ACTE TROISIÈME. 1S
chant ! Mais vous ne devinez donc pas quelle violence je me fais et ({ue c'est ma volonté qui hésite, mon expérience qui se défend, mais pas mon cœur, qu'au contraire je le retiens à deux mains pour qu'il ne m'échappe pas à moimême ! Vous ne voyez donc pas que, vers elle, tout m'attire, tout m'entraîne : le premier trouble de cette âme pure, les premières rougeurs de ce front chaste, l'énigme charmante de sa jeunesse, la séduction de sa beauté, tout ! jusqu'à l'immense fialterie de son amour, mais c'est la tentation la plus grande de ma vie, mon premier roman, ma dernière ciiance de bonheur! Et elle est là, près de moi ! devant moi ! et, pour la saisir, je n'ai qu'à étendre la mainl...
11 éleiid la main vers .Marthe.
MARTHE, mcllant sa main dans la sienne et doiiccmci.t.
Eh bien, alors?
MAX, hésilant.
Eh bien, alors?... (Avec éciat.) Eh bien... Ah! tant pis! je t'adore !
MARTHE, à pari, en niellant la main sur son cœnr.
Ah! quel bonheur!
MAX
Ah! c'est trop, c'est trop ! Je ne peux plus! Je ne suis pas plus fort que foi, que toi-même ! Je ne peux plus ! Je suis un fou de céder, de t'aimer, de te croire! Je le sais! je le sens ! n'importe ! Quand je devrais m'en repentir toute ma vie, j'aurai eu ce jour, j'aurai eu cette heure !... Je t'aime! je t'aime! je t'aime! (a genoux.) Le crois-tu maintenant! regarde-moi! C'est moi qui tremble à présent, c'est moi qui pleure! Ab ! chère, chère enfant ! Et comme je te suis reconnaissant de te laisser aimer, de le vouloir, de le permettre! et heureux de te le dire ! d'oser
enfin de te le dire. Ah ! Dieu ! c'est si bon, si lu savais, de ne plus surveiller son cœur, de le laisser aller où il veut, de l'ouvrir tout grand, de se donner tout entier, quand on ne s'est jamais donné tout entier à personne !
MARTHE, émue et ravie.
Monsieur Max !
MAX, doucement.
Ah! non, pas monsieur maintenant... Max tout court maintenant. Etsois tranquille, va, chère enfant, n'aie pas peur de mon amour. Il ne veut te devoir ni à une erreur, ni à une surprise. Il saura attendre. Et si quelque jour tu n'envoulaisplus, dis-le moi sans crainte, je n'aurai contre toi ni révolte, ni colère. Je te remercierai de m'avoir donné, ne fût-ce qu'un instant, cette illusiou charmante d'être aimé de toi ; je mettrai sur ton front mon premier et mon dernier baiser, et je m'en irai sans me plaindre Mais, ô ma chérie, tâche que cela ne soit pas... ou plus tard. .. jamais! je t'aime tant!... Eh! bien, tu ne me dis rien?
MARTHE, ravie.
Encore!
Oh! chère Marthe, et toi aussi, n'est-ce pas'? tu m'aimes? Tu ne te trompes pas, bien sûr?
MARTHE
Oh! non, monsieur Max.
MAX
Ah! Plus monsieur... maintenant Max, maintenant... Dites Max et dites que vous m'aimez, voulez-vous?... n'est-ce pas? vous m'aimez?