre faisait subir aux Saxons de Witikind , au neuvième siècle :
1 — Elles 80 complètent Tune l'autre. Elles doivent être encore dans le vestibule de rétablissement où je les ai vues en 1862.
— € As-tu fait des vœux aux arbres et aux fontaines f > Le même questionnaire aurait pu être utilisé pour nos montagnards d'Auvergne chez qui s'est conservée si vivante la tradition des Fades, devineresses et jeteuses de sort, la croyance aux sorciers et tant d'autres superstitions.
Mais quoi? L'offrande du sou à la source minérale champêtre, en reconnaissance de la guérison obtenue, existe encore en plein dix-neuvième siècle chez le montagnard du Cantal, dans le même département que Coren. Dans la commune de Salins, près de Mauriac, au-dessous du rocher du haut duquel TAuze se précipite pour former la belle cascade qui a donné son nom à cet ancien chef-lieu de viguerie carlovingienne* , il y a une grotte , et dans cette grotte <r unefontaùie druidique^ » pour emprunter aux archéologues qui l'ont décrite la définition qu'ils en ont donnée, à cause du culte dont elle est toujours l'objet. — « On attribue à.cette source des propriétés particulières pour la guérison de la teigne. Lorsqu'un enfant est atteint de ce mal, on le conduit à la source, on lui lave la tête pendant neuf jours, après lesquels le malade est, dit-on, assez ordinairement guéri. Cet usage semble remonter à la plus haute antiquité et témoigne une fois de plus que le culte des Gaulois pour les fontaines n'est pas perdu dans nos montagnes. Les curés de Salins, témoins des bons effets produits par ce traitement, ont placé la fontaine sous la protection de saint Martin*, et les pièces de monnaie que les parents des nuilades y déposait sont recueillies et consacrées à la célébration des messes** . »
La 16™*' charte du Cartulaire de Brioudo signale, en 924, dans les environs de Coren , un mas portant le nom môme
1 — VicariaSàlensis au ix« siècle (Cartul. de Beaulicu). Salins, SailrlenSf Saillant, cascade. Tous les lieux ainsi dénommés ont des chutes d^eau. Rien ne démontre que Salins tire son nom d'une source saline.
2 — L'abbaye de Beaulieu (Corrèze) avait des dépendances dans la viguerie de Salins au ix® siècle, et saint Martin était l'un des patrons de cette abbaye.
3 — Descrip. de la Haute-Auv. Bouillit, 321-322. Ancienne Auvergne, III, 237. --Dict. hislor, duCa7ital,\, 284-285. — iVo^ice sur Salins, De Sartiges d'Angles.
d'Apollon*, sans y rien changer, nom unique en Auvergne et trop spécial pour ne pas provenir du culte rendu dans le pays au dieu que César nous dit avoir été le plus honoré de tous les dieux, après Mercure, dans les Gaules*. Ce mas est, sans doute, celui dit A Vauls, A Vmih, A Voul ou A Pmils^ où se trouve un dolmen, c'est-à-dire un autel celtique, auprès de celui de Bardon. Libre à qui voudra de rapprocher ces deux derniers noms à propos du culte d'Apollon , dieu des bardes ; mais ce qui est plus sérieux, plus positif, c'est qu'Apollon, dieu des nymphes , était surtout dans les Gaules le dieu de la médecine, le dieu invoqué par les malades ; que le coq lui était particulièrement consacré ; et qu'en jetant dans les eaux médicales de Coren, comme ils l'ont fait, des images de cet oiseau sacré, les gens du pays faisaient acte formel de culte à Apollon. On peut, de ces trois faits réunis, conclure, sans trop de témérité, que cette divinité était celle de notre source.
Nous sommes également fixés sur lo mode couramment usité chez nos aïeux pour rendre hommage aux divinités des sources minérales, soit qu'ils voulussent en obtenir la santé, soit qu'ils vinssent les remercier de la leur avoir rendue.
