‹ La souveraineté pontificale et l'ItalieChapitre 13 sur 16 · ADRKSSE AU SAINT-PERE · texte numérisé non relu

ADRKSSE AU SAINT-PERE

« Paris, le 2 février 18tio.

« Tres-Saint-Père,

• Les catholiques soussigués croient accomplir un devoir en déposant a vos pieds, avec l'expression de leur amour pour le vicaire du Christ, les pensées que, dans les circonstances présentes, leur inspire un inviolable attachement à l'Église. Le silence leur paraîtrait une trahison de la cause quils défendent, plus qu un hommage à une autorité qu'ils révèrent. Le dévouement consiste, pour eux, non à natter, mais à servir.

« Très-Saint-Pôre , la domination de l'Autriche sur l'Italie est brisée. Que le plan d'une confédération vienne,

on non, à prévaloir dans le règlement des affaires, l'Italie reMera libre du joug étranger ; désormais elle n'appartient qu'à elle-même.

<( Ce fait, qui est irrévocable, domine la situation, et les conséquences en sont décisives. La fortune de la guerre, ou, pour parler chrétiennement, la Providence, a déplacé le point d'appui sur lequel reposaient les gouvernements de la Péninsule; c'est maintenant en Italie, et non ailleurs, qu'il faut trouver ce point d'appui.

c Les catholiques soussignés ont la conviction que la forme sous laquelle s'est exercé le pouvoir temporel depuis 1815, ne répond pas à un besoin si pressant. Us viennent vous supplier de reconnaître que ce qui était hier, dans les États de l'Église, en harmonie avec les conditions générales de l'Italie, ne peut plus s'adapter à sa situation présente. Ils viennent vous demander, non pas, certes, très-Saint-Père, de vous dépouiller de vos provinces, mais d'en mettre le gouvernement d'accord avec des faits qui ne sauraient plus être maîtrisés. Dieu les garde de solliciter de votre sainteté une abdication ! mais ils osent réclamer d'elle une de ces transactions fécondes qui sauvent les pouvoirs en les renouvelaut, et que la politique de Rome a toujours connues.

« Les catholiques soussignés croient que deux principes doivent être consacrés désormais dans le gouvernement des États de l'Église.

« Le premier est ce droit chrélien, laïque et rationnel, dont vivent aujourd'hui toutes les sociétés civiles, et dont l'application, nous le disons très-haut, a permis à la religion catholique de reconquérir, en France, le terrain qu'elle y avait perdu. La revendication de ce droit, les

soussignés ne peuvent la considérer comme coupable de la part des peuples qui habitent les États-Romains. Tout en tenant compte des tempéraments que de suprêmes Intérêts peuvent rendre désirables, ils ne condamnent pas à Bologne ce qu'ils approuvent à Paris. Le catholicisme ne leur parait point intéressé à la conservation d'un système gouvernemental qui n'a ses raisons d'être que dans des faits sans rapport avec les exigences de la société moderne : à leurs yeux, le plus grand péril qu'il soit possible de créer au catholicisme, serait de le constituer, dans la personne de son auguste chef et au nom d'intérêt humains, en lutte ouverte avec les forces morales et politiques auxquelles un développement providentiel assure, quoi qu'on fasse, la possession de l'avenir.

« Aussi, Très-Saint-Père, les catholiques soussignés se séparent profondément de ceux qui volent dans les peuples des États-Pontificaux un bien, une propriété, que le siège de Home aurait reçu comme une sorte d'immeuble, et qui devrait être administré et transmis comme tel. Ils établissent une différence fondamentale entre les biens et les propriétés de l'Eglise, qu'ils déclarent inviolables, et qui sont en dehors de toute discussion, et cette société d'hommes que des causes diverses ont placée sous le gouvernement du Saint-Siège. Ils croiraient, en acceptant uue telle assimilation, non-seulement faire injure à leur conscience et à leur raison, mais porter directement atteinte à la doctrine que l'Église catholique, pour la dignité et le salut du monde régénéré par elle., n'a cessé de professer sur les origines et sur les droits de la souveraineté.

