‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 139 sur 228 · LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE

contraire , sont nécessaires et permanents ; il s'attache exclusivement à ceux-ci , il saisit en un mot les caractères; et, loin que cette séparation nuise à l'effet qu'il veut obtenir, il s'aperçoit que la mélodie qui s'exhale des choses devient plus nette, plus pure, plus saisissable pour tous dans le silence qu'il a fait autour d'elle. C'est ainsi que son œuvre devient pour son âme une étude ; et, quand enfin il a compris et rendu la nature, son œuvre achevée devient un enseignement pour tous. Néophyte, puis initiateur, l'artiste cherche ainsi, dans un monde tumultueux, Tordre et l'unité de la vie, les dégage des agitations étrangères, les isole et les montre aux hommes, simples et dévoilés.

Mais, de même que, dans la reproduction de la nature, l'artiste cherche les caractères, dans la reproduction de l'être qu'il imagine, il s'efforce de maintenir l'unité; il montre comment l'idée persiste et surnage, toujours la même, identique au milieu des tourbillons et des flots agités de la passion et de la vie; enfin, il crée les types.

Telles sont les formes de la deuxième époque de l'art plastique et de la littérature ; ce sont les personnifications des types et des caractères. L'art devient ainsi l'auxiliaire le plus puissant et, en réalité, le créateur des cultes tels qu'ils ont été compris jusqu'à ce jour. La création des types est en effet une œuvre toute spiritualiste, c'est un effort incessant à la recherche de l'unité de l'être par la pensée. Nous avons déjà montré que l'idée chrétienne n'était que la divinisation du moi; c'est par la création successive de mois ou de types de plus en plus élevés que l'on arrive enfin à la conception de ce moi

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parfait et absolu qui constitue l'infini dans la donnée chrétienne.

La détermination des caractères est tout aussi propre à conduire l'homme à l'adoration de la divinité de la nature ; nous ne distinguons en effet les phénomènes naturels que par leurs qualifications. Arriver à comprendre dans ces phénomènes ce qu'il y a d'éternel et de nécessaire, tel est le terme le plus élevé de l'art. Ainsi compris, tel est aussi le but du culte, et tel est le caractère qu'il a revêtu pendant toute la période païenne.

Il suffit de remarquer que les anges du christianisme sont de véritables types, des mois, des substantifs imaginés; tandis que les dieux de la Grèce, qui jouaient, dans le culte païen, le rôle des anges dans le culte chrétien, sont de véritables caractères de la nature, des formes ou des qualités, des adjectifs isolés et abstraits.

C'est ainsi que se reflète dans l'art la querelle interminable des nominalistes et des réalistes, de la synthèse et de l'analyse, des méthodes enfin ; car telle est toujours la question, que ce soit dans l'art, dans la science, dans la religion, dans la pratique : unir ou distinguer, nommer ou qualifier, adorer les noms ou les épithètes, déifier le nombre ou l'unité, l'homme ou la nature, s* élever par les types à l'unité absolue ou s absorber par les caractères dans la diversité infinie.

Les génies de l'Orient et les fées de l'Occident sont les formes légendaires dans lesquelles se manifeste avec le plus de clarté l'époque de l'art que nous venons de pré-

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