La pauvre pèlerine de Coren qui dépose aujourd'hui son offrande à Notre-Dame de Lescure ou à Notre-Dame de Fridière, le campagnard obligé de traverser la Planèze par la tourmente meurtrière, qui glisse son sou dans le tronc d'un de ces oratoires champêtres dressés sur le bord des chemins aux passages dangereux, ne versent pas leur pièce de monnaie pour les frais du culte ou le soulagement des pauvres ; ils le donnent à un être déterminé , à la divinité menaçante ou secourable, mais plus puissante qu'eux. Le paysan gaulois
4 — Mansus eu jus vocabulum est Apollo.
2 — Deiim niaxime Mei^curium colunt po&t hune Apolunem
et Martem et Jovem et Mlnei^vam : de his eamdem fere quam reliquœ gentes habent opinionem : Apollinem morbos dbpellere. (DeBello galUcOy iib. VI, cap. 18.)
3 — Dont on a fait par la suite Vaidx ou A Vaulx, Le V et le F 8« remplacent dans la langue nationale,
n'agissait pas autrement; il offrait son sou à la nymphe bienfaisante qui pouvait rendre ou qui avait rendu la santé à son enfant.
On a trouvé des sous romains dans les sources de Vichy, de Médague, de Châteldon, de Chaudesaigues , de Vic-sur- Cère, comme dans celle de Coren. Le don des vases à l'Apollon de Coren est dû aux mômes sentiments; il était aussi tr^s-répandu ce don de vases. Un exemple célèbre parmi les érudits est celui des magnifiques vases apollinnires découverts dans la source gauloise qui avait guéri l'opulent donateur. Ils portaient, gravé sur leur panse d'argent, l'itinéraire suivi par ce dernier depuis Rome jusqu'à la station thermale où il avait retrouvé la santé. Un autre exemple?, pris sur la frontière de l'Auvergne, est celui du vase de bronze d'Evaux, retiré du fond d'un puits thermal et sur les flancs duquel « le matelot Firmilis » annonce par une inscription que c'est là son ex-voto de reconnaissance € aux dieux Vimineus et Evaon* ».
L'Apollon de Coren ne recevait pas, lui, des vases d'argent sculptés, comme ceux du patrici(?n de Rome, ni mfime des vases de bronze, comme celui du marin Firmilis; mais des vases de terre, parce que la source jaillissait au milieu de pauvres montagnards arvernes vivant sur sol infertile. Des propriétaires un peu plus riches que les autres offrirent le vase de verre et la cupule samienne.
A quelle époque rentoaleat la première exploitati^B et le eulie de la souree de Gorea.
L'usage médical des eaux de la Font salade ou Font devieel le culte de la nymphe remontent incontestablement aux Gaulois qui connaissaient les qualités de leurs sources avant l'arrivée
1 — Vimineus était, on le sait par Varron, un des 300 surnoms de Jupiter,
des Romains, puisqu'ils les divinisaient et que ces sources portaient des noms gaulois. Il serait inexplicable, sans cela, que tout d'un coup, dès Auguste, on ait vu surgir partout en même temps dans les Gaules des constructions thermales appropriées à l'importance des eaux.
En parcourant les Gaules, pendant ses campagnes, César fut très-frappé du respect religieux des habitants pour les trésors qui reposaient dans les dépôts sacrés; et l'on sait que les dépôts étaient faits dans les lacs et les fontaines sacrées où rien ne défendait de la main des voleurs. Celui qui se serait avisé d'y toucher, dit-il, eût été aussitôt puni de mort avec torture préalable*.
Les Romains professaient un respect systématique pour les dieux particuliers des Gaulois, ce qui leur était facile, vu l'éclectisme de leur religion et l'identité d'origine des deux Olympes. Ce respect ne fut nulle part plus grand qu'en Arvernie, puisque ses habitants furent, avec les Eduens, la nation la plus ménagée par César de tout le continent gaulois depuis la mer du Nord jusqu'à la Province romaine ; qu'il leur rendit leurs prisonniers à la fin de la guerre ; ne leur imposa ni tribut, ni garnison ; qu'il leur laissa leur autonomie, leur indépendance, leurs lois, leurs dieux, leurs temples, leurs municipes, leurs chefs de clan, leurs coutumes ; et que, entrés libres dans le monde romain, ils y vivaient libres du temps d'Auguste, ainsi que nous l'apprend un texte contemporain de Pline : An^erni liheri. Auguste et ses successeurs immédiats n'ont ni créé, ni supprimé de dieux gaulois*; il n'y eut que des monuments de plus. Si donc , la nymphe de Coren est l'objet d'un culte public aussitôt après la conquête romaine,
1 — NcUio est omnium Gallœmm admodum dedita religionibus
Neque sœpe accidit lU, neglecta quisquam religione, aut capta apud se occultare, aut posita tollore auderet; gravissimumque ei rei supplicium cum cruciatu constifutum est. (De Bello gallico^ lib. VI, cap. 16, 17.)