« Ils savent, en effet, que les docteurs des siècles catholiques par excellence, ont soutenu des principes abso-

nu-

lument contraires à toute théorie despotique, à savoir que la souveraineté des princes dérive directement de la communauté civile, en d'autres termes, du peuple régulièrement consulté; ils se rappellent que, selon saint Thomas, tandis que le pouvoir spirituel est conféré immédiatement par Dieu à son représentant sur la terre, et, par conséquent, est indiscutable ; la souveraineté temporelle, bien qu'ayant, elle aussi, sa raisou première en Dieu, est déléguée pourtant, en vertu du droit humain, par la société elle-même, qui en détermine les conditions et peut en modiûer l'exercice. Ils n'oublient pas qu'au seizième siècle un grand théologien, Suarez, a combattu, dans uu livre approuvé par un pape (Defensio fidei catholica advenus anglicanœ sectœ errores), cette doctrine qui naissait alors : « Qu'il n'y a pas de différence entre le pouvoir spirituel du Souverain-Pontife elle pouvoir temporel du Prince; que l'un et l'autre pouvoir, venant immédiatement de Dieu, sont a l'abri de tout contrôle de la part des hommes. » Us répètent aussi avec le docteur Angélique, que Yautorité publique a le droit de connaître des abus du pouvoir constitué : « y on privatâ prœsumptione aliquorum, scd auctoritate publicâ procedcndum. n

a Les catholiques soussignés ne savent pas seulement que la doctrine de l'Église a de tout temps protégé la dignité morale des peuples; ils se redisent avec orgueil que toute l'histoire des Etals-Pontificaux est en parfait accord avec la vérité doctrinale.

« Dans des circonstances où leur filial dévouement est mis à de si douloureuses épreuves, ils ont pourtant ce bonheur de n'avoir qu'à eu appeler du Saint-Siège au Saint-Siège, et de pouvoir, l'histoire môme de la Papauté

à la main, demander à la Papauté de chercher dans une transaction avec son peuple le gage de sa propre indépendance,

« .Et, en effet, on calomnie le trône pontifical quand on lui donne pour appui dans le passé l'éternelle servitude d'un peuple. Les vrais titres du pouvoir temporel sont à l'origine, non des parchemins étrangers, mais des actes de souveraineté nationale. Les Papes furent en fait les chefs élus du peuple romain, avant que le glaive des Francs pût graver une donation sur les tables du droit européen. C'est le peuple romain qui fut le véritable fondateur du; pouvoir temporel des Papes ; Pépin et Charlemagne ne donnèrent à ce pouvoir que la sanction de leur épée. Or, en faisant acte de souveraineté, il ne semble point que ce peuple l'aliénât; on ne voit pas que Grégoire H s'indignât de n'être que le chef de la République romaine; que Clément III, Grégoire IX, Innocent VI compromissent la dignité de la tiare en garantissant par des chartes les libertés municipales des Romains ; que Grégoire XI, Boniface IX, Martin V, etc., avilissent le pouvoir dont ils étaient dépositaires en reconnaissant aux villes des K magnes et de l'Ombrie le droit de stipuler leurs franchises sous la souveraineté nominale du Saint-Siège; que Nicolas V, en Rengageant par le pacte de iUUl à respecter le gouvernement libre de Bologne et a recevoir a Rome l'ambassadeur de cette cité, faillit à sa mission de pontife; maison voit qu'accueillant de plein gré des compromis nécessaires avec des droits qu'ils ne niaient pas, ces grands Papes ont prévenu des guerres et terminé des conflits.

« A toutes les époques, une adhésion exprimée ou tacite de la volonté uationale, sanctionne, dans ses trausfor-

mations successives, le pouvoir temporel des Papes, et le soutient en le légitimant.

