‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 88 sur 228 · LIVRE If. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LIVRE If. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

tendance générale de l'Église, qui la rend désormais incapable d'être une institution d'ordre moral : c'est le jésuitisme. Une grande gloire de l'ancienne Église de France est d'avoir toujours su lui résister ; mais à la suite du grand mouvement de 89, elle se releva si faible et si mutilée des atteintes qui lui furent portées par la révolution, qu'elle crut devoir accepter cet auxiliaire dangereux qui avait déjà perdu l'Espagne et l'Italie, et qu'elle ne craignit point ainsi de s'empoisonner pour prolonger son existence.

Des motifs analogues ont agi sur l'esprit de l'armée : la conscience du droit d'examen agit fortement sur le sentiment de ses devoirs. Elle ne se considère plus comme un instrument d'action entre les mains d'une autorité qui pense et décide pour elle. Non, elle se croit le droit de penser, elle pense, elle veut. De ce moment elle devient une idée distincte au milieu de la nation, à cette idée se joint la force. D'un instant à l'autre, elle peut cesser d'être un instrument d'ordre à la disposition du pays, elle peut être un parti, elle peut être plusieurs partis. Il en sera nécessairement ainsi, telle est la force des choses : c'est le césarisme.

Voilà comment l'esprit de la révolution pénétrant même dans les institutions que l'ancien ordre de choses a fondées les rend incompatibles avec la conservation de cet ordre.

Mais comme ce nouvel esprit est essentiellement incompatible avec la mission et le sentiment des devoirs de ces institutions créées en vertu de principes opposés, il s'ensuit, dans leur sein, une lutte perpétuelle entre les traditions et les désirs, entre l'origine et le but,

entre les préjugés et la raison. C'est ainsi qu'elles enferment en elles des contradictions qui deviennent à tous moments plus sensibles et le germe de leur propre dissolution.

Le jésuitisme et le césarisme : tels sont les noms par lesquels nous désignons ces tendances éclectiques qui, comme tout éclectisme sont un signe de désorganisation.

Le jésuitisme, c'est une doctrine spiritualiste cherchant à se maintenir par la sensation. Contradiction et corruption.

Le césarisme c'est un instrument d'action cherchant une influence dans l'idée politique, et comme institution reniant ainsi sa nature, confondant enfin le soldat et le citoyen. Contradiction et violence.

Cette même cause, l'éclectisme, résultant de l'union des idées de la révolution et du catholicisme dans un même cerveau, ayant partout pénétré, nous voyons partout se reproduire les mêmes effets. Nous avons déjà montré dans l'ordre judiciaire l'idée rétrogradant et s' efforçant de prendre pour modèle l'idée judiciaire de l'empire romain. De même l'Église rétrogradant reproduit à nos yeux l'esprit de l'école d'Alexandrie; de même, l'armée tend à reproduire l'esprit des gardes prétorien ues.

C'est ainsi que lorsque l'on accuse le socialisme de nier l'idée chrétienne, l'esprit de conservation outrée la nie encore avec plus de force, et, si j'ose le dire, plus de mépris.

Le socialisme en niant le christianisme le reconnaît au moins comme nécessaire dans le développement de

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