2 — La seule innovation à partir d'Auguste fut de placer dans les dédicaces le nom d'un dieu romain et ordinairement le nom divinisé (VAuguste lui-môme ou des Augustes, c'est-à-dire des membres de la famille impériale, avant le nom du dieu gaulois.
c'est que ce culte existait déjà. II faut le croire d'autant plus que la source mystérieuse se manifestait aux yeux de tous par les innombrables bulles de gaz montant du fond du lit du ruisseau, et que le caractère très-apparent de ce phénomène ne permet pas de supposer qu'elle ait échappé à l'attention des habitants.
Seulement les offrandes du pâtre celte, fruits, jouets ou ornements légers, ont été emportés au fil de l'eau à chaque crue, faute d'un travail de main d'homme emprisonnant toute la nymphe dans ses flancs.
Pendant les soixante-dix ans qui ont suivi la conquête, la face des Gaules fut renouvelée. Les thermes furent considérés par les hommes d'état de Rome comme un moyen de romorniser les peuples conquis. Il y a dans Tacite un texte resté trop inaperçu duquel il ressort que le développement imprimé par les Romains aux établissements balnéaires fut un vrai système politique*. On voit fort bien ce qui s'est passé.
Auguste s'est réservé la Transalpine dans le partage des provinces avec le peuple et le Sénat ; il en confie le gouvernement h Agrippa, et ces deux grands administrateurs entreprennent l'œuvre de l'assimilation pacifique des Gaules. La romanisation de l'Auvergne est poursuivie par eux logiquement. Neimheid, la capitale religieuse, peuplée d'une colonie de vétérans, légionnaires de l'armée d'Afrique, détachés de la colonie de Nîmes, remplace Gergovia, la capitale militaire et politique, où les Arvernes eussent trouvé des souvenirs trop vivants de leur indépendance. Des roules s'ouvrent avec leurs stations de poste ; il se produit une invasion d'ingénieurs romains qui forment des élèves. Les villas et les palais surgissent. Les thermes de Vichy, de Néris, du Mont-Dore, se dressent avec leurs portiques , leurs théâtres et leurs tem-
1 — Tac. Vita Agricolœ^ cap. XVI. On y voit Agricola exciter les Bretons , tantôt par ses exhortations personnelles , tantôt par des secours , à construire des maisons, des portiques, des bains.., dans le but do les civiliser et do les dominer en leur créant dea besoins,
pies, comme des modèles d'établissements de première classe pour le pays ; ceux de Royat, seconde classe, paraissent être de la même époque. Châteauneuf, Châtelguyon, Châteldon, Médague, dont le nom romain de Villa iiova ne pjêut étouffer le nom populaire (Mes (VagY, Ghaudesaigues, les Chaldettes, Vie, sont mis en œuvre dans la même période*, s'il faut en croire les monnaies et les vestiges recueillis dans ces localités diverses d'où ils ont été ensuite dispersés. Mais quoi? on ne connaît pas une source minérale de quelque volume en Auvergne , sourdant auprès des plus modestes villages , où l'on n'ait trouvé quelque trace de leur utilisation sous les empereurs.