« C'est-à-dire que dans cette grande affaire de Home, la force est absolument impuissante. D'une question de politique religieuse, la plus haute que la Providence puisse poser à la raison de ce siècle, il ne dépend pas des hommes de faire une question de coups de canon.

« Après la prise de Rome en 1849, la question était restée entière; après la prise de Bologne, si l'on y rentrait aujourd'hui par la brèche, elle n'aurait point fait un pns. Après comme avant le fait matériel, deux principes seraient en présence, deux volontés, deux droits; tant que ces droits, ces volontés, ces principes ne seront pas uuis par un libre assentiment dans une transaction, un pacte, un concordat, les catholiques qui portent en ce moment la parole ne peuvent espérer la solution de difficultés qui, non pas depuis la dernière guerre, non pas depuis le congrès de 1856, non pas môme depuis la révolution criminelle de novembre 1868, mais depuis 1821 , ne cessent de renaître pour le gouvernement de Votre Sainteté.

a Le second principe auquel les catholiques soussignés pensent que la logique d'événements providentiels impose la nécessité de donner satisfaction dans le gouvernement des Étals de l'Église, c'est le principe de la nationalité. Et tel, Très Saint-Père, c'est Pie IX que nous supplions de revenir à Pie IX. Le premier de tous les souverains-pontifes, vous avez béni, non pas les États-Romains en particulier, non pas la Toscane, non pas une partie de la nation italienne, mais la nation elle-même, mais l'Italie ; et cotte magnifique allocution du 10 février 1868 ne faisait qu'annoncT la lettre mémorable où vous conjuriez la nation

allemande « de ne point mettre son honneur dans des tcr> « talives sanglantes contre la nationalité italienne, » Vousmême, Très-Saint-Père, avez jeté un feu nouveau dans les veines de l'Italie ; en vous l'Italie s'est reconnue; par vous elle a eu conscience de sa vie propre.

« Or, celte idée de la patrie italienne, aujourd'hui moins que jamais, pourrait être méconnue, et elle étend sa puissance sur les États de 1 Église comme sur les autres États de la Péninsule. La neutralité entre tous les peuples chrétiens est certes le premier devoir du chef de l'Église, et votre Sainteté a glorieusement rempli ce devoir. Mais la neutralité est-elle au môme degré le rôle du prince temporel? La neutralité des peuples des États-Romains, peuples italiens au même titre que les Toscans et les Lombards, n'est-elle pas un plan chimérique? La neutralité peut être accordée à qui la demande; comment l'imposer à qui la repousse ? La neutralité peut être réclamée par une nation entière ; comment serait-elle acceptée par un membre d'une nation, quand cette nation est engagée dans une crise d'où dépend son existence ?

« Qui d'Ailleurs, dans les États de l'Église, ferait triompher un tel principe? Dans toute la force de votre popularité, vous-même, Très-Saint-Père, avez été impuissant à en conquérir le respect. La révolution romaine de I8/18 a eu pour cause première cette question de la neutralité. Ce n'était pas seulement un problème romain qui se débattait à Rome pendant la guerre de 1868, c'était avant tout un problème italien. Et récemment, quand éclata l'insurrection des Romagncs et celle de Pérouse, c'était encore le droit national itauen qui triomphait du droit diplomatique Me la neutralité.

• La neutralité, droit et devoir du cher de l'Église, nous le répétons, ne saurait donc en thédrië, et ne peut, eh hit, Glre imposée aux peuples des Éiat$-Ilomains. Ce principe n'y serait Jamdls qu'une machine de guerre contre l'Église, une flamme atix mains de la passion : inutile en temps ordinaire, funeste aux jours d'une lutte nationale.

