‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 30 sur 228 · LIVRE I". LES POUVOmS ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE I". LES POUVOmS ET L'OPINION

par des hommes si petits, tenu si peu compte de la volonté des représentants d'une nation.

D'autre part, les partis se tinrent sur la défensive ; désormais ils n'eurent plus qu'un but; chacun se sentant empêché, tacha d'augmenter les empêchements de l'ennemi; ils résolurent de s'annuler les uns les autres.

Tel fut le véritable caractère de la première partie de la session.

Cette première époque allait donc être toute négative. La gauche allait ainsi obtenir tout ce qu'elle pouvait demander, le temps.

Les mauvaises situations profitent toujours à ceux qui sont les plus faibles et qui ne demandent qu'à attendre. Evidemment la majorité ne pouvait être plus forte ni plus unie; elle ne pouvait que s'affaiblir. La minorité n'avait qu'une tactique à adopter : maintenir autant que possible l'état de choses qui lui était si favorable, se confier dans la force d'inertie, et laisser passer la session. Surtout en présence d'une majorité qui s'était posée en quelque sorte comme une .opposition , bien se garder de faire ou de proposer quelque chose et de lui livrer ainsi un moyen d'attaque, un objet à son activité; se pénétrer enfin de cette vérité naïve, qu'on ne fait pas de faute quand on ne fait rien. Or, elle n'avait pas le nombre, elle n'avait pas la force, ce n'était point à elle de donner une direction.

D'instinct, elle agit ainsi. Si l'on excepte quelques propositions individuelles, elle sut éviter le piège qui lui fut souvent tendu par les habiles de la droite : l'offre

périlleuse et tentante de formuler des projets ou de discuter ses doctrines. Comme si sa mission n'était pas de discuter celles de la majorité, et comme s'il était raisonnable de faire juger sa propre cause par ses ennemis.

Il y avait d'ailleurs, malgré toute son étrangeté, une conspiration générale pour maintenir cette situation anormale.

Indépendamment de cette difficulté quelle éprouvait à prendre l'offensive, la majorité rencontrait dans sa composition même un empêchement plus visible.

Les routes qui conduisaient aux diverses formes de contre-révolution qu'elle avait en vue, n'étaient point les mêmes. Les principes qui pouvaient les justifier se trouvaient également fort divers et souvent contradictoires. Elle se fût donc fractionnée, et tous les éléments dont elle se composait eussent montré leur faiblesse du jour où elle eût tenté quelque affirmation.

Formée de partis bien distincts, le véritable lien de tous ses membres était une négation.

Elle tentait d'arrêter la révolution ; voilà quelle était son unité.

Elle ne pouvait donc que résister, et n'était imposante par le nombre qu'à la condition de rester immobile et critique; mais, dans cette condition, elle pouvait former quelque temps un tout inerte et compacte et continuer encore cette prodigieuse mystification d'un grand parti de l'ordre.

Etrange parti qui ne durait qu'à ces deux conditions : de ne pas parler et de ne pas agir ; qui n'a vécu, comme les bornes, qu'avec cette nécessité de ne se définir ni par

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