C'est que tout s'enchaîne, tout s'entraîne. Ce qui fut un système devint une mode, une fièvre, bientôt un besoin, une nécessité de chaque jour. L'école médicale italienne pénétra partout chez nous en même temps que son école d'ingénieurs. De la maison du seigneur gaulois, retour de Rome et des eaux d'Italie, l'habitude de traiter presque toutes les maladies par les eaux minérales descendit jusque dans la thérapeutique des chaumières, dans la médecine sans médecin. La cuve de bois de la source prochaine fut pour le paysan ce qu'étaient les piscines et les vasques de marbre de Vichy et de Néris pour le riche. C'est un fait certain qu'Auguste et Agrippa ont systématiquement lancé les eaux d'Auvergne, pour emprunter un mot moderne; et que l'impulsion a été telle qu'elle s'est fait sentir jusqu'au fond des campagnes les plus lointaines. Les habitants de Coren y ont été de leur puits boisé. Ainsi s'explique que les monnaies les plus anciennes du trésor de la source soient des sous d'Auguste et d' Agrippa.
i — Chartes de fondation de Médague (1076-1113). Elles donnent plusieurs fois les deux nom^ à ne lieu : Villanova quœ vtUgo dlcitur Mes dag et autres formules semblables.
2 — Clermont est le centre d'une telle quantité d'eaux thermales ou minérales, qu'aucune région, même les Pyrénées, ne peut être comparée à celle-là en France.
: Verias coratlTes de la soorce de CoveB eoBBoen h l'é|^oq«e
romaiae.
Presque tous les objets recueillis dans le puits minéral sont des objets d'enfants ; il n'est pas jusqu'aux noisettes qui ne rappellent l'enfant du pauvre. Il faut en conclure que les eaux de Coren passaient alors pour guérir les maladies de l'enfance. Avant de connaître ces faits, M. le docteur Hugon, de Saint-Flour, m'a dit que, dans la belle saison, il faisait boire de l'eau de Coren tous les jours à ses enfants. Il la considérait, dit-il , comme un fortifiant particulièrement efficace à cet âge. M. le docteur Rochette, les autres médecins et les pharmaciens du pays leur attribuent les mêmes vertus reconstituantes. Nous avons vu que la croyance à la guérison de certaines maladies de l'enfance par une autre source champêtre, celle de Salins, s'était perpétuée depuis les temps celtiques jusqu'à nos jours.
Usait-on aussi des -eaux de Coren sous forme de bains? Trempait-on les enfants dans la cuve ? Rien n'est venu encore écarter ou confirmer l'hypothèse. Il n'en serait pas de même si, en fouillant le lit du ruisseau de Ciolsac autour du regard récemment construit, on y découvrait d'autres cuves de bois, ce qui est possible. Il faudrait alors voir là un de ces établissements ruraux en plein air, comme il y en avait encore beaucoup au moyen âge; et ce n'est pas la basse température de 13 degrés au-dessus de zéro qui pourrait faire obstacle au traitement par le bain, dans une civilisation où l'hydrothérapie était fort en vogue. On attribue à Antonius Musa, médecin d'Auguste , le mérite d'avoir guéri son client d'une maladie grave par ce procédé; aussi éleva-t-on, par souscription publique, dit Suétone (Oct. Aug., cap. LIX), une statue à Musa près de celle d'Esculape. Le frigidarium des thermes romains était fondé sur ce système ; les piscines d'eau froide étaient aussi fréquentées que les bains chauds. Les Anglais de nos jours lavent leurs enfants à l'eau froide tous les matins.
Pourquoi le enlte de I» soiuree de Corea » cessé à la fin do deuxième sièele.
A Texception de Galba, d'Othon et de Vilellius, qui n'ont régné que dix-neuf mois à eux trois*, tous les empereurs sont représentés dans les monnaies du trésor de Coren, depuis Auguste jusqu'à Marc-Aurèle, pendant 228 ans. Durant toute cette période, sans interruption sensible, on porta les enfants à la source, et les mères reconnaissantes déposèrent leur offrande dans le sein bouillonnant de la nymphe. Puis, tout d'un coup, les offrandes cessent, le culte disparaît dans ses manifestations après Marc-Aurèle, mort en l'an 180.