« Trouver une combinaison qui dégage le cher de l'Église des questions de nationalité et d'armements, questions qui seront toujours pour lui une menace et un péril ; faire en sorte que le peuple des États-Romains puisse, le cas échéant, s'associer librement par la politique, et, au besoin, pnr la guerre, aux destinées générales de la nation italienne, là est, pour les catholiques soussignés, le seul moyen d'assurer la sécurité du Saint-Siège.

« Votre Sainteté avait reconnu cette nécessité impérieuse lorsqu'en 18à8 elle avait confié à l'illustre UOsminl et au t\ Ventura la mission d'élaborer la constitution d'un pouvoir central chargé d'administrer les intérêts généraux de la confédération Italienne.

i Ainsi, Très-Saint- Père : i° transaction, concordat avec vos peuples, transaction et concordat ayant pour point de départ les droits que la doctrine catholique a toujours reconnus à la communauté civile, ayant pour but d'assurer à ces peuples l'application des principes qui constituent aujourd'hui la vie politique de toutes les nations; 2* organisation qui permette a ces mêmes peuples de ne point s'isoler de la vie générale de la nation italienne : double base sur laquelle la Providence semble avoir résolu d'opérer la réconciliation du Souverain-Pontife avec les populations des Étals de l'Église, avec l'Italie, avec l'esprit des sociétés modernes.

» Hors de cette réconciliation , — Us vous supplient, dans la sincérité de leur dévouement, de leur permettre de le dire, Très-Saint-Père, — les catholiques soussignés n'entrevoient que désastres pour la société religieuse, par conséquent que désordres moraux pour la société civile.

« Très-Saint-Père, jamais peut-être nn moment plus solennel ne s'est levé pour l'Église et pour le monde. Des résolutions que Votre Sainteté va prendre, dépendront la pacification de l'Italie et peut-être la destinée religieuse du dix-neuvième siècle.

« Au moment où tout paraît perdu à ces hommes sincères, mais entraînés, croyons-nous, par des pensées vaines, qui cherchent à creuser un abîme entre l'Église et la société laïque, vous seul, Très-Saint-Père, pouvez tout sauver.

« Quand on dit à Votre Sainteté que ce qui se passe en Italie n'est qu'une vaste conspiration contre l'Église, Très- Saint- Père, ne le croyez pas. Nous n'ignorons certes point quelle part le génie du mal sait toujours se faire dans toute crise politique; mais il serait bien grave, et il est heureusement impossible de voir des ennemis de la Papauté dans cegraud nombre d'hommes qui, depuis quinze années, ont mis la main ou se sont associés par leurs vœux au mouvement général de l'Italie, et qui, en France aussi bien qu'au-delà des Alpes, travaillent à celte œuvre suprême : l'accord des droits de l'Église avec les principes de la société issue de 1789.

« Très-Saint-Père, des jours néfastes séparent le moment actuel des temps glorieux où, vous entourant d'une popularité sans exemple dans l'histoire, le monde entier saluait en vous l'homme de ses désirs, et revenait au ca-

tholicisme en se donnant à vous. Dites un mot, et les sociétés modernes peuvent retrouver la voie où, pour la gloire de l'Église, elles avaient commencé à suivre vos pas.

« Ceux qui, à genoux devant Votre Sainteté, n'ont pas craint de lui faire entendre des paroles que leur dictait une conviction ardente, ressentent en eux, Très-Saint- Père, les angoisses qui déchirent votre cœur ; demandant à Dieu, du fond de leur âme, d'abréger pour Votre Sainteté le temps de l'épreuve, ils la conjurent de voir dans la liberté même de leur langage la preuve des sentiments dont ils sont pénétrés ; et, implorant la bénédiction du Père commun, pour qui ils seraient prêts à se dévouer,

« Ils se disent avec la plus profonde vénération,

t Très-Saint-Père,

« De Votre Sainteté les très-humbles et très-respectueux serviteurs et fils. »

NOTE ADRESSÉE PAR M. DURANDO AUX AGENTS DIPLO- MATIQUES DU ROYAUME D'iTALIE A L'ÉTRANGER.

