‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 75 sur 228 · LIVRE If. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LIVRE If. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

partis et que le gouvernement devienne anonyme ; dans l'un et l'autre cas on a le despotisme d'un homme à l'af>ri des décisions d'une assemblée, ou le despotisme d'une assemblée à l'abri de la responsabilité d'un homme. Des gouvernements sans contrôle et sans responsabilité, alors que leur essence est encore le contrôle et la responsabilité ; des gouvernements à la fois hypocrites et absolus, les plus mauvais, les plus vicieux de tous, les plus détestables, alors que leur durée se prolonge et qu'ils n'ont pas pour excuse une nécessité de fait, essentiellement actuelle et passagère ; des gouvernements, enûn, qui ne sont acceptables que dans les grands jours de lutte, alors qu'un peuple en danger remet son sort entre les mains d'un irresponsable pouvoir, de même que dans une place assiégée toute puissance et toute action se concentrent dans le conseil de défense. Alors la conscience de grands devoirs et l'énergie de l'action suspendent l'influence des causes de désorganisation qui, dans les temps de calme, agissent avec tant de puissance, qu elles conduisent rapidement ces mauvaises formes de gouvernement au dernier degré de l'arbitraire et de la corruption.

Non, plutôt que de prendre un tel parti, mieux vaut encore agir avec franchise, nommer pour ministres de simples secrétaires et gouverner avec des comités ; on sait au moins ce que cela veut dire. L'assemblée n'en est pas moins absolue, mais elle a tout»; la responsabilité morale; elle ne peut du moins ni corrompre le pouvoir exécutif, ni se laisser corrompre par lui. Cette forme de gouvernement est nette et douée d'énergie, mais elle présente un grand vice :

elle est favorable au désordre administratif et manque d'unité, ce qui ne lui permet jamais de durer longtemps.

Tel est cependant le seul gouvernement normal que Ton puisse opposer aux empiétements menaçants du pouvoir exécutif, et comme son établissement suppose un esprit net, des convictions sérieuses et de la volonté ; comme, en outre, ces caractères sont ceux des opinions extrêmes et qu'elles inclinent de plus en plus vers la dictature, je crains sérieusement que nous ne soyons menacés de ce grave danger et de cette honte de l'esclavage du plus grand nombre par le plus petit, si l'on n'entre promptement dans cette voie de la souveraineté de tous que je me suis efforcé d'indiquer.

Il est nécessaire que je précise le caractère de ces dictatures. J'ai constaté précédemment une tendance à la subalternisation des pouvoirs, j'ai montré qu'ils étaient désormais condamnés à voir s'amoindrir leur influence, qu'ils ne sauraient exercer une initiative utile, et que la véritable autorité, la seule qui fût réellement accepté^ se déplaçait, passait dans le peuple et s'exprimait par l'opinion publique. J'en ai conclu que toute dictature est désormais impossible et que nous ne verrions plus de convention ni d'empire. Ceci semble contredire les craintes que j'exprime en ce moment et demande une explication.

Cette contradiction apparente tient au caractère même de la révolution. En traitant du pouvoir et de l auto-

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