‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 31 sur 228 · LIVRE I er . LES POUVOIRS ET I/OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE I er . LES POUVOIRS ET I/OPINION

le mouvement, ni par la pensée, ni par l'action ni par la parole.

. Il faisait ainsi masse.

Du reste, il était fort content de lui-même et de son inertie; il faisait de nécessité satisfaction, et rappelait involontairement la fable du hibou et de ses petits : c'était un parti-digue, contre lui le flot révolutionnaire allait se briser.

Telle était sa mission.

Pauvre parti composé d'éléments multiples et sans liens, sans souvenirs, sans principes, sans espoirs communs. Il ne savait pas que le flot était déjà passé! Il se disait une digue, il n'était que l'ensablement et les débris des constructions fragiles, un moment emportés sur les eaux du torrent, et qu'en s écoulant dans son lit il avait réunis et laissés.

Cette inertie, si favorable à la minorité, ne pouvait être que désavantageuse au grand parti de l'ordre.

Comment! il affirmait que la république était une forme de gouvernement détestable, il assurait qu'elle était en horreur à la majorité du pays, il avait la puissance, et les années allaient s'écouler sans qu'il pût faire un pas dans le sens de ses désirs ; mis en demeure par le nombre de ses membres, de diriger et de gouverner la nation, il n'allait savoir que récriminer et rester immobile ! — Sans initiative, sans direction. — Tout ce qu'il y avait d'ardent et de résolu dans les divers partis qui le composaient devait, tôt ou tard, se décourager. Il était frappé d'impuissance.

La France avant tout veut voir clair dans sa route. Le trait le plus saillant de son caractère, c'est la netteté de l'esprit, la franchise des décisions. Elle n'est point éclectique et point modérée du tout; ce qui est louche, ce qui n'est point défini, lui fait horreur et l'agace et l'ennuie. Dans ceux qui sont appelés à l'honneur de la diriger, ce qu'elle acceptera toujours avec le plus de peine, ce sont les compromis, le doute et l'indécision. À mesure que cet état allait se prolonger, elle allait en faire un crime à la majorité. Le parti de l'ordre avait le gouvernement, il parlait de solution, il n'en indiquait aucune; à coup sûr, ce n'était pas la faute de la minorité; celle-ci d'ailleurs se prononçait nettement pour la république. Elle allait devenir plus forte tous les jours.

Dans les assemblées, quand les partis sont dans une situation fausse et hypocrite, ce sont toujours les majorités qui en portent la peine. Ceci est inévitable, et c'est là un des plus graves inconvénients du pouvoir. C'est toujours du côté du plus fort qu'est la responsabilité. Il serait, en effet, trop inique de reprocher au plus faible ce qu'il ne peut empêcher.

Cet étrange phénomène d'un parti qui, réunissant tous les pouvoirs, conserve les allures d'une opposition, m'étonne et m'inquiète; je voudrais l'éclaircir.

On est une minorité. On attaque, on mine, on dénigre une forme de gouvernement: cela s'est vu; que veut-on?

Devenir majorité.

Et alors que fait-on?

Alors, on renverse ou l'on modifie cette forme de gouvernement.

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