ACTE TROISIÈME
C'était plus fort que moi. J'étais poussée par le désir, oh ! mais un désir furieux, qu'il me regarde, qu'il m'écoute, par le besoin d'être quelqu'un pour lui, quelqu'un qui l'étonné, qui le blesse, qui l'irrite même, mais quelqu'un enfin, et pas la pensionnaire idiote qu'i/" croyait connaître. Et puis, peu à peu, la peur m'est revenue, une peur folle qu'il ne se fâche, qu'il ne m'en veuille, qu'il ne me revoie plus, que ce soit fini ; et alors, tout d'un coup, j'ai vu clair en moi, j'ai vu qu'il pouvait tout sur moi, et que je lui appartenais, j'ai vu que ma colère élait de l'amour, mon trouble, de l'amour, ma peur, de l'amour, j'ai vu... j'ai vu que 'e l'aimais enfin !
CLOTILDE
Mais lui 1 lui ! Qu'est-ce qu'il disait, lui ?
MARTHE
Lui ! Oh ! la première fois, car il y en a eu (rois : celle où il m'a donné la poupée, mais, cette fois-là, je suis sortie tout de suite pour qu'il ne me voie pas pleurer, il n'y a rien eu... La seconde, c'est quand je cherchais mon album... Pourvu qu'il ne l'ait pas trouvé encore !... Oh !... je n'en ai pas dormi de la nuit...
CLOTILDE
Personne n'a dormi. Ya donc! La seconde fois?...
La seconde fois, oui, quand je me suis mise en colère... Alors il m'a demandé pardon, il m'a consolée, rassurée, il m'a pris la main, il m'a oiTert d'être mon ami, il a été bon, quoique toujours un peu de sa hauteur... tu sais... Mais la troisième fois, hier soir, ici, oh ! la troisième fois, comme c'était gentil, si tu savais ! Il n'était plus le même, il n'avait plus ni le même regard, ni la même voix, ni le
même sourire, il paraissait heureux, je ne sais pas pourquoi, mais si heureux... et curieux ! 11 m'interrogeait sur le passé, sur le couvent, sur moi, sur ma vie, sur tout, il voulait tout savoir! Et puis, il me disait qu'il avait pour moi beaucnu|) d'affection, et qu'on était malheureux de n'être pas aimé, que sais-je?... Et puis, il m'a appelée sa chère Marthe... (a eiic-même.) sa chère Marthe ! Et puis, et puis, dame, je ne me rappelle plus bien, j'étais comme dans un rêve, je ne me souviens plus que de sou regard qui ra'eaveloppail, de sou sourire qui me caressait et de sa voix... oh! sa voix que je sentais glisser jusipie dans mon cœur... Ah ! Clotilde... peut-être qu'il m'aime ?
CLOTILDE, vivement.
Te la-t-il dit?
MARTHE
Non, oh ! non. Oh ! que j'aurais peur s'il me le disait!... Et que j'en ai envie pourlant !... Pense donc, lui, m'aimer! lui si bon, si brave, si au-dessus des autres hommes !...
CLOTILDE
Qu'en sais-tu?
C'est toi qui me l'as dit... Et puis, je le sens bien, va ! Et cela me désespère, je ne suis pas digne de lui, jamais il ne pourra m'aimer!... Ah! maintenant, vois-tu, s'il ne m'aimait pas, je crois que j'en mourrais !
Est-ce (lue l'on meurt de cela?