‹ La souris; comédie en trois actesChapitre 107 sur 118 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

CLOTILDE, amèrement.

Non, non. On n'en meurt pas... mais on en souffre et

cruellement... (Avec une tendresse passionnée.) Et je ne veuX paS

que tu souffres, toi, que tu le jettes ainsi tête baissée dans cet amour, sans réflexion, sans certitude... Encore une fois, prend garde! C'est ton bonheur qui m'occupe, oh! le tien seul, je t'assure... je le crois, je te jure que je le crois!... Après tout, il ne t'a pas dit... Et quand il te l'aurait dit! Ils disent cela aussi vite qu'ils le croient et l'oublient aussi vite qu'ils le disent... Je dois te défendre, cependant, c'est mon devoir de te défendre ! Qui sait si dans buit jours il pensera encore à ce qui s'est passé et ne viendra pas te raconter, à toi aussi...

MARTHE, qui l'a suivie dos yeux.

Il ne m'aime pas !

CLOTILDE, avec effroi et se défendant énergiqiiement.

Ah ! je n'ai pas dit cela. Oh ! je n'ai pas dit cela !

Oh! je te connais bien, lu ne me parlerais pas ainsi, s'il n'y avait rien... Il y a quelque chose et c'est cela, ça ne peut ê!re que cela. Allons, voyons, parle à ton tour. Il ne faut plus l'aimer, n'est-ce pas ? C'est mal, c'est impossible, lu ne le veux pas? Si, si. Oh ! je sens dans tes paroles que lu ne le veux pas... Tu ne me parlais pas comme cela quand tu le voulais... Eh bien, dis moi ce qu'il faut faire, je le ferai, je t'obéirai ; lu sais bien que je te crois comme le bon Dieu... Je ne l'aimerai plus, je lâcherai, j'y arriverai, je t'assure! (eus pleure doucement.) Je Hc mouri'ai pas, va, j'ai dit cela, mais... Est-ce que je ne suis pas ta fille d'abord, résignée comme toi, courageuse comme toi, et pas plus que loi habituée à être heureuse? Je ne dis pas que je ne souffrirai pas... un peu... en commençant... mais

cela passera, et personne ne le saura que nous deux, va, sois tranquille, personne...

EUe fond en larnii;:.

CLOTILDE, la prenant dans ses bras, avec un grand éclat de sanglots et de larmes.

Ah! ma chérie! mon amour, mon enfant, ma chère vie ! toute ma vie ! Épouse-le ! Oui, tu l'aimes ! Oui, c'est ma faute ! Oui. c'est moi qui l'ai voulu et qui le veux encore, toujours, entends-tu? (Avec force.) Je le veux ! je le veux ! je le veux !

MARTHE, ctonnce.

Mais...

CLOTILDE

Oui, il est bon, oui, il est loyal, oui, il est au-dessus des autres hommes. Et il t'aime, il t'aime, je le sais, j'en suis sûre, je l'ai vu, je te dis qu'il t'aime ! Est-ce qu'on peut ne pas l'aimer, toi! Candeur, beauté, jeunesse, jeunesse triomphante ! (Elle cache sa tête dans SOS mains en pleurant.)

MARTHE, se rapprochant d'elle.

Alors, pourquoi?...

CLOTILDE, la repoussant doucement, et pleurant toujours.

Non, laisse-moi, un instant, je t'en prie, rien qu'un instant, (suence.) Ah ! c'est que j'ai été surprise, tu comprends, et puis enfin... ma fille, car tu es ma fille, toi. Ah! Dieu m'est témoin que je le désirais même tout h l'heure, quand je te disais... enfin... quana... mais je ne pouvais pas ne pas te le dire, n'est-ce pas? tu en es bien sûre. Mais je n'ai pas hésité un instant, au fund, oh! jeté le jure, pas un instant!... Mais c'est fini, tu vois, c'est fini... Embrasse-moi, oh! embrasse-moi bien !... (Essuyant «es yeux). Maintenant, je suis heureuse, aussi heureuse que

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