LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
A cette influence exclusive de l'opinion sur le pouvoir, on fait une objection.
— L'autorité de l'opinion suppose la liberté de tout écrire et de tout dire ; c'est-à-dire la liberté de réunion, et la liberté de la presse.
— Certainement.
— Eh bien! l'on prêche et l'on écrit des doctrines détestables, des théories subversives de tout ordre , de toute existence sociale, et ces doctrines et ces théories ont leurs néophytes, comme elles ont leurs orateurs et leurs écrivains.
— D'abord, de quel droit parlez-vous ainsi? Sans doute telle est votre opinion. Mais comment votre droit d'opinion peut-il devenir la négation du droit d'opinion d' autrui? Enfin je consens : ces doctrines sont détestables. Que ne les discutez-vous? la justice et la vérité seront pour vous; sans doute vous aurez aussi le dévouaient et l'intelligence. Qu'avez-vous à craindre?
— Que nous sert de dire la vérité? La raison des masses est obscurcie par l'ignorance; elles ne peuvent distinguer le faux et le vrai.
— Que ne les instruisez-vous? En attendant, adressezvous à leur conscience.
— Hélas ! leur conscience est troublée par la douleur. On fait briller à leurs yeux une espérance, elles souffrent, elles s'y abandonnent.
— Que n'améliorez-vous leur sort?
— Instruction pour tous 1 bien-être pour tous ! mais
ce sont là des utopies irréalisable»; mais nous ne pouvons : cela est impossible î
— Oh ! ceci est très-grave ; pourquoi proclamez-vous donc, alors, la liberté de la conscience, et la liberté de la raison , si vous ne pouvez satisfaire, ni la conscience, ni la raison? cela est fort inconséquent. Il faut supprimer ces libertés, votre salut est à ce prix.
— Mais je tiens à ma conscience, je tiens à ma raison. Si Ton veut m' enlever ces libertés, elles sont à moi ; je me révolte, je les défends ; je suis satisfait moi, je suis instruit ! j'ai de la conscience, j'ai de la raison.
— Ab....! vos idées ne me semblent point claires, et je crains que vous ne soyez très-malade. Croiriez-vous encore à la fiction du pays légal? cela me ferait de la peine. Penseriez-vous enfin que la liberté de conscience et d'examen puisse être le droit de quelques-uns sans êlre celui de tous? Je ne voudrai pas discuter celte opinion. Veuillez seulement réfléchir à la nature de ces libertés : cela doit suffire.
Et comment vous servirez-vous de celte liberté? En afticherez-vous les résultats comme un homme qui dit loyalement ce qu'il a le droit de penser? Mais vous devenez vous-même une négation vivante de toute autorité dogmatique. Au milieu de ces hommes que vous dites impropres à la liberté, vous èles un propagandiste. Vous vous détruisez vous-même ; cela ne peut-être. Ferez-vous de l'bypocrisie? témoignerez- vous du respect à ce que vous dédaignez? n'userez-vous de votre liberté de conscience que pour mentir à votre conscience? Oh ! la noble liberté! combien elle doit vous rendre heureux! combien elle est utile à voire dignité! combien elle doit