ACTE PRKMIKR
MADAME DE MOISAND.
J'ai été mariée deux fois, j'ai toujours aimé mes maris, mes maris m'ont toujours aimée... C'est pour vous dire que je n'ai aucune expérience de certaines choses. Vous qui vivez à Paiis, plus près de ce milieu où son mariage déplorable avait jeté ma fille, il m'a semblé que vous pourriez peut-être me venir en aide, à moi et à ma pauvre Clotilde, si vous le vouliez.
PEPA, très intéressée.
Comment donc! je crois bien !
HERMINE, do même.
Pauvre femme!
MADAME DE MOISAND.
Je vais vous ouvrir mon cœur.
C'est cela! Ouvrez, chère Madame, ouvrez.
Elles se rapprochent toutes les trois.
MADAME DE MOISAND.
Oh ! ce fatal mariage ! Je le disais à mon second mari...
HERMINE
Votre second?
MADAME DE MOISAND.
Mon second, oui; mon premier était bien le père de Clotilde, mais celui qui l'a mariée, ce n'est pas mon premier, c'est mon second.
PÉPA, à part.
C'est une charade!
*i6 LA SOURIS.
MADAME DE MOISAND.
Je lui disais toujours: « Ce comte Woiski est de grande famille, riche, jeune, beau, c'est vrai ; mais il.est étranp;8r, et lesétrangers on ne les connaît pas.» Il me répondait : « Bah! les Français on les connaît trop. )^ Enfin, ça c'est fait, et vous savez la suite : ce prince charmant était un ilébauché de la pire espèce, un joueur, un buveur, un lubrique...
PÉPA, retenant une envie de rire.
Oh!
MADAME DE MOISAND.
Oui, il faisait la cour à toutes les femmes, si vous saviez !
Si je le sais ! Et Hermine donc !
MADAME DE MOISAND.
A vous aussi? Des amies de sa femme, quelle horreur !
PÉPA, admirative.
Oh!...
MADAME DE MOISAND.
Et ce n'est pas tout... Il passait toutes ses nuits dehors, au cabaret, avec de mauvaises femmes, dans des orgies... On le rapportait !
PÉPA
Oui, oui, il avait pris le rapide.
MADAME DE MO IS AND, sans comprcndro.
Le rapide?
PÉPA
Enfin, il allait vite!