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LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

dans les assemblées ; quels que soient les actes du pouvoir exécutif, ils agiront en bien ou en mal au profit du mouvement, et la réaction saura peut-être un jour, à ses dépens, de quel prix un pouvoir usurpateur et violateur des droits du peuple devra lui acheter une amnistie passagère, et quelques heures de puissance et de popularité.

De même que dans le passé, tous les empiétements du pouvoir parlementaire sur le pouvoir exécutif ont eu des résultats favorables aux progrès de la révolution radicale, de même dans ï avenir tous les empiétements du pouvoir exécutif sur le pouvoir parlementaire auront des résultats favorables aux progrès de la révolution sociale.

Cet aphorisme n'étant point le résultat d'une appréciation particulière, mais dépendant de la nature même du mouvement, et de l'état actuel des institutions et des idées, est vrai, quelles que soient, d'ailleurs, les personnes et les circonstances. Il peut n'être pas la conséquence des volontés, il sera toujours celle de la force des choses. Aussi, je ne crains pas d' en appeler au temps, et quelques années ne seront point écoulées sans qu'on en ait reconnu la justesse et la vérité.

Il n'en est pas moins vrai que ce moyen de progrès est violent, monstrueux, détestable; il dépend des partis de continuer une guerre acharnée, et d'être ainsi tour à tour la proie des dictateurs et des tyrans de l'ennemi, comme il dépend aussi d'eux de choisir un juge, un arbitre; et ce juge, nous l'avons nommé : c'est le peuple souverain.

C'est en vain que, pour obvier au danger que nous signalons, l'on a proposé de faire nommer le chef du pouvoir exécutif par le, parlement. Ce n'est là qu'un procédé tout à fait insuffisant, un expédient pitoyable.

Je conçois qu'une telle proposition émane de quelques hommes du parti de la résistance; ils ont compris que les assemblées dont la puissance critique a si largement aidé au mouvement radical, emploieraient cette même puissance, qui leur est inhérente, contre les solutions révolutionnaires et deviendraient ainsi dans Je présent un obstacle au mouvement socialiste, dans l'avenir un élément conservateur. Il est tout naturel qu'ils songent à maintenir une prépondérance exclusive aux assemblées. Je conçois moins un tel désir chez les hommes de mouvement, et cela me semble impliquer une étrange contradiction que d'enlever au peuple l'exercice d'un droit inhérent à la souveraineté dans le but de sauvegarder, cette souveraineté. Si I on suivait ce principe dans ses conséquences, on arriverait bien vite à faire de ce pouvoir souverain un mot vide de sens, et une étrange fiction.

Si l'on réfléchit d'ailleurs à ce mode de création du pouvoir exécutif, on voit qu'il amène de bien dangereuses relations : ou le président du conseil nommé par le parlement jouit de toute sa confiance et possède sur la majorité de ses membres une influence incontestée : cela s'est vu, cela peut se voir; ou bien il est absolument dans la dépendance de l'assemblée ; il se peut même que sa position dépende de quelques chefs de

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