‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 15 sur 228 · LIVRE I«'. LES POUVOIRS ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE I«'. LES POUVOIRS ET L'OPINION

nouveau, lui donnant un corps et fièredu nouveau-né, l'élevant sur ses bras, le montrant aux nations et parcourant la terre.

Maintenant un nouveau droit encore était conçu, sans doute, à cet enfant : il allait donner un frère.

Et s'il n'était rien qu'un souvenir ; sur le sol par l'empereur quatorze ans labouré, sur ces larges sillons où la France semait à pleines mains sa pensée, sur les sillons que le sang de ses fils avait à longs flots fécondés, les épis étaient mûrs; et les peuples moissonneurs debout s'avançaient et chantaient, liant ces gerbes immortelles! ce prix des larmes et du sang! ces fruits glorieux, cet espoir des nations 1 au moins, au moins ! au nom du laboureur, il allait les défendre !

Non, cet homme était un homme illusion.

Il ne lui manquait qu'une chose, il lui manquait luimême, il lui manquait l'idée.

Insoucieux d'une réalité si grande, il poursuit un chimérique espoir ; il n'agit pas, il attend ; il ne vit pas, il sommeille ; il ne voit pas, il rêve !

C'est que, voyez-vous, sur le fond d'un lac, vous pouvez élever une montagne; par vos efforts unis l'eau peut couler à travers les rochers ; mais là où elle ne fut point de tous temps, vous ne mettrez pas l'idée! Soyez six millions, n'ayez qu'un espoir et qu'une volonté, unissez vos bras, unissez vos haleines en un souffle puissant, couvez dans vos seins une tête choisie, donnez-lui votre sang et la chaleur de vos poitrines, vous ne ferez point éclore le germe d'une pensée dans le front où Dieu ne l'a pas déposé.

Ainsi, le peuple avait poursuivi dans les élections un but de conciliation et de progrès.

Nous avons qualifié une telle conduite de sagesse à cause de l'excellence et de la légitimité d'un tel but.

Cependant, il est certain que dans la forme ou il était cherché, il ne pouvait ni ne devait être atteint.

Il y a plus, nous pensons que si cette espérance avait été réalisée, bien loin que les conséquences d'un tel fait eussent été utiles au progrès, elles eussent été pour lui le plus grand des dangers et l'origine des plus graves complications dans l'avenir; tandis qu'au contraire, aujourd'hui, les résultats obtenus contribueront singulièrement à simplifier toutes les questions et à nous faire sortir de la nuit intellectuelle et du chaos de principes contradictoires dans lesquels nous sommes politiquement et socialement plongés.

Certes, un tel bénéfice était tout à fait en dehors des prévisions, mais il n'en constitue pas moins à mes yeux un des phénomènes par lesquels se révèle celte sagesse instinctive des masses que j'ai déjà signalée.

Néanmoins il suffit de constater ces efforts pour montrer combien la réaction s'est trompée dans l'interprétation qu'elle a voulu donner aux résultats électoraux.

Aussi affirmons-nous que c'est surtout dans les premiers jours qui suivirent la révolution de février qu'elle a bien compris la situation.

Bien loin qu'elle doive regretter sa conduite dans ce moment, ce fut au contraire cette conduite qui fut sage,

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