‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 91 sur 228 · LIVRE II. LÀ LIBERTÉ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LIVRE II. LÀ LIBERTÉ DE CONSCIENCE

mes à de plus justes notions de la nature des choses.

Quand l'autorité existe, le pouvoir lui vient tout naturellement, et sans qu'il soit nécessaire de s'en préoccuper.

Quand l'autorité n'existe pas, de quelque foroe que l'on tente d'entourer le pouvoir, il ne la remplacera jamais.

Un peuple sans pouvoir est possible ; un peuple sans autorité ne l'est pas.

Un peuple privé momentanément d'autorité se trouve dans le plus grand péril.

Un peuple sans autorité possible est un peuple perdu.

Une autorité est d'autant plus parfaite et plus durable qu'elle a besoin d'un moindre pouvoir.

La vérité de ces assertions résulte de la définition même du pouvoir et de l'autorité.

L'autorité est le principe supérieur qui unit et justifie l'ensemble de toutes les idées communes à une nation. C'est un axiome fondamental ou une hypothèse universellement consentie.

Le pouvoir est l'instrument au moyen duquel les conséquences de cet axiome s'appliquent à ceux qui ne veulent ni les accepter ni les comprendre.

Quand ces conséquences pratiques sont logiquement déduites de l'autorité, l'action du pouvoir est légitime et normal

Quand ces conséquences sont au contraire fausses et illogiquement déduites des principes fondamentaux , l'action du pouvoir devient absurde et injuste.

Mais, en aucun cas, l'action du pouvoir ne saurait

18g LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE.

ressusciter l'autorité, c'est-à-dire l'ensemble d'idées, de principes vrais ou faux qui la constitue, lorsque cet ensemble est détruit.

Cet ensemble se détruit de deux façons, par le scepticisme et par la contradiction.

Le scepticisme est pour un peuple une maladie mortelle; il ne saurait en guérir. C'est l'amoindrissement graduel de la croyance à tous les principes; l'indifférence à toutes les vérités, ou plutôt cette idée qu'il n'y a point de vérité fondamentale, qu'il est inutile d'en chercher une, que dans la solution de chaque difficulté on doit uniquement se préoccuper des événements et des circonstances, et qu'il est iuutile d'unir ces solutions diverses, de leur chercher une loi générale, de les faire découler d'une doctrine; car il n'y a ni solution unique, ni loi générale, ni doctrine. C'est l'athéisme appliqué ; ou plutôt c'est une sorte de fétichisme douteur qui croit à toute chose sa raison d'être, et se résigne à ne pas connaître l'unique raison de toutes les choses.

Alors se brise et se dissout l'unité sociale qu'avait fondée d'abord la notion générale qui constituait l'autorité; les grandes institutions cessent d'être liées et d'avoir une action commune ; bientôt, dans leur sein, le même désordre introduit la même division, et les fonctions se séparent à leur tour; enfin, la même cause ne cessant point d'agir, chaque homme ne règle plus ses efforts que par des appréciations personnelles et contingentes; nul ordre, nulle unité n'est plus conce-

Page 1