‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 72 sur 228 · LIVRE II. LA. LIBERTÉ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LIVRE II. LA. LIBERTÉ DE CONSCIENCE

Qui ne s'aperçoit de la guerre qui tend à s'établir entre les deux pouvoirs? Qui ne voit que le conflit naît surtout du manque de délimitation de leurs prérogatives? et nous ne parlons pas ici de cette lutte qui tient à des intérêts d'ambition et de partis. Non ; mais bien de ces plaintes incessantes du pouvoir exécutif, de ces déclarations qui ne manquent pas de fondement, qu'il est dans l'impuissance de rien diriger, et d'exécuter rien de sérieux, de poursuivre aucune grande entreprise, soumis qu il est aux décisions variables et sans unité du parlement.

Nous parlons aussi de ces plaintes également justes du pouvoir parlementaire, à propos de la manière dont ses prescriptions sont exécutées, du défaut de sincérité des documents qui lui sont fournis, des efforts incessamment tentés par son adversaire pour échapper à la lumière ou à la responsabilité.

C'est une guerre de tous les instants dans laquelle les assemblées ont eu jusqu'ici l'avantage, elle ne l'auront plus désormais, ou, du moins, elles ne l'auront pas longtemps.

Si le chef du pouvoir exécutif était nommé par le suffrage universel, s'il prenait une initiative énergique et progressive, et s'il ne craignait point d'assurer son influence par des réélections fréquentes, il est certain que les révolutions brusques qui ont souvent été le résultat de cette lutte des pouvoirs, et qui, jusqu'ici, se sont toujours terminées au détriment de la puissance exécutive, se termineraient, avant quelques années, au détriment de la puissance parlementaire, sans que celle-ci fût cependant jamais abolie; le système des assemblées déléguées

est, en effet, tellement entré dans nos mœurs, que tout gouvernement privé de leur contrôle prendrait immédiatement l'aspect du despotisme et de la violence.

Ce changement si grave dans le caractère des mouvements populaires, et cette tendance future à en entourer l'expression exécutive de la pensée nationale de plus de force et de sympathie que son expression parlementaire, quels que soient d'ailleurs le mérite et la popularité de leurs représentants, se rattache au mouvement même de la révolution.

Il est le signe d'une situation que nous avons déjà plus d'une fois indiqué.

La révolution, ayant une double mission, présente un double aspect. Ce double aspect s'est nettement caractérisé par ces deux mots : le radicalisme et le socialisme.

La première mission de la révolution, c'est de détruire l'ordre ancien, la seconde, c'est de construire l'ordre nouveau. Bien qu'elle ait toujours eu la notion de ce double travail, on conçoit que pendant la première phase de la révolution le côté négatif et radical ait dominé , tandis qu'au contraire pendant la deuxième phase le côté affirma lif et social doit dominer à son tour.

Ce qui fait l'unité de la révolution , c'est que les affirmations sociales ou organiques, quoique présentées sous un autre aspect, sont unes avec les négations radicales et critiques. C'est ainsi que nous avons montré le principe de la liberté de conscience changeant de caractère

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