‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 158 sur 228 · LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE

Cette opposition entre le cœur et l'esprit, la morale et le dogme, se montre dès les premiers jours de l'Eglise : elle était inhérente à l'idée religieuse. Il s'ensuivit deux tendances principales, l'une au raisonnement et à l'énergie, l'autre à l'amour et à la douceur. Saint Paul et saint Jean les représentent tout d'abord, comme plus tard Bossuet et Fénelon. Ces deux tendances sont la force et la faiblesse de l'Eglise. Aussi, pendant toute la période organique ot ascendante, l'esprit de saint Paul a-t-il dominé dans la chrétienté, tandis que l'esprit de saint Jean domine, au contraire, dans la période de critique et de décadence.

L'Eglise avait le sentiment de ces vérités. Aussi, tant qu'elle eut confiance en elle et dans sa souveraineté, elle eut une altitude, offensive ; elle allait en conquête et défiait ses ennemis : elle dogmatisa; quand elle eut perdu cette confiance et l'espoir de reconquérir sa souveraineté, elle se replia sur la défensive ; elle se fit humble, insinuante : elle moralisa. D'abord elle modifiait les hommes, plus tard elle se modifia pour les hommes; elle connut le doute et la crainte, elle qui ne connaissait que l'espoir et la foi.

Ce que c'est que de regarder derrière ou devant soi ! ce quec'estque d'entraîner ou de retenir, d'ordonner ou de prier, d'être homme ou femme, de vouloir être belle ou d'aimer la beauté!

Le dogmatisme dans l'Eglise était l'amour, peutêtre trop sauvage, de sa virginité; le moralisme est d'un abandon plus coquet, à coup sûr trop fragile.

Tout est là! les moines songeurs et les abbés

galants.

Je me tais. Il n'est pas bon d'insu\ter à ceux qui meurent.

L'empire ayant établi la papauté, résista longtemps à son autorité; c'était un fait grave, une véritable révolte du pouvoir contre la souveraineté. Elle s'étendit partout. La féodalité prit modèle sur l'empereur. Il y eut des guelfes et des gibelins dans toute la chrétienté. Le désordre fut excessif. La souveraineté de l'Eglise commençait à peine à se rétablir, elle avait à peine l'espoir de subalterniser définitivement les pouvoirs temporels, que le soufflet d'Anagni et le massacre des Templiers lui firent d'inguérissables blessures. Le schisme papal vint s'ajouter à ces causes de faiblesses, et lors du concile de Constance il devint évident que désormais le pouvoir temporel était le protecteur de l'Eglise, et presque le juge de la papauté. Il n'était plus leur sujet. L'usurpation était consommée. L'Eglise devint timide et tâcha de reconquérir par la ruse ce que l'audace n'avait pu défendre. Elle se lit tendre, aimante, presque plaintive; elle voulut obtenir de l'amour ce que la raison et la vérité ne lui avaient pas donné. Enfin elle compta plus sur la bienveillance que sur la justice, et consentit à mendier comme une aumône ce qu'elle avait légitimement proclamé comme son droit.

Quand on parle de révolution, il ne faut jamais oublier que ce grand drame eut bien des héros. Le premier acte est l'œuvre des rois, c'est la séparation des pouvoirs; le second est celle des nobles, c'est le protestantisme; le troisième est celle des bourgeois, c'est la

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