Quelle conclusion tirer de là? Une guerre, une destruction du village, des villages du pays ? Mais, la paix venue, les habitants eussent repris le chemin de la source minérale ; les parents exterminés, les enfants eussent continué la tradition de leurs pères. Le trésor n'a pas été pillé, puisqu'il est venu jusqu'à nous. On ne peut donc pas imputer à Tàge de fer inauguré dans les Gaules par l'empereur Commode, mettre au compte de la révolte de Materne et de la sanglante répression qu'elle entraîna, la cessation du culte païen de notre petit établissement rural. L'élection de Pertinax, le client et le protégé de l'Arverne LoUianus Avitus, la série des empereurs gaulois, les guerres civiles qu'ils entretinrent, l'anarchie locale, ajoutons-y la légendaire invasion de l'Allemand Crocus, ne peuvent pas être invoquées davantage, et pour la même raison.
D'explication décisive, une seule se présente à l'esprit, une seule le satisfait, la prédication de l'Evangile, la conversion des habitants de Coren sous le règne de Marc-Aurèle ou de son successeur Commode.
1 — Comme les monnaies sont plus rares et plus chères , elles ont dû rester à Paris.
Mais cette solution soulève une des plus grosses questions de rhistoire générale, une des plus controversées, des plus obscures et des moins résolues, celle de l'époque de la conversion des Gaules. Deux écoles sont on présence, armées chacune de textes plus ou moins discutés. Suivant Tune, la France a été convertie par les envoyés de saint Pierre, en Tan 39; Stremonius aurait alors évangélisé la Basse-Auvergne etFlorus la IIaute-Auv(îrgne^ D'après l'autre, la conversion de la France ne date (]ue de la mission des sept évêques envoyés par le pape Fabianus, sous l'empereur Decius, en 250-233 ; l'argument principal, de ce coté , est un passage de TArverne Grégoire de Tours^ Entn; ces deux systèmes absolus , il s'en place deux autres av(»c lesquels ils peuvent se concilier. Saint Pierre a envoyé sa mission dans les Gaules, la prédication a eu lieu ; mais les nouvelles églises ont péri sous une terrible réaction païenne , et ce n'est qu'à partir de la mission du pape Fabien que la foi chrétienne a recommencé de gagner partout du terrain, pour triompher définitivement lors de la conversion de Constantin. Enfin, et cette opinion n'est qu'une subdivision de la précédente , l'église de Lyon, plus heureuse, aurait fonctionné dès le n« siècle et n'aurait jamais sombré tout-à-fait.
Lorsque les savants de la Chine écriront dans mille ans l'histoire du Céleste-Emiûro, qui sera alors christianisé depuis longlemj)s, ils pourront ainsi se diviser en une foule d'écoles qui toutes seront en j)Ossession d'un fragment de vérité. Le duel du christianisme et du paganisme a dû être
1 — La tradition de Tégli^e de Saint-Flour était que son fondateur, saint Fiorus, avait été Vun des disciples de Notre- Seigneur. Un texte de 1121 à 1135, émané d'un moine de Saint-Flour, place ces mots dans la bouche d'Amblard de Brezons , parlant en 1004-1 02o : ViUa St^Flori in qtia jacei utiiàs ex discipulis gui fuit in ccena cum Domino ( Apohi naU ^ M" latin 12746, fol. 290-304. Ancien St-Gcrmain latin 563.— Une copie non signée de ce document et non authentiquée est aux archives de Pévêché de Saint-Flour). Ce texte permet d'affirmer que la tradition était telle à Saint-Flour au commencement du douzième si(^cle, et, si Ton veut, au commencement du précédent ; mais rien de plus.
2— Hist. Franc, lib. I, cap. 28.
quelque peu, dans les Gaules, pendant les trois premiers siècles de notre ère, ce qu'il est en Chine depuis trois cents ans, toute proportion gardée : la religion nouvelle s'infiltrant sans cesse , souvent réduite à la vie cachée par les persécutions, renaissant toujours, toujours inquiétée et ne s'étalant qu'à la longue au soleil.
Impossible, sans sortir des bornes de notre modeste sujet, d'aborder ici une discussion approfondie de la question ; résumons-la donc au seul point de vue qui nous intéresse.
