‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 50 sur 228 · LIVRE I", LES POUVOIRS ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE I", LES POUVOIRS ET L'OPINION

tion du grand parti de Tordre, et les conditions nécessaires d'existence qu'il dut subir auront pour résultats, non-seulement la dissolution inévitable de cette coalition intempestive, mais encore l'amoindrissement des trois partis qui la forment et celui de leurs principaux chefs.

Sous l'influence des mêmes causes , il se fit un changement dans la* direction de l'opinion, de la résistance vers le mouvement. Ce fait important fut bientôt constaté par les élections nouvelles; et, par les deux lois sur le suffrage et sur la presse , le parti de l'ordre en fit lui-même l'aveu.

Le principal caractère des modifications qu'a subies l'esprit public est essentiellement critique et radical : c'est l'amoindrissement rapide de la force morale du pouvoir exécutif et du corps législatif.

Ces deux institutions ont en peu de temps singulièrement perdu de leur autorité , soit dans leur origine , soit dans leurs manifestations.

Le pouvoir exécutif avait été nommé sous l'empire d'une idée d'hérédité de fonctions; le corps législatif procédait de l'idée de délégation de la souveraineté.

Ces deux idées ont été vivement attaquées, elles perdent chaque jour de leur prestige.

Le pouvoir exécutif se manifeste par des agents , le corps législatif par des lois écrites.

Le respect de ces lois , la considération pour ces agents diminuent.

. Ces tendances auront la plus grave influence sur les événements futurs, elles signalent un caractère nou-

veau dans le grand travail de transformation des sociétés modernes.

Le dernier terme de ce mouvement n'est rien moins en effet que la fin de la période négative de la révolution; elle devient ensuite nécessairement affirmative et change absolument d'allures et de physionomie.

A ce moment le mouvement radical et démocratique qui emporte notre société, achève son évolution en plaçant dans l'urne et la presse la souveraineté qui fut le privilège de l'Église, et le pouvoir qui fut celui de la royauté; attributions et puissance qui dans l'intervalle de ce déplacement ont passé, sous l'influence de Montesquieu, des théories anglaises et de l'éclectisme, par les formes intermédiaires des chartes et des constitutions de nos jours.

Il ne faut point se bercer d'illusions et croire que ce mouvement puisse être arrêté. L'action politique tourne aujourd'hui dans un cercle vicieux , et l'esprit de doute et de négation devient plus général , plus dissolvant et plus invincible à chaque heure qui s'écoule.

) Les deux pouvoirs atteints dans leur origine s'efforceront en vain de se défendre par leurs agents et leurs décisions. Ils se donneront ainsi les torts de la violence, et rendront plus suspecte leur légitimité. Si bien que leur sort inévitable , quelles que soient leurs tentatives, est de succomber sous les coups de la haine ou de s'affaisser sous le poids du mépris.

Ce n'est point leur faute: ils reposent sur des idées fausses ; ces idées sont discutées , elles seront niées, puis oubliées. Les formes qu'elles ont réalisées périront avec elles et seront oubliées comme elles.

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