‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 138 sur 228 · DE L'ART · texte numérisé non relu

DE L'ART

On est généralement porté de nos jours à considérer comme purement spéculative toute discussion approfondie sur la nature du dogme religieux et de la souveraineté politique. C'est un signe de faiblesse d'esprit et de cécité; mais on n'en est point encore venu à douter de l'importance pratique des conséquences les plus immédiates de ces grands principes.

Je veux parler, en politique, de l'influence des mœurs et des lois; en religion, de celle de la morale et du culte.

Le dogme religieux est une notion de l'infini, de la perfection; le culte est l'échelle au moyen de laquelle l'homme, partant de son état actuel, s'élève à la conception de cette notion de l'infini, à l'amour de cette perfection; la morale est, au contraire, l'échelle par laquelle l'homme, soutenu par cette notion, imprégné de

cet amour, redescend dans la vie pour la modifier à son tour.

Le culte et la morale sont une suite de degrés de relation entre l'homme et l'infini.

L'art, qui n'est également que l'expression des relations harmoniques, doit avoir une immense influence sur le développement et la décadence des morales et des cultes. %

Examinons l'art à ce point de vue.

L'art a trois époques , ou, si l'on veut, trois formes bien distinctes, et chacune de ces formes suppose celle qui la précède ; ces trois époques se retrouvent dans toute éducation d'artiste. Expliquons-nous.

D'abord l'art n'est que la fixation, la copie de ce que l'artiste voit ou de ce qu'il invente. Avant de s'élever plus haut, il faut en effet qu'il puisse copier la nature ou rendre sa pensée. En ce sens l'art n'est qu'une espèce de réalisation des formes ou des idées : c'est le corps, la manifestation de la mémoire ou de l'imagination.

Telle est la première époque de l'art, époque naïve ou monstrueuse, pédante ou bizarre; époque d'esclavage ou de caprice, d'assujétissement servile ou de fantasque liberté.

Mais bientôt l'artiste s élevant à une plus haute conception de la nature et de l'harmonie, s'aperçoit que dans l'ensemble des phénomènes, des formes et des mouvements, il en est d'accessoires, de purement accidentels qui peuvent être négligés; que d'autres, au

Page 1