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Le puits thermal était enfin protégé tout autour contre les attaques du torrent par un quadrilatère de 4™ 50 de côté, composé de madriers de 0™10 d'épaisseur, au centre duquel il se trouvait. On en a retrouvé une partie sur place dans le gravier. Le grand nombre de briques, de tuiles à rebord et autres débris gisants à cet endroit dans le lit du ruisseau, laisse supposer que Tintérièur de ce quadrilatère, entre le puits et le blindage extérieur, était primitivement garni de maçonneries. Ces maçonneries ont été peu à peu démantelées et emportées par les crues; la vase et l'ensablement ont seuls permis au cadre inférieur du boisage du puits d'échapper à la destruction.
Tels sont les modestes mais suffisants travaux à l'aide desquels les ingénieurs gallo-romains ont recueilli une partie des sources minérales de Coren. Plusieurs des puits romains des thermes du Mont-Dore étaient établis dans des conditions pareilles.
La caisse de sapin renfermait un mètre de vase amenée par l'eau minérale des entrailles du sol ; c'est la bourbe sacrée qui a donné son nom à tant de sources et de thermes- Employée naguère et même encore aujourd'hui dans certaines stations pour y prendre des bains de boue, les Gaulois l'adoraient comme une divinité mystérieuse et bienfaisante. L'eau de Coren n'en soulève que des parcelles infimes et il a fallu un bien long temps pour en remplir d'abord l'entonnoir du rocher puis un mètre de la caisse , soit environ 2°* 50 de profondeur. Les 50 centimètres restant de la cuve étaient remplis par une couche de graviers déposés là par les grossissements du ruisseau après la destruction du cadre supérieur.
A quelle époque le eaptage a été opéré.
Les objets que contenait la cuve, et dont nous allons donner la nomenclature, démontrent que les travaux ont dû être opérés sous les premiers empereurs, et presque certainement sous Auguste, Noua y revieqdlrons dans un instant,
ObJetA Kallo-romaiiifi trouTéfli danii la sonree.
C'est en retirant la vase, au milieu du mois de juillet 1886, que deux ouvriers, J(»an Yzabel, meunier du moulin de Coren, qui demeure sur place, et Ernest Tissier, terrassier, de Chambarigaud, arrondissement d'Alais, ont trouvé dans la cuve une grande quantité d'objets gallo-romains. Un certain nombre de monnaies avaient passé par les trous ménagés dans le fond de bois pour donner accès aux griffons, lorsqu'on les avait jetées dans la fontaine ; elles furent ramassc^os sous le plancher de la caisse dans l'entonnoir du rocher.
Le nettoyage a duré plusieurs jours ; la source n'étant pas gardée, pouvait venir fouiller qui voulait. Les recherches auxquelles j'ai dû me livrer pour réunir tous les objets retirés de la source n'ont abouti que peu à peu, lot à lot. J'ai acquis la preuve qu'on avait envoyé les monnaies à Paris et même qu'on en avait fondu quelques-unes. Celles qui sont revenues de Paris et que j'ai achetées, n'en sont revenues que parce que les marchands d'antiquités n'en ont pas donné le prix qu'on en espérait ; mais les mieux conservées , les objets les plus beaux ont du y rester et nous n'avons eu ici que le rebut. On sait combien l'eau amortit le choc. Il y avait beaucoup d'ustensiles do terre fort dure dans les boues de la fontaine de Coren qui leur faisaient un matelas préservatif; les débris l'attestent. Comment se fait-il que l'on n'ait ramené non seulement aucun vase entièrement intact, mais aucun possédant ses fragments principaux? J'ai vu et fait passer pour ainsi dire au crible les dc^blais retirés de la cuve ; il s'y est trouvé des quantités de morceaux , de minusculc^s morceaux de ces jolies cupules ventrues , en terre verniss(»e rouge , avec des dessins en relief comme il en est tant sorti des fabriques de Lezoux. Ces vases-là sont donc entrés dans la cuve; où ont-ils passé? comment se fait-il qu'on ne retrouve rien de leur corps? Ce n'est qu'en persistant, en insistant que j'ai pu obtenir, pièce
à pièce, ce qui n'était pas encore vendu ou plutôt ce qu'on n'avait pu vendre au dehors. Au premier moment, les inventeurs ont cru, comme toujours, avoir mis la main sur un trésor de grande valeur ; les doigts se sont ouverts quand ils ont vu qu'ils s'étaient trompés; mais la crainte de s'être compromis en ne partageant pas avec le maire, en n'avertissant pas l'agent voyer chargé de la surveillance des travaux, au fur et à mesure des découvertes , ne les faisait ouvrir qu'à moitié, avec défiance. Tout porte donc à croire que je n'ai réussi à réunir que la plus faible et la plus mauvaise partie des objets recueillis dans la cuve romaine, au mois de juillet 1886.
S'il n'a pas de valeur vénale digne de ce nom , le trésor de Coren, tel qu'il est, a du prix pour l'histoire du paysan d'Auvergne, et il n'est pas sans intérêt pour l'histoire générale.
Voici la liste de ces objets, en y ajoutant ceux que possède, au nombre d'une vingtaine, M. l'agent voyer Grèze, qui a mis la plus parfaite complaisance à me les communiquer avec tous les renseignements à sa disposition.
1° Cent quarante-neuf monnaies de cuivre des empereurs romains, dont cent-six s'échelonnent régulièrement depuis Auguste jusqu'à Marc-Aurèle , c'est-à-dire • depuis l'an 28 avant Notre-Seigneur jusqu'à l'an 180 de notre ère. Quarantetrois sont illisibles ; entre ces illisibles et les très-lisibles , il en est quelques-unes en assez mauvais état, pour ne pouvoir reconnaître le fades et le nom du César, mais où l'on peut distinguer des signes suffisants des premier et deuxième siècles. Toutes ces pièces avaient servi avant d'être jetées dans l'eau ; les moins usées sont celles des premiers empereurs ; il en est dont le frottement avait déjà rasé complètement les reliefs; d'autres offrent des traces de liquéfaction superficielle, comme si on les avait ramassées dans les décombres d'un incendie avant de les offrir à la nymphe. On y remarque assez bien les traces de destruction ou d'effacement étrangères aux effets de la corrosion par le contact prolongé de l'eau minérale. Elles laissent l'impression d'un choix fait par le donataire des plus mauvaises pièces de sa bourse. Encore
aujourd'hui , c'est le ftou le plus détérioré que la ménagère mettra dans le plat du sacristain lorsqu'il fait la quête à l'église. Elles présentent différentes variétés d'alliage et de module. Il est, en un mot, manifeste qu'elles n'ont pas été déposées toutes à la fois dans la source, mais successivement, une à une. Il n'y en avait pas seulement dans la cuve de bois, mais en dehors, entre le puits et le revêtement de madriers. Un sou , tombé là dans un empâtement de ciment avant sa dessication , s'y est logé par une partie de son disque et n'a pu être retiré qu'avec la gangue de ciment qui l'enveloppait à moitié ; preuve qu'on a réparé et que toute la partie bouillonnante du ruisseau devait être considérée comme sacrée. Je ne mets pas im seul instant en doute que le fond de graviers de ce petit cours d'eau ne renferme d autres objets romains.
Etat des 149 monnaies trouvées dans la source minérale de Ooren au mois de juillet 1886