LIVRE 1". SITUATION RELIGIEUSE
En tout cas, Part s étant fait panthéiste et révolutionnaire, et la littérature dé la réaction ayant tout aussi bien ce caractère que celle du parti du mouvement, il faut encore choisir entre le dogme et la société d'uoe part, et Fart et la littérature d'autre part.
Depuis quelque temps, on s'est enfin aperçu de cette tendance de la littérature. Faute de comprendre l'influence de l'art sur la morale, on s'est attaché au sens des phrases, on a cru que l'action de la littérature tenait à la nature des idées qu'elle mettait en circulation, on n'a pas tenu compte des formes par lesquelles étaient exprimées ces idées.
Je veux tâcher de rendre sensible l'influence de ces formes.
Avant d'entreprendre cette tâche, il est utile de faire une remarque. En raison de la division des catégories dont j'ai parlé plus haut, en simples et complexes, lorsque l'art s'élève à cette intelligence de l'unité, qui est la plus haute expression de sa puissance ; c'est surtout la sculpture qui supplée la poésie et réciproquement. J'ai déjà remarqué que c'était ce que l'on nomme l'idéal antique. De même, la musique et la peinture se suppléent, et la musique peut rendre la vie de la nature comme la peinture rend les sentiments de l'âme : telle est, pour en citer un exemple, la symphonie pastorale, et tel semble être le but des efforts de l'école moderne des paysagistes français. Cette forme des arts, qui se servent des harmonies mesurées de la gamme, n'a point de nom qui la désigne ; il serait absolument nécessaire de lui en donner
un. Si «lie en manque, c'est qu'elle est une conquête toute récente de l'humanité. De même que l'idéal fut une création du paganisme grec dont on retrouve les premiers essais dans l'Egypte, elle est une création de la renaissance, et l'on n'en retrouverait quelques germes que dans l'Arie. Je ne parle point de l'Inde; elle était confusément panthéiste, et bien qu'elle n'en eût pas conscience, elle a connu toutes les formes de l'art; mais toutes ses réalisations ont été vagues et nuageuses, elles semblent les ébauches ou les esquisses d'un génie qui se cherche lui-même et ne se comprend point encore; elles ont le charme enivrant ou la terreur, le délire et l'indécision des rêves. L'Inde eut l'intuition de l'être, elle n'en eut pas l'intelligence; comme la pythie sur le trépied, un dieu l'assiège ; en elle est une prophétie ; sa voix est un oracle, elle en a la fatalité comme elle en a l'obscurité.
Tout ce que je puis dire de cette faculté innommée d'exprimer la vie par les sons ou les émotions par la lumière, c'est qu'elle est l'apanage des coloristes, et que la création de l'idéal est celui des dessinateurs. Ceux-ci sont les artistes penseurs; à eux l'action durable, puissante sur un petit nombre d'esprits privilégiés; elle se poursuit pendant des siècles, et presque tous, poètes ou sculpteurs, leur œuvre déûe le temps. Les coloristes, moins philosophes et plus passionnés, s'adressent à tous, parlent à tous les cœurs , mais leurs œuvres sont plus fragiles et plus vite oubliées. Ils ont ainsi chacun leurs parts; aux uns la foule des hommes, aux autres les années.
Et maintenant quel architecte, quel génie créateur,