LIVRE I". SITUATION RELIGIEUSE
philosophie ; le quatrième se joue de nos jours, il est l'œuvre des peuples. A la fin de chaque acte, ceux qui furent chargés du principal rôle passent dans le chœur, puis ils gémissent et récriminent jusqu'à la fin de la pièce, et font de grotesques efforts pour remonter sur la scène. Cet intermède ridicule est fort divertissant.
Ah ! il me semble que ma plume grimace en écrivant ces mots. Je ricane à faux et je me bats les flancs pour étourdir la douleur.
Et ce n'est point que je regrette rien de ce qu'emporte le temps : il ne prend que son bien. Mais c'est une souffrance amère que de suivre pas à pas les progrès de la dissolution d'un être harmonieux. Il semble qu'il eût mieux valu qu'il ne fût point né. Ce n'est pas seulement l'horreur du mal qu'on éprouve, mais l'indignation grandit de tout le souvenir de la beauté. Le cœur se soulève à la fois de honte et de regret, et l'on s'étonne, si la mort a le droit de le toucher, que frappé d'un seul coup il ne tombe pas tout entier, jeune et vierge encore, enseveli dans sa gloire, ignorant de l'injure et surtout du déclin.
Le siècle qui sépare le concile de Constance de la Réforme, renferme toutes les origines de la décadence chrétienne et du socialisme moderne. C'est dans cet intervalle que la papauté perdit son prestige, et que la catholicité fut brisée. Le chef de la hiérarchie catholique remplissait trois grandes fonctions : il veillait à la pureté de la doctrine, il était ainsi la personnification de l'unité morale qui, si l'on compare le monde moderne
au monde païen, ne faisait de la chrétienté qu'un seul empire. Il maintenait l' unité de résistance de cet empire contre l'envahissement terrible du mahométisme. Il tendait inévitablement par la nature unitaire de son action à ramener à la constitution de centres exécutifs d'un ordre plus élevé la forme féodale, si irrégulière et si fractionnée. La papauté était à la fois, la gardienne de la constitution d'un empire, le drapeau d'une armée, un type d'administration unitaire. Or, pendant ce siècle, les mahoroétans furent arrêtés; sur plusieurs points ils durent même reculer et perdirent l'Espagne ; la féodalité semblait mourante, et tous les Etats gravitaient invinciblement vers l'unité. Les rois avaient attaqué l'autorité politique du pape. La réforme attaqua son autorité morale. De ce jour la papauté fut inutile et n'eut plus de raison d'être. Le caractère des institutions impuissantes est d'être corruptrices. Elles s'efforcent de reconquérir par des moyens contraires à leur nature l'influence et l'autorité qu'elles ont perdues. Ce qu'elles ne peuvent exiger, elles tâchent de le gagner et tentent de remplacer la force par l'éclat. N'étant plus entourées de respect , elles s'entourent d'ornements et substituent le luxe et la richesse à la véritable puissance et à la dignité.
La papauté fit ainsi ; elle résolut d'éblouir les hommes, et crut qu'en attirant les regards elle amènerait les cœurs; elle fut la véritable protectrice des arts. En agissant ainsi, elle contribua certainement au progrès de l'humanité, mais elle activait de tous ses efforts la décadence du christianisme.
Constantinople venait d'être prise par les Turcs; le schisme grec allait donc cesser. Dieu semblait donner