LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
l'humanité, et se félicite de l'avoir eu pour précurseur. L'esprit de réaction, en tentant de reconstituer pour se défendre le monde que le christianisme a détruit, nie cette grande religion non-seulement dans l'avenir , mais encore dans le passé. Les hommes qui défendent l'organisation catholique en ont ainsi perdu la notion précise , et dès à présent , il est certain que les partis conservateurs ont cessé de comprendre l'ordre social qu'ils tentent en vain de défendre. Si bien que leurs éloges deviennent une injure pour cette doctrine, à la hauteur de laquelle leur esprit ne saurait atteindre, et qu'ils calomnient et déshonorent, sans le savoir, les nobles conceptions et les formes sévères auxquelles ils rendent un culte indigne des larges et puissantes idées de justice et de progrès qui les ont animées.
Le véritable caractère de la construction catholique, c'est qu'elle est basée tout entière sur une idée de tutelle. C'est là ce qui la distingue politiquement de toutes les sociétés basées sur l'idée de sujétion. Ce fut un immense progrès. Les peuples ne furent plus réellement sujets, ils furent pupilles. Ce qui distingue en effet la sujétion de la tutelle, c'est que celle-ci ne s'exerce que dans le cercle et la limite d'une loi commune au tuteur et au pupille. Tel fut le caractère évident de l'ordre catholique dans lequel princes et peuples étant soumis à la même loi, les peuples virent de tout temps en elle la limite de leur obéissance, et les princes la limite de leur pouvoir.
Or il est de l'essence de toute tutelle de n'être qu'un fait passager, de n'avoir qu'un but, l'éducation, et de finir avec elle. L'idée catholique était en ce sens une idée essentiellement transitoire. Il est digne de remarque que toute idée de transition cesse d'ailleurs d'autant plus vite d'être utile, que ceux dont la mission est de l'appliquer, le font avec plus de perfection. Quant au tuteur, il est d'évidence que, plus vite et mieux il a rempli sa tâche, plutôt l'éducation du pupille est parfaite, et plutôt la tutelle cesse d'avoir de raison d'être. Aussi sera-ce dans l'avenir le véritable honneur de l'Église et de la royauté de France, que leur peuple ait été le premier, de tous les peuples catholiques, capable de sa liberté. Arriver à se rendre inutiles, telle étaitleur mission; l'avoir accomplie, telle sera leur gloire; cette gloire sera partagée par les institutions qui leur servirent d'aides et de soutiens dans cette éducation grave d'un peuple illustre. Quelle nation peut montrer avec orgueil une doctrine aussi pure, une telle suite de grands rois, tant de savants évêques, tant de magistrats austères, et tant de vaillants soldats ? Ahl royalistes, vieux parlementaires et jésuites, sachez-le, nous aussi nous sommes à la France ; et, libres, nous ne répudions rien des enseignements et des souvenirs de la maison paternelle; sachez-le surtout, en méconnaissant l'avenir, c'est vous qui déshonorez le passé, c'est vous qui le déclarez inutile, c'est vous qui niez l'œuvre accomplie par nos pères, c'est vous qui les avilissez 1 Ne ditesvous pas que vous les représentez? Hélas! hélas! en vous pouvons-nous les reconnaître? Vous fûtes leurs élèves ! vous êtes leurs héritiers ! Ah ! vous mentez ! vous