‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 79 sur 228 · LIVRE H. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LIVRE H. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

de contenir un gouvernement dans de justes bornes. Il est doux, commode, d'un emploi facile et régulier! Et voilà pourtant où l'on aboutit quand on veut détourner les institutions de leur véritable rôle.

La fonction normale de l'assemblée, c'est de maintenir le pouvoir exécutif dans les limites de ses devoirs et de la constitution. Mais si elle agit elle-même, qui donc la contiendra?

Ici encore les événements donnent raison à la logique. Il me suffira de faire appel à des souvenirs récents pour que chacun comprenne que les dangers dont je parle n'ont rien d'imaginaire.

On doit constater que ce mouvement de l'opinion vers un pouvoir unitaire et fort a été singulièrement ralenli par la loi du 31 mai. Si cette loi est maintenue, l'opinion ne tardera pas à se mouvoir en sens inverse, et cette lutte entre les besoins du temps et l'idée produira quelque déchirement.

Le retour des pouvoirs exécutif et parlementaire à leurs fonctions normales suppose, en effet, le suffrage universel et leur soumission à l'opinion. Toute restriction dans le droit de suffrage et toute lutte des pouvoirs contre l'opinion conduisent naturellement celleci à les subalterniser en les amoindrissant; et, dans ce cas, l'opinion trouve tout avantage à les maintenir dans une situation fausse et anormale, où ils ne peuvent que s'entre-détruire ; elle apporte d'ailleurs tout naturellement ses sympathies au pouvoir au sein duquel se trouve l'opposition, qui combat les idées et les actes d'un gouvernement que le peuple considère en quelque sorte comme un ennemi ou comme un

révolté. Ce sont là des situations dangereuses. L'histoire des soixante dernières années suffit à le faire comprendre.

En dehors du suffrage universel et du respect de l'opinion, il n'y a place que pour des gouvernements violents et passagers. C'est là une vérité que ne doivent jamais oublier ceux qui sont à la recherche d'un pouvoir unitaire et fort.

Au fond : si l'on entend par ces mots un pouvoir embastionné de mesures et de lois inquisitoriales et répressives, hérissé de baïonnettes, enveloppé d'une armée de geôliers et d'espions ; qu'on le dise ! Mais la phase exécutive et organique de la révolution sera plus agitée, plus violente et plus sombre que sa phase critique et parlementaire. Cette perspective est triste pour ceux qui n'ont ni l'énergie de ces luttes, ni les passions qui les excusent, ni les habitudes qui les font supporter ; pourquoi se laissent-ils donc gouverner? pourquoi s abandonnent-ils aux partis? pourquoi ne veulent-ils ou n'osent- ils point se gouverner eux-mêmes?

Si par ces mots on entend, au contraire, un pouvoir responsable et libre dans ses allures, couvert et sanctionné dans ses actes par l'autorité de tous, surveillé par les délégués de la nation, toujours maitre d'agir et sur les résultats seuls étant jugé; un pouvoir d'affaires et d'administration, puissant pour le bien, impuissant pour le mal ; qu'on le dise encore î et que la révolution s'achève en paix! sinon, elle s'accomplira dans la guerre. Comment? je viens de le dire.

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