‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 14 sur 228 · LIVRE I er . LES POUVOIRS ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE I er . LES POUVOIRS ET L'OPINION

au profit de sa propre cause, des questions les plus menaçantes, autant de gages de concorde et de prospérité.

Voilà ce que la nation attendait de l'assemblée législative.

En présence de réformes nécessaires et voulues, alors que les intérêts liés au passé s'effrayaient, le pays crut ne pouvoir donner à la conciliation un gage plus sérieux que de remettre à ces intérêts eux-mêmes l'initiative et la conduite de cette transformation inévitable.

Certes, à tant de confiance et de sagesse» c'était par de la confiance et du dévoûment qu'il allait être répondu . Désormais toute haine et toute méfiance allaient être oubliées, et, dans la limite du possible, toute faiblesse allait être protégée, tout intérêt sauvegardé, toute liberté respectée, tout progrès obtenu.

— Jamais corps délibérant reçut-il un plus auguste mandat?

— Jamais un tel mandat fut-il plus méconnu?

— ïl est inutile d'en dire davantage.

Désormais il est trop tard, le peuple a douté. Ce qui suffisait alors, aujourd'hui ne suffirait plus, et la confiance ne saurait se conserver et se reconquérir au même prix.

Je ne veux ici laisser aucune ombre sur ma pensée.

Cet espoir du peuple était une illusion.

Ce fut un beau rêve, je l'accorde, mais ce ne fut qu'un rêve.

Il avait tout simplement voulu l'impossible.

Ces grandes transformations nées d'un regard luroî-

neux jeté sur le monde supposent tout simplement le génie. Or, on trouve quelquefois un homme de génie, mais on ne trouve pas de majorité de génie.

Un peuple qui se repose sur cette folle espérance ressemble à l'enfant qui se tient sage et s'endort parce que sa bonne lui promet un collier d'étoiles.

Il ne faut pas croire, en effet, que pour modifier ainsi la conduite des partis il suffise du bon désir ou de la volonté, il faut encore comprendre l'idée qu'on doit traduire en actes; il faut une lumière, une conviction nouvelles. Or, la majorité ne comprenait pas la révolution ; c'est même pour cela qu'elle en était effrayée.

Saul devient Paul, le persécuteur est apôtre; mais le grand nombre à la fois n'a pas sa vision de Damas.

Il fallait donc à la majorité parlementaire un initiateur, un chef incontesté.

Tel était le sens de l'élection du 10 décembre.

Un candidat était proposé par la coalition de tous les intérêts qui se croyaient menacés. Cet homme, deux fois dans sa vie, n'avait point été retenu par la crainte d'une révolution. On le disait entreprenant et même audacieux, cela ne déplaît point au peuple. Il avait écrit et semblait avoir senti la nécessité d'une réforme radicale ; il se rattachait à la tradition trop récemment pour se séparer de la révolution, suffisamment cependant pour ne point rompre brusquement avec le passé ; car, en cela, semblables aux individus, les peuples ne consentent point à perdre la mémoire, ils craindraient ainsi de perdre leur personnalité.

Cet homme se disait héritier de la République, du Consulat et de l'Empire. — La France concevant un droit

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