«• Turin, le 10 septembre 1862.

« Monsieur,

« L'attitude prise par le gouvernement du roi depuis la tentative de Sarnico, donnait lieu de croire que le général Garibaldi renoncerait désormais à des entreprises incompatibles avec l'ordre établi et de nature à compromettre ntalie dans ses rapports avec les gouvernements étrangers.

« Cette attente a été déçue. Égaré par des sentiments que le respect de la loi et une appréciation plus juste de la situation auraient dû contenir, et trop accessible aux excitations d'une secte plus connue par ses victimes que par ses succès, il ne recula pas devant la perspective d'une

guerre civile, et voulut se faire l'arbitre des alliances et des destinées de l'Italie.

« A la faveur des souvenirs laissés en Sicile par les événements de 1800, il put réunir dans celte lie des corps de volontaires; les populations, partagées entre la sympathie que devait éveiller en elles une revendication de Rome et le regret de voir cette revendication prendre le caractère d'une révolte, ne le virent passer au milieu d'elles qu'avec inquiétude et tristesse. Le Parlement le désap- . prouvait ; le roi lui-même, dont il ne cessait d'invoquer le nom, le rappelait à la soumission aux lois; tout fut inutile. Il parcourut la Sicile et entra à Catane, trouvant partout un accueil plein d'avertissements salutaires qu'il ne sut pas entendre; de Catane enfin, il passa sur le continent avec trois mille hommes, obligeant ainsi le gouvernement du roi d'en venir à une répression immédiate et complète. C'est alors que, rejoint par un détachement de l'armée, il fut pris avec les siens.

« Les faits que je viens de vous rappeler sommairement, Monsieur le ministre, ne laisseront d'autre trace parmi nous qu'un souvenir douloureux; l'union des esprits, fondée sur un attachement unanime a des principes supérieurs, n'en saurait être troublée. Ils ont cependant une signification que vous ferez remarquer au gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité. Ils sont d'abord un témoignage de la autorité politique de ces populations, libres d'hier seulement, du désir que l'Italie éprouve de voir ses destinées s'accomplir par des voles régulières, et des liens indissolubles qui unissent la nation à la monarchie constitutionnelle, expression suprême des volontés du pays. Ils sont encore une preuve nouvelle delà fidélité et

de la discipline de l'armée, constante et sûre gardienne de l'indépendance nationale.

« Toutefois les cabinets européens ne doivent pas se méprendre sur le sens véritable des événements. La loi Ta emporté ; mais le mot d'ordre des volontaires a été cette fois, il faut le reconnaître, l'expression d'un besoin plus impérieux que jamais.

« La nation tout entière réclame sa capitale; elle n'a résisté naguère à l'élan inconsidéré de Garibaldi que fcarce qu'elle est convaincue que le gouvernement du roi saura remplir le mandat qu'il a reçu du Parlement a l'égard de Rome. Le problème a pu changer de face, mais l'urgence d'une solution n'a fait que devenir plus puissante.

« En présence des secousses de plus en plus graves qui se renouvellent dans la Péninsule, les puissances comprendront combien est irrésistible le mouvement qui entraine la nation entière vers Home. Elles comprendront que l'Italie vient de faire uu suprême et dernier effort cil traitant en ennemi un homme qui avait cependant rendu de si éclatants services et soutenu un principe qui est dans la conscience de tous les Italiens ; elles sentiront qu'en secondant sans hésitation le souverain dans la crise qu'ils viennent de traverser, les Italiens ont entendu réunir toutes leurs forces autour du représentant légitime de leurs droits, afin que justice entière leur soit enfin rendue.