Nous laissons de côté la prédication des envoyés de Pierre ; le paganisme lui survécut incontestablement en Auvergne. Mais, sous le règne d'Antonin (138-161), il se produisit un fait considérable, celui de l'installation à Lyon dos promiopfi ministres officiels conmts-de la religion de Jésus, daftô-4e5r Gantes. Lyon, grand emporium, ville marchande dont la population, très-mêlée, renfermait des Romains, des Grecs et des Asiatiques, avait déjà, sous cet empereur, une communauté chrétienne qui demanda des ministres à ses frères de Smyrne : Polycarpe, évoque de cette dernière ville, disciple immédiat de saint Jean l'Evangéliste^ envoya son disciple, Pho tin, dont on a fait Pothin, àqui il adjoignit plus tard Irénée.x&.^4 «î^^w^*^^^,^^^ f^ Aucune cité n'ayant pu fournir de preuves authentiques d'une***^'***"^ '^^ '^*^ église plus ancienne, EyM est restée la première église des Gaules. Quarante ans après, elle comptait des membres dans tous les rangs de la société, lorsque l'édit de Marc-Aurèle vint troubler la paix de ses membres. Quarante-huit chrétiens furent déférés aux tribunaux. Parmi eux figuraient l'évêque Pothin, plus que nonagénaire , et divers citoyens romains d'origine illustre et de nom fort connu. Sur leur refus d'abjurer, Marc- Aurèle envoya l'ordre de sévir. Tous ceux qui n'avaient pas péri en prison moururent dans les supplices. Une lettre en langue grecque , adressée par les fidèles de Lyon et de Vienne aux évèques d'Asie et de Phrygie, a consacré historiquement les détails, les noms, l'époque. L'église de Lyon se reconstitua
^ — Il mourut entre 1166 et 1169, à 95 ans,
en secret, vécut tant bien que mal pendant le rogne de Commode (180-193), sous lequel saint Ironce réunit à Lyon le premier concile des Gaules, Victor étant pape (11)0). La preuve de la vitalité de Téglise de Lyon d'alors est qu'en 202 elle put fournir 19000 martyrs aux fureurs de la population, restée païenne en majorité. Les églises d'Autun, Chalon-sur-Saône, Langres furent des colonies de Tégliso de Lyon.
On n'a pas la preuve historique qu'il en fut de même pour l'église de Glermont, c'est vrai ; mais, d après les bréviaires de ce diocèse et les légendes, saint Martial, l'un des sept évoques députés par saint Fabien avec Austremoine, trouva des chrétiens en passant à Clermont (2i)0-2o3) pour se rendre de Lyon à Limoges, Il serait surprenant, il nous paraît inadmissible que l'église de Lyon , qui confinait à celle de Clermont sur une si grande étendue, ait essaimé tout autour d'elle, excepté précisément dans cello-lù. Le diocèse de Clermont eut des chrétiens avant d'avoir un évècjue : le cas est fréquent.
Le culte païen disparaît donc à Coron à une époque coïncidant avec celle où les chrétiens du Lyonnais se répandent dans les provinces voisines pour y propager la bonne nouvelle sous Tempereur Commode (180-193). C'est alors que cette partie du pays aurait été évangélis(M>.
Toutefois, je ne formule cette conjoclure qu'avec réserve, parce que les autres monnaies que renferme très-vraisemblablement le lit du ruisseau, en nombre plus ou moins considérable, pourraient la modifiera
Pourquoi les objets vecaoillifi ont été donnés an mnsée de Clermont.
Le trésor de Coren n'en est pas moins un document historique fort intéressant; rapproché d'autres do mtMne sorte,
1 — Quant à nos monnaies illisibles, elles n'infirment en rien la présomption résultant do Téchelonnement des 103 monnaies lisibles ou reconnaissables d'Auguste à Marc-Aurèle,
il pourra contribuer un jour à nous éclairer sur l'époque véritable de la prédication en Auvergne. En attendant, il se concilie mal avec la prétendue conversion du pays par saint Florus, au premier siècle. Situé qu'il était aux portes de Saint-Flour, Coren n'eût probablement pas résisté au courant.
Il ne faudrait pas beaucoup d'argent pour opérer des sondages aux endroits où les autres bouillons des sources sont les plus abondants. Vienne quelque année très-sèche, la commune de Coren fera bien d'en tenter l'essai.
