ACTE DEUXIÈME
MARTHE, comme pensant tout haut.
Oh! je la connais, ma vie, allez!... Et depuis lon^;- Icmps, depuis le jour où ma mère est morte... J'étais bien enfant, monsieur Max, mais je me souviens d'une chose... Les mourants connaissent l'avenir, vous savez... On m'avait assise sur sou lit, tout près d'elle... Je la vois encore... Elle était pâle... oh! pâle, et elle me regardait avec ses grands yeux déjà éleints, mais si tendres... Elle avait posé sa main sur ma tête el caressait mes cheveux d'un mouvcmeni presque machinal, lent, doux, toujours le même... Elle ne me parlait pas, mais ses yeux ne me quittaient pas, el je l'entendais se répéter tout bas, à elle-même, de sa voix faible qui semblait loin, loin... toujours plus loin : « Pauvre petite! pauvre petite! pauvre petite! » Et puis, à un moment, je n'ai plus entendu Cela que comme un soiiine, sa main est retombée sur le drap... et on m'a emmenée... « Pauvre petite! » C'est sa dernière parole, monsieur Max, et je me la suis rappelée souvent depuis, allez! Mon père a épousé ma belle-mère presque tout de suite. On m'a mise au couvent; c'est là (juej'ai senti combien j'étais seule. Clotilde venait bien me voir de temps en temps, mais si rarement... Elle n'était pas libre alors, elle avait des devoirs... des affections... Eh bien, plus tard, ce sera la même chose, elle aura d'autres devoirs, d'autres affections... Non, il vaut mieux que je rentre au couvent, allez!
MAX, à lui-même.
Pauvre petite !
MARTHE
Vous voyez!
Mais non ! mais non ! je ne vois pas ! je ne vois pas de raison pour... Un couvent! Pensez donc!.. Mais c'est aiTreux!... Je n'ai été que deux fois dans le vôtre...
MARTHE
Trois!..,
Trois, oui ; mais ces murs, ces grilles, rentrer làdedans... Brrr!... Et pourquoi? Pour des préventions, des idées vagues... Vous ne savez rien de la vie, enfin!...
De ce qu'on en voit, monsieur Max ; mais de ce qu'on en devine... oti ! si, allez !...
MAX, à part.
Tenez, la femme maintenant! Voyez-vous la femme? (Haut.) Mais ce n'est pas possible! Religieuse! pourquoi? Enfin, pourquoi? Avouez que le costume est joli!...
MARTHE, d'un ton de reproche.
Oh ! monsieur Max !
Eh bien, alors, pourquoi?... Il doit y avoir autre chose... Ah! vous rougissez ! (a. part.) Un petit roman, peutêtre? (Haut.) Il y a autre chose, heiii ?
MARTHE, troublée.
Non, non,... mais c'est que...
MAX
Ah ! voyez-vous qu'il y a autre chose !... (a pan et en souriant.) Très amusant ! (a part.) Quoi ! voyons?
MARTHE, embarrassée.
C'est que, monsieur Max... nous avons fait un vœu.