« Après cette victoire, remportée en quelque sorte sur elle-même, l'Italie n'a plus besoin de prouver que sa cause est celle de l'ordre européen ; elle a assez montré à quels sacrifices elle sait se résoudre pour tenir ses engagements, et l'Europe sait notamment qu'elle tiendra ceux qu elle a

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pris el quelle est prèle à prendre eucorc relalivement à la liberté du Saint-Siège. Les puissances, dès lors, doivent nous aider à dissiper les préventions qui s'opposent encore a ce que l'Italie puisse trouver le repos et rassurer l'Europe.

« Les nations catholiques, la France surtout, qui a si constamment travaillé à la défense des intérêts de l'Église dans le monde, reconnaîtront le danger de maintenir plus longtemps entre l'Italie et la Papauté un antagonisme dont la seule cause réside dans le pouvoir temporel, et de lasser l'esprit de modération et de conciliation dont les populations italiennes se sont montrées animées jusqu'ici.

t Un tel état de choses n'est plus tenable ; il finirait par avoir, pour le gouvernement du roi, des conséquences extrêmes, dont la responsabilité ne saurait peser sur nous seuls, et qui compromettraient les intérêts religieux de la catholicité el la tranquillité de l'Europe.

« Je vous invite, Monsieur le ministre, à donner lecture, etc.

« Signé : Jacques Duràmh). ■

Dépêche du général Durando, en date du 8 octobre, communiquée par S. Exc. le chevalier Nigra à M. Drouyn de Lhuys.

Monsieur le chevalier,

Les documents publiés récemment par le Moniteur français sur la question romaine, nous font croire que le gou-

vernement impérial, pénétré lui-même des dangers de la situation actuelle, pense qu'on ne saurait laisser plus longuement cette question en suspens et qu'il est urgent de chercher une solution qui sauvegarde en môme temps, dans l'intérêt des deux pays, et les principes que la France protège à Rome, et les exigences de la nationalité italienne.

L'occupation de Rome, quels qu'aient été les motifs qui l'ont déterminée, ne constitue pas une atteinte au principe de non-iutervention reconnu généralement par les puissances, et spécialement appliqué à l'Italie. Ce qui importe maintenant, c'est de voir si la continuation de l'occupation peut être justifiée pour l'avenir.

En envoyant des trompes à Rome et en les y maintenant, le gouvernement français avait non-seulement en vue de rétablir le Saint-Père et le siège pontifical, mais aussi de réconcilier le souverain de Rome avec l'Italie et de procurer en même temps aux Romains un gouvernement plus conforme aux conditions de la civilisation moderne.

Tous les efforts de. l'Empereur ont été constamment dirigés vers ce but, et son désir, nous ne saurions eu douter, a toujours été de faire cesser l'occupation dès qu'il aurait pu l'atteindre. Ne se laissant pas décourager par des refus réitérés, il a pu conserver longtemps l'espoir de faire prévaloir dans la cour romaine des conseils de prudence et de modération.

Mais après la dernière allocution du Pape, après le rejet des propositions que le Moniteur vient de publier, peut-on encore nourrir l'espérance d'amener cette cour à une appréciation plus juMe de la situation et à des sentiments

plus équitables enverç l'Italie? U réponse ^ cardinal Antonelli ne peut plus laisser de doute à cet égard. Elle contient un refus péremptoire de tout accommodement

Demander, en effet, qu'on rende préliminairement au Saint-Siège les provinces qui depuis deux ans forment partie intégrante du royaume d'Italie, que la France et presque toutes les puissances ont reconnu, et dans lesquelles, avant l'annexion, aucun ordre n'était possible sans l'interveniion permanente de forces étrangères; se refuser a admettre un arrangement quelconque sans celte restitution, c'est fermer toutes les voies à des négociations futures.

Il est donc désormais démontré a l'évidence que l'occupation n'a obtenu et n'obtiendra jamais ni la réconciliation de l'Italie avec le Saint-Siège, ni celle de la population romaine avec sou gouvernement. Voila quatorze ans que la garnison française est à Rome, et aucune des réformes demandées n'est venue améliorer le gouvernement pontifical ; les consciences catholiques sont plus troublées que jamais.

