‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 51 sur 228 · LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION

Le pouvoir exécutif sera bientôt subalternisé par l'opinion, la souveraineté législative ne sera plus déléguée.

La loi tenfl à devenir ainsi l'expression de la volonté générale , amie du repos comme elle et comme elle mobile; à la fois régulière et lenfe et progressive. Le peuple devient législateur et juge, et les corps choisis qui légiféraient et jugeaient en son nom, définitivement transformés , ne sont plus que les préparateurs de la loi, les exécuteurs des jugements.

Je conçois qu'une telle conclusion effraie les esprits qui n'y sont point préparés par des études politiques sérieuses et par l'observation des phénomènes sociaux.

Avec les idées que la plupart ont encore sur la nature de la justice et de la loi, cette prise de possession de la souveraineté par le peuple ne peut apparaître que sous les formes de la tyrannie anarchique la plus effroyable, et le grand nombre des citoyens semble si peu propre à remplir les conditions difficiles de juges et de législateurs, que leur admission générale à de telles fonctions ne présente au premier abord que désordre et qu'impossibilités.

Bien loin en effet que ces fonctions tendent à devenir plus accessibles au grand nombre, il en est aujourd'hui tout autrement; elles deviennent plus difficiles de jour en jour et demandent des qualités plus rares ; si bien que ce dont nous souffrons ce n'est pas seulement de cette tendance générale des esprits à s'immiscer dans l'application et la confection des lois, mais surtout de cette tendance des choses qui fait qu'un moindre nombre

est en même temps susceptible de s'y immiscer avec profit pour la communauté.

Voilà en effet le grand , le véritable danger. Eh bien ! cette contradiction devient plus flagrante, ce danger devient plus menaçant.

Un tel indice n'est-il pas le caractère d'un système politique contraire à la nature des choses , d'un système faux et instable? et, si ce système a fourni le plan d'une constitution politique, n'est-il point vrai que cette constitution ne peut durer?

Si 1 enombre des hommes capables de faire la loi diminue,

Si le nombre des hommes qui veulent faire la loi augmente ,

N'est-ce point le signe que la notion que l'on se fait de la loi est une notion fausse? N'est-il pas, en ce cas, de toute nécessité , que cette notion se rectifie pour se mettre en rapport avec la tendance des esprits et la nature des choses, et résoudre ainsi cette double difficulté qui menace de devenir pour la loi une double impossibilité?

Je sais qu'en pareil cas il est doux et facile de fermer les yeux et d'attendre.

« Pourquoi tant s'agiter, et pourquoi tant chercher?

« La vie est courte; la pensée est orageuse.

« Qu'importent ceux qui naissent à ceux qui vont « mourir? Dormons et jouissons! L'ignorance est un si « doux oreiller! L'insouciance a de si doux sourires !

Ces raisons sont bonnes; cependant elles ne me satisfont point. J'entends d'autres voix et des voix préférées, plus fortes, plus vaillantes , plus sages; elles disent :

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