L1YKE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
vable ; tout se précipite par la dissolution à l'anéantissement, et la société meurt.
La contradiction est plus violente, elle apparaît sous des formes plus désordonnées et plus brutales; mais elle est bien moins dangereuse. Nous entendons désigner ainsi la lutte qui s'établit dans le sein d'un peuple entre deux principes'd'âutorité inconciliables. C'est là certes un état pénible; mais enfin l'autorité nouvelle peut et doit avec le temps vaincre l'ancienne autorité. Ces deux sociétés animées d'un esprit si différent, d'une notion de la nature des choses si opposée, ne se ressembleront point; peut-être n'auront-elles rien de commun ; mais enfin ce n'est point là l'anéantissement, c'est une transformation.
Ces transformations nécessaires ce sont les grandes révolutions de l'humanité. Il ne faut point se bercer de faiblesses et d'illusions par cela seul qu elles sont des changements dans l'idée fondamentale de vérité; dans la notion même de perfection, ce sont des changements dans la notion de Dieu, des révolutions religieuses.
Dans ces luttes entre deux autorités il se passe d'ordinaire un fait déplorable. Lorsque l'ancienne autorité sociale a définitivement été vaincue, et qu'il est désormais acquis que l'on ne saurait lui faire appel ; quand enfin, daiïs la discussion des actes politiques ou des lois, il n'est plus permis de l'opposer comme un argument invincible, — ainsi qu'il arrive aujourd'hui de la révélation chrétienne, depuis qu'il n'y a plus de religion de l'État; — quand, dis-je, le mouvement en est à ce
point, au lieu d'accepter l'autorité nouvelle, les hommes de résistance, et quelquefois, malheureusement aussi, les hommes de progrès ignorants, arguent de vieilles autorités, perdues dans la nuit des temps, qui ne sauraient plus être d'aucun usage à l'humanité. Rien n'est plus douloureux pour les véritables amis du progrès qu'une telle tendance. Il est certain qu'elle ne peut être utile à personne, pas même aux hommes de réaction ; car ces prétendues autorités n'ont aucune chance d'être acceptées ; il serait tout à fait impossible de réaliser aucune des formes sociales ou des institutions qui en découlent naturellement; elles sont mortes et bien mortes. Mais ces fantômes évoqués jettent la frayeur et le trouble dans tous les esprits, et c'est quelque chose de désolant que d'être obligé de recommencer toujours les mêmes efforts, et de combattre ces légions de revenants qui pour palais à l'avenir viennent offrir leurs sépulcres.
C'est à ce point que nous sommes aujourd'hui. Depuis l'heure de la proclamation de la liberté de conscience et de la suppression d'une religion de l'État, on ne saurait considérer l'idée chrétienne comme l'autorité fondamentale de notre ordre social ; il n'en est pas moins vrai que c'est par elle, et conformément à elle, que cet ordre fut produit; il n'est pas moins vrai que, sous peine de détruire la liberté de conscience, l'ordre social ne peut avoir aujourd'hui pour but avoué de maintenir les hommes dans le cercle de prescriptions dogmatiques supérieures à la conscience individuelle. Il est aussi certain que cet ordre suppose la foi et l'obéissance à la doctrine chrétienne chez ceux dont il règle les rapports, et