Il y a plus : une des conséquences regrettables d'une occupation si prolongée est de maintenir dans l'esprit de la cour romaine la certitude que son appui ne lui fera jamais défaut, et que, par conséquent, il lui est loisible dq repousser toute tentative que l'Italie ferait dans le but d'arriver, par la voie des négociations directes, à un arrangement avec le Pape.

L'occupation, d'ailleurs, ôtant aux Romains toute possibilité d'exercer par des moyens pacifiques une action légitime sur leur gouvernement, les empêche d'obtenir les

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améliorations que dans tous les pays l'opinion publique

réclame rarement en vain.

Elle entretient dans toute la Péninsule une agitation aussi nuisible à l'organisation du royaume qu'à nos bons rapports avec la France et au maintien de la paix en Europe.

Le gouvernement romain, couvrant de son égide les conspirations dont l'ancienne cour de Naples est le centra et le foyer, en donnant asile au roi déchu et aux brigands qui désoient eu son nom les provinces méridionales, fait en réalité, à l'abri du drapeau de la France, des actes de guerre contre l'Italie.

L'Europe, qui assiste depuis longtemps à ce spectacle douloureux, et qui ne peut se convaincre qu'il ne soit pas possible d'y mettre un terme, cherche à s'expliquer la continuation de l'occupation française par des suppositions qui n'ont aucun foudement, j'ai hâte de le reconnaître, dans les intentions du gouvernement impérial, niais qui ne nuisent pas inoins aux intérêts des deux pays.

Toutefois, en présence des tentatives réitérées du parti révolutionnaire en Italie, le gouvernement français pouvait douter jusqu'ici que nous eussions assez de fore**, et d'autorité pour les réprimer, pour ramener la tranquillité dans le pays et tenir les engagements que nous auriousété dans le cas de prendre pour garantir la sûreté du Pape ; ce doute n'est désormais plus possible.

L'énergie dont le gouvernement a fait preuve dans les derniers événements, la promptitude avec laquelle il a rétabli l'autorité de la loi, et l'amnistie que sans crainte il a pu conseiller au roi, témoignent qu'il a la conscience de

-lissa force et qu'il n'hésitera pas à l'employer pour maintenir l'ordre établi et ses engagements.

Il est évident à nos yeux que rien ne s'oppose maintenant à ce que Ton s'entende sur l'opportunité de faire cesser l'occupation. Ce système a déjà fait ses preuves sans avoir pu amener, je le répète, ni la conciliation, ni les réformes vainement sollicitées et vainement espérées. En laissant la cour de Rome en face de ses sujets, on obtiendra, il faut l'espérer, ce que la longanimité de l'Empereur n'a pu obtenir par quatorze ans d'occupation et de négociations stériles.

Nous nous adressons donc à l'Empereur pour savoir s'il ne croit pas le moment arrivé de rappeler les troupes de Rome et de chercher une nouvelle combinaison de nature à changer une situation si pleine de périls pour l'Italie.

Le gouvernement italien est prêt à examiner les propositions qu'on lui ferait dans le but de garantir l'indépendance du Saint-Siège des que l'occupation étrangère aurait cessé. Il prendra en considération les projets d'arrangement qui, en rassurant les consciences catholiques, satisferont en môme temps aux légitimes exigences de la nationalité italienne.

Nous sommes d'autant plus disposés a entrer dans cette voie, que les sentiments qui ont inspiré la mémorable lettre de l'Empereur nous sont un gage que, dans ses constants efforts pour sauvegarder les intérêts spirituels du monde catholique, il ne saurait méconnaître que l'affermissement de l'ordre actuel dans la Péninsule est aussi nécessaire à la paix de l'Europe qu'à la tranquillité des consciences.

Agréez, etc. , Jacques Dubando.

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