‹ La souris; comédie en trois actesChapitre 105 sur 118 · ACTE TROISI EME. 1G · texte numérisé non relu

ACTE TROISI EME. 1G

CLOTILDE

Personne. Je vous ai vus hier soir ici, voilà tout. Et même, c'est toi qui aurais dû me le dire. Mon affection, je crois, valait bien ta confiance. C'est mal!

MARTHE, inteidite.

Oh ! comme tu me parles!

CLOTILDE

Oui, c'est vrai, mon enfant, pardon. Mais pourquoi ne m'en as-tu rien dit, jamais : tu as eu tort, cela eût mieux valu, pour tout le monde...

MARTHE

Mais je ne le savais pas, moi, Clotilde... Comment aurais-je pu m'en douter? Il avait l'air de me détester. Je croyais que je le détestais aussi. Il était si méchant!... Parfois je me disais bien : « Je pense trop à lui. Qu'estce que j'ai donc à penser à lui comme ça? » Mais comme c'était toujours tristement, cela ne m'éclairait pas, au contraire. Et puis, c'est un peu ta faute aussi... A chaque instant tu me parlais de lui, pour me consoler, tu m'en disais tant de bien!... et qu'il était bon, et qu'il m'aimait au fond, et qu'il était au-dessus des autres hommes par le cœur, par... Alors, moi, tu comprends, j'ai cru que peut-être tu avais l'idée, tu voulais bien... que, enfin, il m'avait semblé... Mais non, non, ce n'est pas ta faute ! Je l'ai aimé toute seule. Et bien avant, dès le couvent, toujours!... Je le vois bien, maintenant... toujours! (EUe

s'assied à côté d'elle.)

CLOTILDE, se lève.

Ail ! prends garde, mon enfant, prends bien garde ! Il y a des erreurs qui engagent la vie. Et elles coûtent cher, j'en sais quelque chose. Es-tu bien sûre de l'aimer? Prends garde!

MARTHE, tristement.

Et moi qui croyais que tu serais contente?

CLOTILDE

Oiî! je te jure qu'en ce moment, il n'y a en moi que toi, que toi seule. Oh! ce serait trop mal! tu ne peux pas croire... Mais enfin il faut bien que je te dise ce que je dois te dire : Réiléchis, lu es si jeune ! c'est vrai, tu peux te tromper... Ah !... si tu te trompais. (Marthe fait signe que non.) Non, tu uc crois pas?... Comment le saistu? Voyons, voyons. Qa'est-ce qui s'est passé? Dis-moi

tout... (Elle se rassied auprès de Marthe.) MARTHE.

Mais il n'y a rien.

CLOTILDE

Rien? A quoi as-tu vu que tu l'aimais pourtant?

MARTHE , confiiknlicllement.

Eh bien, c'est hier, seulement...

Elle s'anèie.

CLOTILDE

Hier, oui, va donc ! va !

Il avait été méchant toute la journée, plus méchant que jamais ! jusqu'à me donner une poupée, figure-toi. Oh! j'étais si humiliée, et si furieuse aussi, qu'à la fin, je me suis révoltée. Oui, je lui ai fait des reproches, j'ai pleuré... Je ne me rappelle plus ce que je lui ai dit, mais c'était très dur, je t'assure; j'ai été méchante à mon tour, et je le voulais! Gomment ai-je osé lui dire tout cela, par exemple, je n'en sais rien. Mais j'allais, j'allais!...

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