C'est à elle que j'aurais été heureux d'offrir les 132 monnaies et les autres objets achetés ici et là, en suivant leur piste non sans peine , si elle avait un local où l'on fût assuré qu'ils se conserveraient. Mais ni Coren , ce qui se conçoit, ni Saint-Flour, ce qui est plus regrettable, n'ont une malheureuse vitrine où puissent être exposées les antiquités trouvées sur leur territoire. Comme ces objets seraient condamnés au tiroir et sans (Joute à la disparition par la suite des temps, j'ai pris la liberté, après en avoir conféré avec M, le maire Viallefont*, de les offrir au musée de Clermont. Si jamais les eaux de Coren parvenaient, je ne dis pas à la célébrité, mais à une honnête notoriété se traduisant par un profit de quelques milliers de francs pour la commune, celle-ci, reconnaissante, ne manquerait pas de réserver, dans son atelier de mise en bouteilles ou dans une salle de sa maison d'école, une place pour tous les objets attestant la réputation séculaire de la Font de Vie. Alors, le musée de Clermont ne ferait probablement pas de difficulté de se dessaisir de ceux trouvés en 1886 pour être joints à ceux qu'on aurait découverts ensuite ; et c'est dans cette pensée que je l'ai prié d'accueillir mon offrande.
Si chaque commune du Cantal avait, depuis un siècle
1 — A qui j'ai offert ou le partage par moitié, ou Tachât des 17 pièces qu'il avait, en lui annonçant que je n'achetais que pour donner à une collection publique d'Auvergne. — M. le Maire m'a autorisé à disposer des monnaies achetées comme je l'entendrais,
seulement, réuni les antiquités trouvées sur son territoire, il n'en est pas une qui n'aurait aujourd'hui un petit musée. Il compléterait les leçons de l'instituteur, contribuerait, dans sa mesure, à fonder l'histoire nationale. Plus on voit loin dans le passé de la patrie, plus on s'attache à l'idée qu'elle doit durer toujours. Malheureusement, dans l'intelligence montagnarde, si affinée du côté des intérêts pécuniaires, si bien douée pour les connaissances mathématiques et lucratives, si apte encore aux sciences de gouvernement, il y a un grand fond, je ne dirai pas d'indifférence, mais de mépris pour tout ce qui n'aboutit pas au profit matériel. — « Et après ? qu'est-ce que cela rapporte ? » Toute l'objection est là. La chose historique ou l'objet archéologique, preuve palpable de l'histoire, n'ont à ses yeux de prix que celui qu'en donnera le marchand. Et ce n'est pas qu'elle ne perçoive très nettement la raison d'utilité générale, elle est bien trop ouverte pour ne pas la comprendre. Mais elle s'estime sincèrement supérieure^ mieux organisée que les autres en faisant de l'individu et de la bourse le centre de tout. La pauvreté séculaire, et la lutte pour la vie plus dure sous le climat qui l'entoure, ont fait passer cela dans le sang. Il n'y a guère plus que quelques départements montagneux en France à n'avoir pas une de ces revues périodiques où l'on fait de tout , sauf de la politique. Le Cantal est un de ceux-là. Le temps approche où la lacune sera comblée, ne fût-ce que par amour-propre national.
Les hommes ne feront pas plus défaut que la nature, les documents et les monuments du passi'^ dans ce pays ; car les exceptions sont nombreuses à l'observation que je viens de faire, après tant d'autres. Je connais, pour mon compte, et suis loin do hîs connaître tous, des esprits très curieux, des crudits, des hommes très éclairés dans toutes les parties du département. Il ne leur manque que de se grouper pour ne pas laisser distancer le Cantal et pour prouver que l'intelligence montagnarde se prête à tout...
Aujourd'hui que l'instruction circule à torrents partout, il faut que son horizon s'élargisse, qu'elle suive le courant
général et qu'elle apprenne à s'intéresser, comme on le fait ailleurs, à Thisloire locale ; le montagnard y sera convié par un sentiment qu'il pçrte dans son cœur plus qu'aucun autre Français : l'amour du pays.
Marcellin Boudet.
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